Retrait de Benjamin Griveaux : Pourquoi l’ex-candidat avait-il suscité autant de rejet lors de sa campagne ?

Pourquoi Benjamin Griveaux attise la haine ? — Thibault Camus/AP/SIPA

  • Ancien porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux était loin d’être favori pour Paris.
  • De nombreuses critiques personnelles ont émané durant sa campagne, compliquée dès le début à cause du duel « fratricide » avec Cédric Villani.
  • Davantage que des erreurs de communication, l’ex-candidat semble avoir subi de plein fouet son étiquette LREM, pas facile à porter dans les grandes villes.

Tous les sondages l’indiquaient, Benjamin Griveaux était loin d’être favori pour devenir maire de Paris. A chaque fois dernier du podium, à chaque fois largement distancé, rien dans sa campagne, houleuse dès le départ, ne laissait espérer un retournement de situation miracle. Une situation mal embarquée avant même   la diffusion d’une vidéo à caractère pornographique, vendredi dernier, le forçant à jeter l’éponge.

Dès le début, Benjamin Griveaux a donc suscité une grande indifférence, voire un rejet. Mais d’où est venu un tel désintérêt ?

Manque d’idées et porte-étendard

Pour la députée LR de Paris Brigitte Kuster, l’explication viendrait d’un manque de personnalité : « Il a commencé sa campagne en disant « Je suis candidat, donnez-moi vos idées. » Il n’avait aucune vision personnelle. Etre à l’écoute de ce que répondent les électeurs, oui, bien sûr. Mais ne pas avoir d’idée propre à soi avant de partir en campagne… » Ce que l’élue de droite qualifie de « péché d’orgueil ».

Mais plus qu’une campagne mal préparée, le rejet de Benjamin Griveaux s’expliquerait avant tout par son passé. Porte-parole du gouvernement pendant la crise des « gilets jaunes », il a « cristallisé les haines et les tensions à cette période », selon Benjamin Morel, docteur en sciences politiques. Qui rajoute, comme raison de son impopularité, la campagne difficile contre Cédric Villani : « Le mode de désignation a fait de lui « le candidat du pouvoir », créditant Cédric VIllani du statut de victime aux yeux de l’opinion. »

Candidat du pouvoir, passif de porte-parole, de quoi faire de Benjamin Griveaux l’un des porte-étendards de LREM. Et en tendant l’oreille, les reproches envers Benjamin Griveaux se transforment vite en reproche contre le parti présidentiel. Brigitte Kuster s’engouffre : « Il était un élu de province, puis se découvre une ambition parisienne. On sent la manière opportuniste de se placer toujours là où il y a une candidature possible. Je ne crois pas qu’un ego démesuré comme lui soit ce que veulent les Français, qui demandent en politique de l’engagement et de la sincérité. La Macronie fait l’inverse. »

Des reproches pas si personnels

Macronie, le mot est dit. Et Benjamin Griveaux en a payé le prix dans son impopularité. Au-delà de critiques personnelles ou véhémentes contre LREM en général, l’ex-candidat a subi la difficulté de son parti à s’implanter dans les grandes villes, en première ligne dans la transformation de l’électorat LREM. « Emmanuel Macron a été élu en 2017 grâce au centre gauche, un électorat très important à Paris. Cet électorat a été perdu entre la présidentielle et les européennes, pour miser davantage au centre droit », poursuit Benjamin Morel.

Cap a donc été mis par Griveaux sur les voix de droite, mais sa base électorale et son impopularité aurait été – sans doute – insuffisante pour convaincre. Benjamin Morel étaye : « L’électorat de droite n’a plus pensé Benjamin Griveaux capable de battre Anne Hidalgo, dès lors qu’il a été fragilisé dans les sondages puis dépassé par Rachida Dati. Du coup, le vote utile de la droite s’est porté sur Rachida Dati et s’est retourné contre lui ». Et le docteur en sciences politiques de conlure : « Mais c’est un problème indépendant de lui, tout candidat LREM aurait eu cette difficulté ». Un rejet pas forcément si personnel, donc.

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