Robin Hobb : « Chaque personne que je connais a un dragon à affronter »

L’autrice de fantasy Robin Hobb, le 18 mars 2018 — JOEL SAGET / AFP

  • Les éditions Pygmalion publient le deuxième volume de l’intégrale consacré à la saga Le Fou et l’Assassin, de Robin Hobb.
  • L’autrice de fantasy, la plus lue dans le monde devant George R.R. Martin notamment, est considérée comme une reine du genre.
  • Robin Hobb a répondu à nos questions sur sa saga la plus célèbre, et sur la fantasy en général.

Avec 4 millions d’exemplaires vendus de ses (nombreuses) œuvres, Robin Hobb devance un certain George R.R. Martin et ses dragons du Trône de fer (Game of Thrones). Pour les amateurs de littérature fantastique, Robin Hobb est une reine, incontournable, du genre. L’autrice, qui cite abondamment Tokien comme une source d’inspiration inépuisable, a achevé une saga de 19 tomes, commencée en 1995, mettant en scène les personnages de Fitz Chevalerie et du Fou.

Alors que les éditions Pygmalion sortent le deuxième tome de l’intégrale de Le Fou et l’Assassin, traduite par Arnaud Mousnier-Lompré, Robin Hobb a accepté de répondre à nos questions. A une condition néanmoins : pas de spoiler ! Un passage de cette interview est donc visible uniquement si vous sélectionnez le texte.

Au travers des nombreuses pages de la saga Le Fou et l’Assassin, vos personnages ont une vie longue et compliquée. Fitz Chevalerie, par exemple… Pourquoi les torturer ainsi ?

Je pense que la plupart de mes lecteurs très astucieux connaissent déjà la réponse à cette question… Mais je ne connais personne qui ait une vie parfaitement lisse. Chaque jour n’est pas une « promenade à poney sous le soleil de mai ». Comme Tolkien l’a observé, les expériences agréables qu’un personnage a subies sont vite racontées et ne sont pas particulièrement intéressantes à lire. C’est lorsqu’un personnage rencontre des difficultés, des déceptions ou a des décisions à prendre qu’une histoire devient intéressante.

La deuxième raison est que [surlignez ce passage pour découvrir ce passage qui dévoile l’intrigue des romans] Le fou est un prophète blanc. Il dit à Fitz que sa survie est extrêmement improbable, mais que pour que l’avenir se réalise, Fitz doit survivre à ce qui va lui arriver. Et le Fou fait donc de son mieux pour qu’il survive

Parmi tous les livres que vous avez écrits sur ce personnage, quel est votre préféré ?

Le premier, L’apprenti assassin. Il est toujours très intrigant de rencontrer des personnages pour la première fois et de les voir se dévoiler sur le papier. En tant qu’écrivain, je ne planifie ni ne structure l’avenir de mes personnages avant de commencer à écrire. Ils se révèlent et racontent leur histoire au fur et à mesure que j’écris. Je connais généralement le début de l’histoire, sa fin et quelques événements. Mais la réaction des personnages est souvent une surprise, même pour moi. Ainsi, une histoire change, dérive et serpente le long du chemin menant aux personnages.

Dans la trilogie Le Fou et l’Assassin, vous avez introduit une différence majeure par rapport aux autres romans de la série. Vous n’écrivez plus seulement du point de vue de Fitz Chevalerie. Pourquoi ?

On me demande souvent pourquoi j’ai choisi d’écrire à partir de plusieurs points de vue pour Les Aventuriers de la mer et Les Cités des Anciens. La réponse est qu’une histoire doit toujours être racontée du point de vue du personnage le mieux placé pour assister à l’action et en comprendre les conséquences. Imaginez que vous essayez de raconter l’histoire de Cendrillon. Si le seul point de vue était celui du prince, la plus grande partie de l’histoire serait perdue. Lorsque j’écris à partir de plusieurs points de vue, je fais sorte que chaque partie du livre raconte l’histoire du point de vue d’un « Je ». Je pense que c’est très important pour attirer le lecteur dans l’histoire.

« Est-ce que j’écrirai plus d’histoires dans le Royaume des Anciens ? Je ne sais pas. »

Les histoires sur Fitz Chevalerie et le Fou ne sont pas les seules à se dérouler dans le même univers. Avez-vous d’autres histoires en tête ?

Seize romans se déroulent dans le Royaume des Anciens et une poignée d’œuvres plus courtes disséminées dans des anthologies. Les histoires s’étalent toujours dans toutes les directions. Je pense que chaque personnage, aussi trivial qu’il puisse paraître, est en fait le personnage principal de ses propres histoires. L’important est de choisir des histoires vraiment convaincantes. Est-ce que j’écrirai plus d’histoires dans le Royaume des Anciens ? Je ne sais pas. J’ai commencé à souffrir d’arthrite aux mains. Cela signifie que ma frappe est plus lente et que les erreurs sont plus nombreuses. Donc, l’idée d’écrire un roman de 600 pages devient beaucoup plus intimidante. Pour l’instant, je n’ai rien de prévu.

La fantasy est très populaire depuis quelques années et la production surabondante.

Je pense que ce que vous prenez pour une résurgence considérable de la fantasy vienne d’un autre phénomène : des gens qui admettent enfin ce qu’ils aiment lire et regarder. Pensez un peu à l’âge de Spiderman, et vous comprendrez qu’il existe des générations de lecteurs de bandes dessinées qui ont voulu voir ces aventures sur grand écran. C’est la même chose avec la fantasy, qui existe depuis l’époque des mythes et des légendes.

« Certaines personnes vont se lasser de fantasy et passer à autre chose. D’autres nouveaux lecteurs vont y entrer. »

Comment réussissez-vous à écrire quelque chose de nouveau et d’original dan ce contexte ?

Chaque écrivain raconte une histoire d’une manière unique. Si vous preniez quinze personnes au hasard et demandiez à chacune d’elles d’écrire Cendrillon, vous obtiendrez quinze récits uniques, même si tous venaient de lire le même récit classique de l’histoire. Chaque lecteur lit un livre différent. Car chaque lecteur s’insère dans l’histoire et différentes parties de l’histoire résonnent avec chaque lecteur. Je crois que, de la même manière, chaque écrivain crée quelque chose d’unique. La vraie question est « cette histoire parle-t-elle à quelqu’un au-delà de l’auteur original ? »…

Les gens peuvent-ils un jour se lasser de la magie, des dragons, des quêtes épiques et de la chevalerie ?

La fantasy a toujours eu un lectorat. Chaque personne que je connais a un dragon à affronter, chaque jeune se lance dans une quête, qu’il s’agisse de son premier emploi, de ses études universitaires ou de quitter la maison de ses parents. Les récits conserveront leur originalité pour la simple raison que chaque écrivain est un être humain unique. Certaines personnes vont se lasser de fantasy et passer à autre chose. D’autres nouveaux lecteurs vont y entrer.

Culture

Pourquoi les métalleux aiment les livres d’heroic-fantasy et de science-fiction? Il y a une explication logique

Culture

«Game of Thrones»: «Le temps n’a pas d’importance, c’est l’espace qui nourrit le récit»

2 partages