France

Ritchy Thibaut, jugé pour menaces sur Macron, se produit malgré le renvoi de son procès

Ritchy Thibault, âgé de 22 ans, comparaissait ce jeudi matin devant le tribunal correctionnel de Paris soutenu par une trentaine de personnes, principalement des anciens « gilets jaunes ». Il a déclaré qu’il sera jugé le 29 juillet prochain pour avoir appelé à prendre les armes lors d’une manifestation propalestinienne.

Au tribunal judiciaire de Paris,

Vêtu d’un costume beige en lin et d’un pull à col roulé, avec de longs cheveux noirs, une barbe mal taillée et un petit pendentif autour du cou, Ritchy Thibault, âgé de 22 ans, semble particulièrement enthousiaste à l’idée de se présenter devant le tribunal correctionnel de Paris, ce jeudi matin. Une trentaine de personnes, majoritairement des anciens « gilets jaunes », sont venus pour le soutenir. Il devait être jugé pour avoir prétendument menacé de mort Emmanuel Macron en février 2024, mais l’audience a été reportée à septembre. Les magistrats de la 28e chambre correctionnelle ont jugé que cette affaire nécessitait davantage de temps pour son examen.

Il convient de noter que Ritchy Thibault est prolifique en paroles. Invité à commenter ce renvoi, il se lève avec un sourire. « J’ai plusieurs choses à signaler si je peux me permettre. Je vais essayer d’être le plus synthétique possible », déclare-t-il, bien qu’il ne soit pas du tout synthétique.

« Le pays qui fait tomber la tête des monarques »

Ce rendez-vous judiciaire est attendu par le porte-parole du collectif écologiste PEPS – Pour une écologie populaire et sociale – depuis qu’il a été provoqué dans les allées du salon de l’agriculture, porte de Versailles. « L’éborgneur, n’oublie jamais que nous sommes le pays de la Révolution française, le pays qui fait tomber la tête des monarques ! », avait-il lancé au président de la République, avant d’être interpellé par les policiers et placé en garde à vue.

L’ancien collaborateur de la députée LFI Ersilia Soudais montre aux magistrats une peinture représentant un homme tenant la tête décapitée d’Emmanuel Macron. Ritchy Thibault plante le décor et saisit l’occasion de soutenir l’auteur de cette œuvre controversée. Il aborde ensuite son affaire. « Dans ce dossier, il y a une personne censée être victime, à savoir Emmanuel Macron. Il a demandé à ses subordonnés de l’Elysée de porter plainte », déclare-t-il. Il poursuit en qualifiant le chef de l’Etat, selon son « humeur », de « pourriture » ou d’« éborgneur ».

La présidente interrompt son discours. « On va s’arrêter là, quel est le rapport avec la demande de renvoi ? » Le prévenu continue ses explications. Il demande que le président de la République « soit cité en qualité de victime » afin qu’il puisse exposer « les dommages sur le plan psychique qu’il aurait pu ressentir ». Il critique ensuite « l’autoritarisme » d’Emmanuel Macron.

Il explique avoir écrit, il y a un an, un livre intitulé « Quand Les monarques nous font taire », décrit comme un « outil » pour « tenir tête aux dominants ». Ritchy Thibault prend le temps de lire la quatrième de couverture à la présidente qui montre des signes d’impatience. « C’est bien, vous avez fait de la pub pour votre livre », ironise la magistrate.

« Il va nous falloir beaucoup de temps »

Ritchy Thibault se tourne vers le procureur pour lui faire part de « considérations extrêmement importantes ». « Vous représentez des gens qui sont des subordonnés, des commis, des gens au service zélé du pouvoir, de l’ordre établi. Vous avez un rôle politique quand vous assumez de poursuivre des gens », lâche-t-il calmement au représentant du ministère public. Le jeune homme, qui n’est pas placé sous contrôle judiciaire, affirme subir un « préjudice important » en attendant son procès.

« On va s’arrêter là », souffle la présidente qui aimerait néanmoins connaître sa « position sur le renvoi ». « Il va nous falloir beaucoup de temps » pour l’audience, admet Ritchy Thibault, qui souhaite être « jugé le plus tôt possible ». D’autant plus qu’il prévoit de citer de nombreux témoins : le boxeur « gilet jaune » Christophe Dettinger, une historienne, le préfet de police… Le procureur de la République soutient également le renvoi. « Il me semble essentiel de prendre le temps nécessaire pour ce dossier, et laisser chacun s’exprimer », précise le magistrat. Me Henri Braun, l’avocat de Ritchy Thibault, est convaincu que « ce procès n’aura pas lieu tant qu’Emmanuel Macron sera président de la République ».

« Un certain mépris » pour les magistrats

Dès la fin de l’audience, les soutiens de Ritchy Thibault entonnent dans la salle l’hymne des « gilets jaunes », « On est là ». À sa sortie, Ritchy Thibault s’exprime devant plusieurs dizaines de téléphones. Il formule des propos risqués pour un prévenu en attente de jugement. « Je n’ai aucune considération particulière pour les membres du parquet, ni pour aucun magistrat, j’ai même un certain mépris à leur endroit, et je l’assume et le revendique. »

Il invite ensuite son auditoire à venir le soutenir au tribunal le 29 juillet prochain. À cette occasion, le jeune homme sera jugé pour avoir appelé à prendre les armes lors d’une manifestation pro-palestinienne. Il s’attend également à être jugé prochainement pour « injure publique envers une personne dépositaire de l’autorité publique ». Cette fois, il lui est reproché d’avoir dit à Bruno Retailleau, l’ancien ministre de l’Intérieur, de « retourner dans les couilles de Pétain ». D’autres procès et autres tribunes sont donc à prévoir.