Roland-Garros: L’avènement du court des serres, le nouveau Chatrier… On joue les inspecteurs des travaux pas terminés

Le nouveau Cental ressemble à ça — WP / 20 Minutes

A Roland-Garros,

« Le nouveau court Philippe Chatrier ? Non, je l’ai pas encore vu. Je vais y aller, là. » Contrairement à Fabrice Santoro, croisé mercredi après-midi par hasard devant l’hôtel Molitor, on l’a vu, nous. Et le constat est sans appel : le chantier Roland-Garros n’est pas tout à fait terminé. Très avancé, mais pas terminé. Des palettes par-ci, des dalles par là, une pelleteuse à gauche, un chariot en marche arrière à droite. A la baguette de ce ballet, une poignée d’ouvriers s’agitent tandis que les travailleurs de l’ocre s’écharpaient en qualifs pour gratter les derniers tickets gagnants, sans que ça ait l’air de gêner le public.

Prenez Pierre, la quarantaine, main dans la main avec son petit Melvyn. « C’est peut-être parce qu’on s’est surtout baladé côté annexes derrière le court Suzanne Lenglen, mais j’ai pas trouvé les travaux dérangeants. » Peut-être aussi parce que cette mue entamée il y a une poignée d’année présage d’une modernité convoitée par le public parisien. « Il faut passer par là pour rattraper Wimbledon ou l’US Open. Il fallait bien que ça bouge un jour, depuis le temps qu’on en parle », se réjouit Audrey, une habituée des aprèms sur les transats en face du court n°1, toujours sur pattes en attendant d’être démoli après la quinzaine.

Nouveau Central, loading : 90 %

Chacun son tour. L’année dernière, c’est au central que les pelleteuses collaient des gifles. Nadal avait à peine eu le temps d’y brandir sa 11e coupe des mousquetaires que les ouvriers portaient déjà les premiers coups de pioche à l’édifice. Un an plus tard, et après destruction quasi totale du Chatrier – seul le terrain a été préservé – le travail quotidien des 800 ou 900 travailleurs qui se sont relayés nuit et jour paye : on estime aujourd’hui à 80-90 % l’avancement des travaux, largement suffisant pour accueillir un tournoi du Grand Chelem. Lucas Pouille a inauguré le court le 15 mai, preuve définitive que l’enceinte est praticable.

Mais pas achevée, donc. Les fans les plus exigeants devront se résoudre à cohabiter avec l’odeur du bois neuf – made in France s’il vous plaît – les bâches en trompe l’œil sur la façade du Chatrier, le béton nu des gradins, bref, le manque de finitions. Les plus optimistes, eux, se réjouiront des principales nouveautés.

  • Le Central a gagné huit mètres de haut et mesure maintenant 26 mètres.
  • Le nombre de places n’a pas évolué mais « il y a plus d’espaces entre les rangées, on a privilégié l’aspect confort au business », se félicite-t-on du côté de la FFT.
  • Le plastique vert des sièges a cédé sa place au bois comme sur le Suzanne Lenglen. Les sièges du bas ont même des coussins (pour les avoir testés c’est plutôt sympa).
  • Les angles droits ont disparu, place aux virages. Tremble, le Parc des Princes.
  • Côté joueurs, les vestiaires sont agrandis et une salle d’échauffement a été installée. Ils pourront aussi emprunter un passage souterrain pour rejoindre le Lenglen sans passer par les allées du stade.
     

Dès le lever de rideau de Roland 2019, les ouvriers retourneront au charbon pour poser les onze ailes métalliques qui permettront de soutenir le poids du toit rétractable attendu comme le messie et prévu pour 2020. La fédé de tennis confirme : « il est prévu pour l’année prochaine. Après il faudra voir si on pourra l’utiliser dès l’année prochaine. » A terme, l’outil permettra de jouer même par temps de pluie et en night session.

+50 % de surface grâce au jardin des Serres

Lui aussi, on l’aura attendu longtemps. Un peu moins que le toit du Chatrier, mais longtemps quand même. Mais le voilà. Le court Simonne-Mathieu et ses 5.000 places seront opérationnels pour le coup d’envoi de la deuxième levée du Grand Chelem. Sa construction, qui avait cristallisé l’hostilité de défenseurs du patrimoine et de l’environnement avait donné lieu à plus de cinq ans de bataille judiciaire, dont l’issue favorable à la FFT​ a permis d’étendre le stade à l’Est grâce à l’accès au jardin des Serres. Roland-Garros passe ainsi de 8,5 à 12,5 hectares.

Un bond sensible de près de 50 %, qui lui permet de combler une partie de l’écart conséquent qui le sépare des trois autres tournois majeurs, Wimbledon, US Open et Open d’Australie, installés sur une superficie allant de 18 à 20 hectares. Et pourquoi pas de dissiper les bouchons dans les allées du stade. Gilles Jourdan, directeur du projet de modernisation de Roland-Garros :

« Avec un court important, le Simonne-Mathieu, à l’extrême est, un ensemble de courts réaménagés au-delà du court Suzanne-Lenglen à l’extrême ouest, et au milieu les deux plus grands courts, on va étendre le public, décrit-il. On espère que ça va marcher. »

L’annexion du court numéro au profit, à terme, d’une vaste place des Mousquetaires devrait aussi désengorger les allées, faire taire les polémiques et satisfaire les joueurs. Mais pour combien de temps ? Le sociologue Bertrand Pulman, auteur d’un ouvrage sur Roland-Garros, « Rouge est la terre » (Calmann-Lévy, 2013), fait part de son scepticisme. « J’ai peur qu’à terme, ils butent de nouveau sur des problèmes de surface », dans dix ou 15 ans. Comme le disent les jeunes : « ah, shit, here we go again. »

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