Retraites : La réforme, une avancée pour les femmes ? Pas pour toutes

Les femmes, perdantes de la réforme de la retraite ? C’est ce qu’a affirmé la députée LFI Marianne Maximi mardi, lors de la séance des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale. Olivier Dussopt, le ministre du Travail, s’en est défendu, en mettant en avant trois points de la réforme : « Les femmes vont être mieux protégées, parce que nous ne reculons pas l’âge de suppression de la décote », a-t-il d’abord avancé.

« Mieux protégées parce que l’application de la retraite minimum va plus protéger, va plus bénéficier aux femmes qu’aux hommes, a-t-il continué. Mieux protégées aussi, puisque nous allons intégrer dans l’éligibilité au minimum de retraite, au dispositif de carrières longues, les trimestres qui sont cotisés au titre de l’assurance vieillesse et donc du congé parental. »

FAKE OFF

Ne pas reculer l’âge de suppression de la décote signifie que la situation reste tout simplement la même. Les femmes qui n’ont pas validé le nombre nécessaire de trimestres pour partir avant 67 ans continueront donc à partir à 67 ans. Il n’y a pas de recul de cet âge, mais pas d’avance non plus.

Selon l’Insee, 19 % des femmes nées en 1950 ont dû attendre 65 et 66 ans pour partir en retraite, afin d’éviter une décote. Seuls 10 % des hommes étaient dans la même situation.

Olivier Dussopt a ensuite mis en avant la modification de la retraite minimum. Le gouvernement prévoit en effet que le minimum de pension pour une carrière effectuée au SMIC augmente de 100 euros par mois. Ce minimum sera équivalent à 85 % du SMIC net. Pour en bénéficier, il faudra avoir une carrière complète et non une carrière qui a connu des périodes d’interruption.

Quant à intégrer les trimestres cotisés pendant le congé parental, cela bénéficierait à 3.000 femmes par an, selon les calculs du gouvernement – soit 0,80 % des femmes qui sont parties à la retraite en 2019. Les personnes en congé parental, en majorité des femmes, peuvent déjà cumuler des trimestres, sous certaines conditions, notamment de ressources. Actuellement, ces trimestres acquis au titre du congé parental ne sont pas cumulables avec les trimestres acquis pour la naissance d’un enfant.

Avec le recul de l’âge de départ à la retraite, des femmes perdront ce bénéfice des trimestres acquis pour la naissance d’un enfant. Les femmes nées après 1967 ne pourront pas partir avant 64 ans, sauf si elles ont commencé à travailler avant 20 ans ou bénéficient d’autres dispositifs de protection. Ainsi, une salariée née en 1968, qui a eu son premier emploi à 21 ans, devra cotiser 172 trimestres, soit 43 ans, ce qui la mènera jusqu’à 64 ans, le nouvel âge légal de départ à la retraite. Si elle a eu deux enfants (ce qui représente le taux de fécondation moyen de cette génération), elle aurait pu partir à 62 ans dans les conditions actuelles, grâce à ces trimestres. Un élément qui n’est pas mis en avant par le gouvernement.