Roland-Garros : « Qui ne saute pas n’est pas Moutet », on vous raconte le retour de la grosse ambi sur les petits courts


Les spectateurs sur le Simonne-Mathieu, le 30 mai 2021. — AFP

A Roland-Garros,

Un murmure au loin tout d’abord, le temps de longer le boulevard d’Auteuil jusqu’à la sublime porte numéro 30, celle qui donne droit sur le Central. Puis un bouleversement sensoriel qui nous frappe plus fort qu’une gifle de coup droit de sa majesté Rafa. MAIS CE SERAIT PAS UNE AMBIANCE DE FOLIE SUR LE COURT NUMERO NEUF LA-BAS ? Tout à fait Thierry. 11 heures du mat et une queue de cinquante mètres de long pour voir jouer Enzo Couacaud, le seul Français du jour à passer un tour.

On entreprend d’aborder un couple dans la vingtaine, venu de Montpellier. Cadeau parental. Pourquoi venir se coller au troupeau quand la foule clairsemée (5.388 spectateurs au climax de la journée, un cinquième de la jauge habituelle) invite à se trouver un petit court intime au fond du site pour profiter de la vue et du tennis ?

Le neuf blindé pour Couacaud

« Déjà parce qu’on n’a pas de billets pour un grand court. Et puis ça fait un an qu’on voit des matchs sans public, on a envie de faire du bruit et d’encourager un joueur français, même si on ne le connaît pas plus que ça ! » A l’intérieur, ça fait longtemps qu’on a fermé les yeux sur cette histoire de jauge à 35 %, mais comme conscients de ce petit bonheur du dimanche, les chanceux du court neuf gardent le masque sur le nez sans renifler, le tout en chahutant le pauvre Gerasimov, moins à l’aise que sur une patinoire en chaussons.

Des gens à Roland, incroyable.
Des gens à Roland, incroyable. – Julien Laloye/20 minutes

Première victoire en carrière pour le jeune homme de 26 ans, né à Maurice où on ne sort pas beaucoup de grands tennismen. « C’était fantastique. Déjà de rejouer avec le public, ça nous avait manqué à tous. Sur le circuit, en challenger, où j’évolue la plupart du temps, il n’y a vraiment personne. C’est vrai que l’ambiance était unique, géniale. Dès le premier point du match, j’ai eu un peu des frissons partout d’avoir des encouragements, des chants, des cris. C’était vraiment génial comme moment ». Rien à voir, en effet avec notre souvenir tristounet et frisquet du mois d’octobre, quand il fallait débusquer les rares spectateurs présents à la truelle.

Le Chatrier un peu déserté

Là c’est un bon 24/25 au soleil, et l’envie est forte de s’enjailler au bar à glace de l’avenue centrale. Il n’y a que sur le Central justement, où l’ambiance est un peu morne tout au long de la journée. 1.000 personnes dans une enceinte prévue pour 15.000, il faut se lever tôt pour y croire. Personne ne croit vraiment que Thiem va paumer contre Andujar, d’ailleurs, mais quand ça finit par arriver, l’Espagnol fête l’exploit d’une vie dans l’indifférence. The place to be dimanche après-midi ? Le court Simonne-Mathieu ou les Français parlent aux Français. Burel, la sensation automnale, est moins aérienne cette année. Dans la foulée, Gillou fait du Gillou. Trois heures par jeu malgré une infériorité manifeste. Pas grave : « Ça fait très longtemps que je ne m’étais pas aussi senti bien ».

Il faut dire qu’il a un kop de folie derrière lui. Dix étudiants avec des drapeaux tricolores qui n’ont pas bu que de la grenadine et qui attendent le showman de la journée, aka Coco Moutet, l’homme qui tape encore moins fort que Simon et qui joue encore plus longtemps que Simon. Clément et Cédric, chopés à la volée : « Là on vient voir Corentin parce qu’on sait qu’il va nous offrir un scénario de ouf. L’an passé il a joué combien de temps ? 5 heures, 6 heures ? Et puis là on est encore plus privilégiés, parce que le match est sur Amazon et que personne regarde à part nous » . Vrai, les happy few font une bamboche du diable. « Let’s go Moutet, let’s go ». « Qui ne saute pas n’est pas Moutet, ouais ». « Une souris verte, qui courait dans l’herbe » [pas que de la grenadine on vous dit]. Le gain du deuxième set provoque même une Marseillaise endiablée en tribunes.

Une Marseillaise pour Moutet

C’est plus calme sur le sept, où la grande famille du tennis français, dont Paul-Henri Mathieu, le nouveau responsable du haut niveau, pousse derrière Parry et son bijou de revers à une main. « En avançant Diane, en avançant ». Il est 20 heures et la juge-arbitre se résigne à l’annonce fatidique : « Mesdames et messieurs, je vous rappelle qu’en raison du couvre-feu, les portes du stade fermeront à 20h45, je vous invite à prendre vos dispositions et vous en aller au changement de côté ». La foule encaisse sans broncher, pendant que Parry perd pied.

Un confrère nous apprend qu’un couple de Belges à côté de lui n’était pas au courant. A 96 euros le billet, ça sent le retour vénère à Namur. Sur le court des Serres, notre grappe d’excités a débranché le sonotone. Il est 20h38, un tie-break s’annonce, et celui qui les sortira de leur siège ne tient pas à sa vie. « On attend la fin du set », tranche sagement un superviseur à quelques sièges. Heureusement, Moutet fait redescendre la température en caviardant les trois derniers points. Fin de la rigolade. « Allez Corentin, tu vas nous chercher ce match », lancer un dernier effronté en partant. Et bien non. Huit Français sur neuf éliminés le premier jour. Ça part encore bien cette affaire.

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