Retraites : La lutte entre le RN et la Nupes pour prendre le leadership de l’opposition

C’est une nouvelle bataille entre la gauche et le Rassemblement national. Peu après la présentation de la réforme des retraites, les fronts s’organisent. « Le RN entend prendre la tête de l’opposition législative à la réforme des retraites », a lancé mardi le patron du parti, Jordan Bardella, lors de ses vœux à la presse. Du côté de la Nupes, aussi, on se prépare à la mobilisation. « La gauche est unie. Nous pouvons faire reculer le gouvernement comme il a déjà reculé sur l’assurance-chômage », a estimé le patron du PS, Olivier Faure la semaine passée. Les deux camps ont des stratégies bien différentes mais un même objectif : prendre les rennes de la contestation au projet.

Le RN dans l’hémicycle, la gauche dans les manifs

Fidèle à sa tradition, la gauche – unie – a appelé à soutenir la première grosse journée de mobilisation. « On va entrer dans des actions de masse, des actions frontales […] Nous avons décidé d’appuyer toutes les initiatives prises dans ce domaine [car] dans ce monde-là, sans lutte, il ne se passe rien », a prévenu Jean-Luc Mélenchon dans une vidéo sur sa chaîne YouTube. Deux dates ont été cochées par les insoumis : la journée de grève de l’intersyndicale, le jeudi 19 janvier, et une marche avec les mouvements politiques et syndicale de la jeunesse deux jours plus tard. « Ca a toujours été la stratégie de la gauche. A l’Assemblée, on fait notre boulot, mais face à la brutalité du gouvernement il faut aussi imposer un rapport de force dans la rue », défend David Guiraud, député LFI du Nord. Les autres partis de gauche se montrent, pour l’instant, plus prudent sur cette seconde journée, préférant s’aligner sur le calendrier syndical.

Du côté du RN, on mise, avant toute chose, sur le travail législatif. « On fera notre combat de députés dans l’hémicycle mais on mènera aussi le combat politique sur les plateaux télé», assure Sébastien Chenu, député du Nord. « Si certains veulent manifester, ils iront mais on ne fera pas d’appel car nous ne sommes pas une centrale syndicale », balaie le vice-président de l’Assemblée. « La manif, ce n’est pas notre ADN, notre boulot principal, c’est ici à l’Assemblée. On laisse les syndicats faire leur travail », abonde Thomas Ménagé, député RN du Loiret. 

« Dans la rue, il n’y a pas de 49-3 »

Alors que Jordan Bardella a dénoncé les « blocages » dans la rue « qui pénalisent bien souvent les Français qui bossent », le RN entend plutôt travailler sur le fond du texte, poursuivant sa stratégie de « normalisation » dans l’hémicycle. « On va l’étudier en détail pour relever les mesures injustes et violentes, sur le report de l’âge notamment. Mais on proposera aussi des amendements sur la pénibilité ou pour améliorer l’employabilité des séniors en trouvant des idées nouvelles sur la formation », énumère Thomas Ménagé, en charge des retraites pour le RN. Le parti assume, par ailleurs, qu’il votera certaines mesures, comme la retraite minimum à 1.200 euros. « C’est une bataille cruciale dans ce quinquennat. Et la gauche, par ses blocages, va encore nous empêcher de réduire l’impact du texte », dit-il. 

Car du côté des insoumis, certains évoquent déjà l’idée d’obstruction parlementaire le dépôt de 75.000 amendements pour s’opposer au texte. « Il y aura une bataille d’idées, on verra la forme qu’elle prendra. Mais le RN est déjà en train de faire des compromis avec les macronistes. D’ailleurs, dans les mobilisations, il n’y aura que la gauche. On mouillera le maillot pendant que l’extrême droite sera sur le banc », siffle David Guiraud. « Dans la rue,il n’y aura pas de 49-3 », tacle Mélissa Camara, du bureau exécutif d’EELV à propos de la stratégie du RN. « La vraie opposition, dit-elle, c’est celle qui va faire plier le gouvernement, la Nupes et les syndicats ».

Un député RN préfère relativiser. « Ca sera difficile d’avoir le leadership car on ne sera pas en manif, mais ça peut être aussi un boomerang pour la gauche si les mobilisations dégénèrent. Les insoumis font beaucoup de bruit, mais parfois il vaut mieux être moins vu et mieux vu ». Dans la rue ou comme au Parlement, le gouvernement peut déjà se préparer à une forte opposition à sa réforme.