Roubaix : Guerre du miel entre la mairie et le syndicat d’apiculture

Les apiculteurs ont le bourdon. Depuis le mois d’avril 2021, la municipalité de Roubaix s’est dotée d’un arrêté limitant l’implantation des ruches sur son territoire. Une décision que le syndicat national de l’apiculture (SNA) a choisi de contester devant le tribunal administratif. Et la crise risque de s’envenimer malgré une réunion, la semaine dernière, entre la mairie et les représentants des producteurs de miel.

« Il est question que la métropole de Lille se dote aussi d’un règlement similaire pour ses 95 communes. Ce serait très problématique pour la profession », dégaine, d’emblée, Jérôme Rohart, président de Syndical apicole de la région lilloise (SARL). Mais pourquoi la ville de Roubaix en veut-elle de la sorte aux abeilles, alors que depuis plusieurs années, le développement de l’apiculture est plutôt encouragé au niveau urbain ?

« Les enfants se faisaient régulièrement piquer »

« Nous avons pris cet arrêté à la suite d’une plainte d’une famille, explique Alexandre Garcin, adjoint chargé du dossier à Roubaix. Le voisin, possédait une ruche dans un petit jardin adjacent et les enfants se faisaient régulièrement piquer lorsqu’ils jouaient dehors. » L’arrêté a donc modifié les dispositions prévues par le Code rural dans le Nord : limitation à trois ruches par apiculteurs et interdiction de posséder une ruche à moins de 5 m d’une habitation, au lieu des 3 m réglementaires.

Pour Alexandre Garcin, cet arrêté a pour objectif de gérer les problèmes de voisinage, mais aussi, de « favoriser la biodiversité ». « Quand il y a trop de ruches, les abeilles solitaires comme les bourdons ou les abeilles charbonnières disparaissent », explique-t-il. L’élu se réfère à une étude réalisée par Isabelle Dajoz, une chercheuse de l’institut de l’écologie et des sciences de l’environnement à Paris. Pendant trois ans, la scientifique a observé la fréquentation d’insectes pollinisateurs sur différents espaces verts dans la capitale. « Plus il y a de ruches aux alentours, moins sont fréquentes les visites des autres pollinisateurs », constate-t-elle.

Officiellement, il y a 19 apiculteurs

Un argument que conteste fermement le syndicat. « Il ne suffit pas de réduire le nombre de ruches pour que les insectes pollinisateurs reviennent d’office. C’est plus compliqué que ça. Ils ont aussi besoin de conditions particulières pour s’installer à un endroit », assure Jérôme Rohart. En attendant, il existe quelques solutions consensuelles. La ville de Roubaix propose ainsi de participer à des ruchers collectifs installés au cimetière communal. Jérôme Rohart plaide, pour sa part, pour l’utilisation des friches industrielles. « La ville nous dit que c’est possible, mais il n’y a rien d’acter officiellement », dénonce-t-il.

Y a-t-il donc trop d’apiculteurs à Roubaix ? C’est le ressenti de la mairie. « Roubaix fait 13 km2 et on estime qu’il ne faut pas plus de 3 ruches au km2 », glisse l’adjoint au maire qui dénombre au moins une quarantaine de ruches. De son côté, le syndicat revendique seulement sept adhérents dans la ville. Contactée, la préfecture nous a fourni un autre chiffre : en 2020, 19 producteurs de miel étaient déclarés officiellement. A deux ruches chacun, le compte est bon.

En attendant, chaque année en France, 300.000 colonies d’abeilles disparaissent, selon le réseau « Un toit pour les abeilles » qui incite à l’implantation de ruches. Car, dans l’absolu, on estime à 130 milliards de dollars le service économique et écologique rendu gratuitement par les abeilles et autres pollinisateurs.