Résultats des municipales à Toulouse : « Mistigri », camouflage… Comment (et pourquoi) la Ville rose a-t-elle résisté à la vague verte ?

Les berges de la Garonne à Toulouse. Illustration. — Frédéric Lancelo – Sipa

  • Donné perdant, Jean-Luc Moudenc (LR, soutenu par LREM) a conservé son fauteuil de maire de Toulouse avec 4.000 voix d’avance face à l’écologiste Antoine Maurice et à sa liste citoyenne.
  • Etonnament la Ville rose a résisté à la vague verte.
  • Arguments de campagne, affichage des partis politiques, force militante, reports de voix… Voici quelques tentatives d’explications à cette exception toulousaine.

A lire les derniers sondages, c’était la grande ville la plus sûrement promise à la bascule dans le giron des écologistes lors du second tour des municipales. Mais contrairement à Bordeaux, Strasbourg et Marseille, la Ville rose n’est pas verte. Alors qu’on s’attendait à un suspense jusqu’au bout de la nuit, Jean-Luc Moudenc (LR, soutenu par LREM) y a été réélu avec 4.300 voix d’avance (51,98 % des suffrages) sur son rival d’Archipel Citoyen, Antoine Maurice.

Jean-Luc Moudenc, le 28 juin 2020, au soir de sa réélection, sur la place du Capitole.

Et l’édile, bien que s’étant préparé aux deux hypothèses, assure n’être même pas tombé des nues. « J’étais serein et confiant parce que les sondages me donnaient perdant, raconte-t-il. Le mistigri avait changé de camp et ça m’allait totalement. J’ai vu mes adversaires s’enfermer très vite dans l’idée qu’ils allaient gagner et il n’y a rien de pire pour perdre une élection. »

Le maire de Toulouse a aussi « senti la mobilisation sur le terrain » dans la dernière ligne droite, bien vu la hausse de la participation dans les bureaux de vote des faubourgs qui lui sont favorables Il a toutefois douté, reconnaît-il, en voyant en début de soirée les grandes villes se teinter de vert.

Mais le résultat ne tient pas au simple fait que les Toulousains aiment démentir les sondages.

Un mauvais report de voix à gauche

« J’ai des copains qui m’ont dit qu’ils allaient voter Moudenc ! », souligne Pierre Cohen, l’ex-maire socialiste de Toulouse et soutien loyal d’Antoine Maurice pour le second tour, qui « une immense tristesse » et une « vraie gueule de bois ». C’est la preuve que la tactique consistant à mettre l’accent sur les colistiers les plus à gauche d’Antoine Maurice, « à faire peur » dit Pierre Cohen, pour attirer à lui des voix de la gauche modérée a fonctionné.

Des Izards à Lardenne en passant par l’hypercentre, dans la plupart des bureaux de vote, les plus pro-Moudenc comme les plus fans d’Archipel, quand on fait l’addition des voix du 1er tour des listes Maurice, Cohen, et Pellefigue, il manque à l’écologiste ces 3-4 % qui font la différence. Le reflet des tractations difficiles et d’une issue bancale pour cette dernière alliance.

Des marcheurs, et des partis en général, bien camouflés

L’étiquette en Marche n’était pas franchement tendance lors de ces municipales. Mais en ralliant les macronistes dès le départ, et en s’épargnant une fusion médiatique d’entre-deux tours comme à Bordeaux, Jean-Luc Moudenc les a habilement rendus invisibles.

« Comme pour tous les autres partis, je leur ai demandé de se fondre dans la campagne, confirme-t-il. Au moment du match, on ne met qu’un maillot, celui de Toulouse ». Le maire rappelle aussi que la moitié de ses colistiers étaient issus de la société civile. A son avis, « l’objet Archipel a évolué vers un conglomérat de partis politiques sur un logiciel des années 70 ». Une « logique » illustrée selon lui par « l’incroyable brochette d’apparatchiks [Hamon, Brossat, Mamère] » venue soutenir Antoine Maurice. Une séquence critiquée aussi « en off » par certains « archipéliens ».

Une énorme force de frappe militante

« On doit aussi reconnaître que Jean-Luc Moudenc a des réseaux puissants, dans les comités de quartier par exemple ». Pierre Cohen est bien placé pour connaître la force de frappe militante du maire. Celle du microparti « Pour Toulouse », en droite ligne de l’héritage baudisien, qui revendique 16.000 adhérents. Des habitants de tous les quartiers acquis à la cause.

C’est pratique, Jean-Luc Moudenc n’a par exemple pas eu à faire appel à un prestataire pour le « boîtage » de ses tracts. C’est surtout utile pour diffuser des éléments de langages sur les marchés, dans les associations.

Les résultats des élections  municipales à Toulouse 

« Campagne de caniveau »

Antoine Maurice a dénoncé, y compris le soir de sa défaite, une « campagne de caniveau », émaillée « d’attaques personnelles ». Des vidéos ont notamment circulé dans tout Toulouse.

« J’ai demandé à mon équipe de ne pas les utiliser », réfute catégoriquement le maire. Mais certains de ses supporteurs se sont affranchis de la consigne.

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