Retraites : La réforme de 2010 a-t-elle précarisé les séniors ?

« Ce qui est avéré, c’est que quand on est passé de 60 à 62 ans, on a eu beaucoup de gens qui sont tombés dans la pauvreté », a avancé Alexis Corbière, lors de son passage dans l’émission Audition publique, sur la chaîne partagée par LCP et Public sénat. Selon le député LFI, le nombre de bénéficiaires du RSA chez les seniors aurait augmenté en raison de ce report de l’âge légal à la retraite.

Pour les élus de gauche, reporter l’âge du départ à la retraite à 64 ans revient à prolonger la période de « sas ». C’est-à-dire le moment où les employeurs estiment qu’un salarié est trop vieux pour travailler, et le moment où ce salarié peut légalement toucher sa retraite. Pour mener leur réflexion, les députés se basent sur la statistique suivante : près d’une personne sur trois n’est ni en emploi, ni à la retraite aux alentours des 60 ans.

L’opposition multiplie les arguments contre la nouvelle réforme des retraites lancée par le gouvernement Borne. Mais est-ce que ce qu’avance Alexis Corbière est exact ? 20 Minutes vous en dit plus.

FAKE OFF

Les réformes de la retraite se suivent et se ressemblent. L’objectif est toujours le même : faire face à des difficultés de financement. La loi du 9 novembre 2010 réformant les retraites est surtout connue pour ses deux « mesures d’âge » : premièrement l’âge légal de départ à la retraite a été relevé de 60 à 62 ans, et deuxièmement l’âge permettant de bénéficier du taux plein a été relevé de 65 à 67 ans. Ces mesures sont entrées progressivement en vigueur. Vous l’aurez compris, l’idée est qu’en travaillant plus longtemps, chacun cotise davantage et touche sa retraite plus tardivement.

Faire des économies, mais à quel prix ? Les conclusions indiquent qu’Alexis Corbière a raison en affirmant que cette dernière réforme a précarisé les séniors. La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Dress) a été chargée de rendre un rapport intitulé « Invalidité et minima sociaux : quels effets du passage de la retraite de 60 à 62 ans ? », en 2016, puis mis à jour en 2021.

Il est ressort qu’entre 125.000 et 150.000 personnes supplémentaires bénéficieraient d’une pension d’invalidité entre 60 et 62 ans, soit un peu moins de 8 % de cette classe d’âge. Et d’ajouter que cela occasionne « à partir de fin 2017, un surcoût d’environ 1,2 à 1,5 milliard d’euros pour les régimes gestionnaires des pensions d’invalidité ».

En parallèle, environ 80.000 personnes supplémentaires – soit 5 % de la classe d’âge – seraient allocataires de l’un des trois principaux minima sociaux en termes d’effectifs. Ce qui équivaut, toujours selon le rapport, à « un supplément d’allocations versées de l’ordre de 600 millions d’euros par an ».

Les chercheurs précisent tout de même qu’il s’agissait uniquement d’étudier les effets directs de la réforme, et que « d’autres effets indirects peuvent affecter le recours aux minima sociaux, à la hausse comme à la baisse, mais n’ont pas été pris en compte ».

C’est en constatant les résultats de cette précédente réforme et par cette réflexion que certains politiciens ou même économistes rejettent cette nouvelle réforme contre laquelle de nombreux Français se mobilisent ce jeudi. Les syndicats jugent d’ailleurs cette « mesure profondément injuste et inefficace ».