Retrait de Benjamin Griveaux : Dissidence, insultes, vidéo à caractère sexuel… Le naufrage du candidat LREM à Paris

Benjamin Griveaux (LREM) s’est retiré de la campagne en février 2020. — SIPA PRESS

  • Un site Internet a diffusé mercredi soir une vidéo intime et des messages connotés adressés à une femme, affirmant qu’ils émanaient de Benjamin Griveaux. Jeudi, ils ont peu à peu été partagés et commentés. Conséquence directe : le candidat a jeté l’éponge ce vendredi matin.
  • Depuis son investiture, il a dû faire face notamment à une guerre fratricide avec Cédric Villani, à la révélation d’une conversation privée où il insultait ses adversaires LREM.
  • « Quoi qu’il arrive, on va dans le mur », notait auprès de 20 Minutes un marcheur parisien pour résumer la morosité qui régnait alors au sein de La République en marche à moins de deux mois des élections municipales.

La chute. Ce vendredi, le candidat de La République en marche (LREM) pour la mairie de Paris, Benjamin Griveaux a retiré sa candidature dans le but de protéger ses proches après la diffusion d’une vidéo à caractère sexuel, a-t-il annoncé vendredi à l’AFP.

Un site Internet avait diffusé mercredi soir une vidéo intime et des messages connotés adressés à une femme, affirmant qu’ils émanaient de l’ancien porte-parole du gouvernement. Jeudi, ils ont peu à peu été partagés et commentés. Conséquence directe : le candidat a jeté l’éponge. « Un site Internet et des réseaux sociaux ont relayé des attaques ignobles mettant en cause ma vie privée. Ma famille ne mérite pas cela. Personne, au fond, ne devrait jamais subir une telle violence », a-t-il dit dans une déclaration enregistrée en début de matinée au siège de l’AFP, en présence de BFM Paris. Vingt-quatre heures avant l’onde de choc, Benjamin Griveaux présentait son programme pour la capitale entouré de ses soutiens.

« Moi je vous le dis, je ne fais pas dans la combinaison, car les coalitions de circonstance ne résistent pas aux fortes marées. Nous avons besoin d’un collectif solidement ancré sur ses valeurs pour tenir la barre de la ville de Paris », lançait-il. C’est finalement un naufrage sans précédent. Retour sur un chemin de croix ponctué de fuites.

« Je ne sais pas faire de la politique sans mettre mes tripes sur la table »

Il y a sept mois, en juillet dernier, l’ancien porte-parole du gouvernement est désigné par la commission nationale d’investiture de LREM pour défendre les couleurs de la maison face à la maire sortante Anne Hidalgo. Mais Cédric Villani décide alors de ne pas lui apporter son soutien. Et se présentera même face à lui. Une guerre fratricide qui pèsera tout le long de la campagne de Benjamin Griveaux.

Le 17 juillet, à peine investi, il se lâche. Selon des propos divulgués par Le Point, Benjamin Griveaux aurait qualifié d’« abrutis », de « fils de p…. », ses anciens rivaux pour l’investiture de La République en marche (LREM) aux municipales de Paris en 2020. Sur son concurrent Pierre-Yves Bournazel, élu de centre-droit à Paris et membre d’Agir – qui le rejoindra –, Benjamin Griveaux aurait déclaré : « Qui tient Bournazel par les c… depuis le début, si ce n’est moi ? Son entourage a aussitôt réagi, déplorant une fuite de « conversation privée ». Mais l’image se ternit. Malgré les invitations, aucune trace des concernés dans la salle, pour le premier meeting et premier discours du candidat qui lancera sur scène : « Je ne sais pas faire de la politique sans mettre mes tripes sur la table ».

Originaire de Saône-et-Loire, décrit dans Le Parisien comme complexé de ne pas être né dans la capitale, il se défend. « Etre Parisien ce n’est pas être né à Paris mais y renaître. Ce sont pour les Parisiens, que j’ai quitté le gouvernement. Je suis un vrai Parisien, je râle beaucoup et très fort, quand quelque chose ne me plaît pas », sourit-il. Mais la campagne ne prend pas et le candidat enchaîne les bourdes.

« Quoi qu’il arrive, on va dans le mur »

A l’occasion du 77e anniversaire de la rafle du Vélodrome d’Hiver, le candidat rend hommage sur Twitter aux victimes, mais l’illustre avec une photo datant de 1944 et montrant des Français ayant collaboré, réunis dans le Vel d’Hiv’, après avoir été arrêtés à la Libération. Relégué à la troisième place dans les sondages derrière Rachida Dati (LR), Benjamin Griveaux mise sur ses propositions. Mais beaucoup sont moquées : Le déménagement de la gare de l’Est aux portes de la capitale pour créer un « Central Park parisien », créer des « managers de rue », proposer 100.000 euros aux Parisiens pour acheter un bien immobilier. Les critiques fusent même dans son propre camp.

« Quoi qu’il arrive, on va dans le mur », notait auprès de 20 Minutes un marcheur parisien pour résumer la morosité qui régnait alors au sein de La République en marche à moins de deux mois des élections municipales. « C’est vrai qu’il n’y a pas de dynamique dans sa campagne », soufflait également un ministre. « Je pense que c’est un mec bien, mais il a tellement soif de réussir que ça se voit », abondait alors un député LREM. « Il a aussi cette image cassante qui lui colle à la peau, celle du porte-parole du gouvernement qui raille les Français « fumant des clopes et roulant au diesel » », ajoute ce cadre du parti. Griveaux tente le tout pour le tout. Entre-temps, il tente d’appeler Cédric Villani, celui-ci ne répondra jamais.

« Fendre l’armure » jusqu’au désossement

Lors d’un meeting, il décide de « fendre l’armure », selon son entourage et d’évoquer « ses angoisses et ses échecs », comme il l’a récemment dit en meeting. Il veut se montrer plus sensible, de parler de ses épreuves, lui qui a été victime de punaises de lit. La veille de la présentation de ses mesures pour la propreté à Paris, Benjamin Griveaux revient auprès de 20 Minutes sur cet épisode de sa vie qui a eu lieu l’été dernier, en plein début d’une campagne… mouvementée. C’est un cauchemar. » Benjamin Griveaux ne mâche pas ses mots au téléphone. Moi je suis asymptomatique, quand je me fais piquer, ça ne se voit pas. Ce n’était pas le cas pour mes enfants et ma femme. C’est assez traumatisant de se réveiller le matin recouvert de boutons. ».

Ce jeudi, il reparle des punaises de lit, assume être un candidat « ras du bitume » et du « en même temps ». Vingt-quatre heures après, il se retire de la campagne. « En annonçant ma candidature à la mairie de Paris, je connaissais la dureté du combat politique », a expliqué Benjamin Griveaux dans une brève déclaration solennelle, enregistrée au milieu de membres très émus de son équipe de campagne.

« Depuis plus d’un an, ma famille et moi avons subi des propos diffamatoires, des mensonges, des rumeurs, des attaques anonymes, la révélation de conversations privées dérobées ainsi que des menaces de mort », a-t-il poursuivi : « Ce torrent de boue m’a affecté et surtout a fait mal à ceux que j’aime. Comme si cela n’était pas suffisant, hier, un nouveau stade a été franchi. Un site Internet et des réseaux sociaux ont relayé des attaques ignobles mettant en cause ma vie privée. Ma famille ne mérite pas cela. Personne, au fond, ne devrait jamais subir cette violence. En ce qui me concerne, je ne suis pas prêt à nous exposer davantage ma famille et moi quand tous les coups sont désormais permis. Cela va trop loin. »

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