Retraite de Fourcade : De papa poule à Paris 2024, quelle vie après le biathlon pour notre Martin national ?

Non mais moi je vous retranscris ça pêle-mêle — LM/Franco Debernardi / IP/SIPA

L’apocalypse dans l’apocalypse. Loin de nous l’idée de vouloir comparer le départ à la retraite d’un athlète, aussi brillant soit-il, à une pandémie, mais les adieux de Martin Fourcade sont venus porter une ultime estocade au biathlon quelques heures après l’annulation de la dernière étape de la saison pour cause de Covid-19. « Le roi est mort, vive le roi », signe le Français après la dernière victoire de sa carrière. Le nouveau souverain Johannes Boe appréciera. L’ancien n’est évidemment mort qu’au figuré, et s’il l’est, c’est pour renaître ailleurs.

Fini les pas de tir, les tours de pénalité, les stalactites de bave gelée, les cordons chanceux ou malchanceux, voilà une nouvelle vie qui se présente à Martin Fourcade. Il faudrait bien sûr occuper l’esprit du désormais ex-champion – dont personne n’a réussi à prédire l’avenir avant vendredi – pour deviner de quoi seront faits ses lendemains. Mais en recollant les indices laissés en routes et l’aide d’une ou deux sources externes, on a réussi à voir un peu dans le futur du plus grand Français de l’histoire du biathlon. Alors, que fera notre Martin national à l’avenir ?

Probablement s’éloigner du pas de tir

Si Simon Fourcade s’est (partiellement) reconverti dans le biathlon en prenant les rennes de l’équipe de France junior, il n’imagine « absolument pas » le petit frère dans la peau de l’entraîneur. « Il fédère énormément, mais je le vois plus dans la recherche de sponsors, de projets. Par ce genre d’initiatives, il peut apporter énormément de visibilité à notre discipline. Je pense qu’il a beaucoup à transmettre, mais qu’il ne se voit pas continuer à vivre sur le même rythme de vie. »

Pas question donc, de continuer à vivre avec le groupe France à longueur d’hiver. Mais comme nous le confiait QFM avant les Mondiaux d’Antholz, Martin aimait plaisanter en disant qu’il rendrait visite à ses coéquipiers au bord de la piste de temps à autre. Il y a sûrement une part de vérité là-dedans, pas impossible qu’on le retrouve à narguer ses potes sur la neige et éternuer très fort (dans son coude) quand Boe se pointera seul sur le pas de tir.

S’investir encore plus dans Paris 2024

Au sortir des JO de Pyeongchang 2018, où avaient germé les premières rumeurs d’une retraite après deux ans de rab sur les skis, Martin Fourcade enfilait pour la première fois son nouveau costume de président de la commission des athlètes de Paris 2024. Sous sa coupe, on retrouve des grands noms comme Stéphane Diagana ou Guillaume Gille. Costaud. La commission a vocation à faire entendre la voix des athlètes dans l’organisation des JO 2024. Elle se rassemble quatre fois par an minimum en plénières d’une journée, réunions que Fourcade finissait souvent de préparer la veille jusqu’au bout de la nuit à cause d’un emploi du temps sportif déjà bien encombrant.

« C’est vraiment cool de savoir qu’il sera encore plus présent pour nous, se satisfait-on au Cojo, même s’il était déjà hyper rigoureux et professionnel auparavant. » Sous sa coupe, la commission a travaillé sur le village olympique « idéal », partant des bonnes et moins bonnes expériences passées des athlètes aux JO. « Les grandes qualités de Martin en tant que président, c’est qu’il sait prioriser les bons sujets, il sait poser les bonnes questions. En plénière, c’est lui qui anime, qui relance, qui pose les questions… C’est ce qu’a voulu Tony Estanguet, qui voulait une commission des athlètes forte. » Elle sera désormais forte d’un Martin omniprésent, même si on nous assure que le biathlon ne l’empêchait pas jusqu’ici de théoriser de manière hebdomadaire sur Paris 2024 via Whatsapp.

Continuer de promouvoir le biathlon

Simon Fourcade a appris comme tout le monde vendredi – enfin un peu plus tôt que nous quand même – que son frère raccrochait les skis et la carabine. « Je l’avais quasiment supposé avant, parce que mon frère commençait à parler de plus en plus au passé, peut-être sans s’en rendre compte ». En poussant le truc un peu plus loin, on peut se dire que la création du Martin Fourcade Nordic Festival, dont la première édition s’est tenue à la fin de l’été à Annecy, faisait déjà office d’élément de transition entre son ancienne vie et celle à venir.

Pour ceux qui l’auraient loupé, la MFNF, comme on l’appelle déjà dans le jargon, est un événement réunissant la crème de la crème dans six épreuves différentes, dont une course internationale de biathlon d’été avec les meilleurs mondiaux. « Ça lui a demandé beaucoup d’efforts l’an dernier pour la première édition, c’était l’architecte de ce projet de bout en bout », témoigne Simon. Clin d’œil de l’histoire, la MGEN, partenaire historique de l’ex-biathlète, a sponsorisé la première édition et sera là pour la deuxième (29-30 août 2020). Quelque chose nous dit qu’il y en aura beaucoup d’autres. L’assureur, lui, accompagnera Fourcade au moins jusqu’en 2024, date de fin du contrat signé après les JO 2018.

Passer plus de temps avec ses proches

Dure vie que celle de biathlète. Une fois la saison commencée, vous naviguez entre courses, entraînements, voyages en car et transports aériens. Un petit break par-ci, par-là pour revoir ses proches, mais rien qui puisse réellement vous permettre de jouir d’une parfaite vie de famille sur ce laps de temps. Les filles de Martin, Manon et Inès ainsi que sa compagne Hélène, ne le savent que trop bien. Avec le temps, on s’y fait, paraît-il. Mais sans doute a-t-on envie de se recentrer sur les fondamentaux autres que blanchir des cibles à Ostersund par -10 degrés. Simon Fourcade :

Je pense qu’ Hélène n’a absolument pas pesé dans sa décision. Elle n’a toujours voulu que le bien de Martin. Cette décision, c’est celle de Martin. C’est très certainement un soulagement pour elle-même si elle a conscience que Martin sera très pris même sans compétition. Mais je pense que la vie de sportif demande de faire beaucoup de concessions. Ça va être un soulagement dans leur vie de famille sans se poser la question de l’heure à laquelle rentrer. Tout ça va amener un peu plus de légèreté dans leur vie de couple. »

Martin Fourcade en époux modèle et papa poule, chiche ? « En tout cas, il a besoin de se laisser un peu de temps, de réfléchir, voir ce qu’il a envie de faire et profiter un peu du reste. » On ne peut pas dire qu’il ne l’a pas mérité.

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