Retraites : De Paris à Marseille, le réveillon « populaire » des grévistes

A Paris, un cortège de manifestants à la grève générale du 5 décembre contre la réforme des retraites. — Zakaria ABDELKAFI / AFP

Après 20 jours de grève contre la réforme des retraites, des militants ont partagé, à Marseille comme à Paris, un déjeuner « festif mais de lutte » à la veille de Noël, « un moment charnière » pour le mouvement.

Pastis, cacahuètes, merguez

Pastis et cacahuètes à l’apéritif, soupe à l’oignon et merguez au déjeuner : le menu de Noël des grévistes marseillais est « populaire », revendique Pascal Galéoté, secrétaire général CGT du Grand port maritime de la cité phocéenne.

Cheminots, dockers, « gilets jaunes » et salariés du privé : quelque 200 militants ou élus syndicaux se sont retrouvés à midi pour un repas « festif mais de lutte » devant la porte 2C, bloquée depuis le début du conflit contre la réforme des retraites. Dehors, barbecue et palettes en feu côtoient des voitures retournées et taguées, à quelques dizaines de mètres de yachts de luxe en réparation.

Dans le réfectoire, « réquisitionné » pour l’occasion, la soupe à l’oignon est servie dans des assiettes en carton. Côté décoration, drapeaux et gilets rouge siglés «CGT» s’affichent jusque sur les bouteilles de rosé posées sur les tables, et l’emportent sur les guirlandes et sapins.

« Ce repas, ça rebooste »

« Ce repas, ça rebooste, ça donne de la force, mais ce n’est pas une pause, je suis encore gréviste aujourd’hui », assure Béatrix Marques, 42 ans, élue CGT à l’Assurance maladie. « Avec les cheminots, les dockers, on se voit dans les manifs mais on ne se côtoie pas au quotidien. Les moments comme ça permettent de partager nos valeurs de solidarité, de fraternité ».

Une solidarité qui passe aussi par la « caisse de grève » posée sur une table du réfectoire. David Benhamou, secrétaire CGT des cheminots marseillais, se félicite : « On a reçu encore un chèque du Parti communiste, ça fait du bien, ça permet d’aider un peu les plus fragiles car trois semaines de grève, financièrement, c’est dur ».

« On est la démonstration, s’il en fallait une, qu’il n’y aura pas de trêve pendant les vacances de Noël », clame Pascal Galéoté, applaudi par les convives. A ses côtés, un cheminot glisse : « Le seul retraité qui sera perdant, au bout de la lutte, ce sera Macron ».

« Un moment charnière »

Gare de Lyon, à Paris, entre les chips et les rillettes, c’est un célèbre soda qui trône sur la table. « Qu’est que je vois ? C’est la boisson de l’Empire. Vous croyez que je rentre dans un local syndical pour boire du Coca-Cola ? », peste en plaisantant Jean-Luc Mélenchon, le leader de La France Insoumise (LFI).

« Allez Jean-Luc, la merguez, c’est le homard du gréviste ! » : entouré de syndicalistes SUD, CGT et de militants LFI, le député des Bouches-du-Rhône partage « le barbeuc de Noël », comme l’appelle Fabien Villedieu, élu SUD-Rail.

De quoi souder un peu plus les troupes après une énième assemblée générale. « On est à un moment charnière », reconnaît Raffi Kaya, 35 ans, conducteur de train et militant chez SUD. « Ça commence à tirer financièrement », mais après 20 jours de grève, « on est allé trop loin pour s’arrêter ».

Les cheminots syndiqués plaisantent, racontent leurs souvenirs de 1995, font le point sur la lutte actuelle et s’emballent sur la « déconnexion » d’Emmanuel Macron, qui tue, selon eux, les droits sociaux, acquis chèrement par des années de lutte.

Contrôleur et cégétiste, Franck Laffon, 55 ans, dénonce pour sa part « l’arrogance » de la direction de la SNCF. Des « gestionnaires » qui « cherchent à nous diviser » et « ne connaissent plus le terrain », car « l’humain ne les intéresse pas », assène-t-il.

Dehors, le ballet des trains qui vont et viennent tourne au ralenti. « Tiens, un Ouigo arrive », lâche un cheminot, sandwich à la main. « Quand on est à l’intérieur de la lutte, le temps s’arrête. On n’arrive pas à vivre normalement. Même voir les gens se préparer à la fête, ça fait bizarre », confie Anthony Chatelot, 45 ans et conducteur de train.

« On ne se rend pas compte des conséquences financières parce qu’elles sont décalées dans le temps. Mais si on s’arrête et qu’on réalise, c’est plus possible de repartir », estime ce militant SUD. « On est comme une grande famille. Si j’arrête, ce serait comme une trahison ».

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