Restos du cœur : « Nous aiderons davantage de jeunes cette année »

Dans un centre des Restos du coeur à Coutances en 2018. — CHARLY TRIBALLEAU / AFP

  • La 35e campagne hivernale de distribution alimentaire de l’association est lancée ce mardi.
  • L’an dernier, 133,5 millions de repas ont été servis à 900.000 personnes.
  • Patrice Blanc, le président de l’association, s’inquiète pour le budget de la campagne à venir.

« Je te promets pas le grand soir, mais juste à manger et à boire ». Cette année, les Restos du cœur aideront encore les plus pauvres à assurer leurs besoins vitaux. Alors que la 35e campagne hivernale de distribution alimentaire de l’association est lancée ce mardi, le président de l’association, Patrice Blanc, revient sur ses enjeux.

Le nombre de bénéficiaires des Restos du cœur sera-t-il en augmentation cette année ?

L’an dernier, 133,5 millions de repas ont été servis à 900.000 personnes. Nous prévoyons le même volume de repas distribués cette année. Mais l’on sait déjà que certaines catégories de bénéficiaires augmenteront. Comme les familles monoparentales, qui ont plus de mal à se loger, surtout en Ile-de-France, et qui ont des difficultés d’accès à l’emploi à temps plein. Du coup, 30.000 bébés âgés de moins d’un an font désormais partie de nos bénéficiaires. Et nous aiderons aussi davantage de jeunes cette année, 48 % de nos bénéficiaires ayant moins de 26 ans.

Les bénéficiaires de 17-26 ans sont-ils plus nombreux. Pour quelles raisons ?

Ils représentent désormais 12 % de nos bénéficiaires et parmi eux, on compte 24.000 étudiants. Car les jeunes ne bénéficient pas de filet de sécurité, comme le RSA (revenu de solidarité active), et la solidarité familiale joue moins son rôle qu’il y a quelques années. Or, dans toutes les grandes villes, beaucoup de jeunes sont confrontés à des problèmes de logement.

Comment aidez-vous les personnes qui vivent en milieu rural et qui sont éloignées des centres des Restos du cœur ?

Depuis quatre ou cinq ans, des camionnettes se déplacent dans les villages dans une vingtaine de départements. C’est aussi l’occasion de rompre l’isolement de ces personnes.

Vos bénéficiaires viennent aux Restos chaque semaine, mais pas uniquement pour l’aide alimentaire. Quels autres soutiens leur apportez-vous ?

L’an dernier, nous avons assuré l’hébergement d’urgence de 3.400 personnes dans un de nos centres dédiés. Nous aidons aussi les personnes les plus éloignées de l’emploi à revenir sur le chemin du travail, via nos chantiers d’insertion comme les Jardins du cœur. En leur sein, des personnes cultivent des fruits et légumes, bénéficient d’une formation et d’un salaire.

Nous offrons aussi un accompagnement juridique pour aider nos bénéficiaires à accéder à certains droits sociaux ou obtenir un soutien juridique. Nous apportons un accompagnement financier à ceux qui en ont besoin : 900 personnes ont ainsi obtenu un microcrédit l’an dernier pour financer un projet (permis de conduire, véhicule…).

Nous organisons aussi des ateliers de français pour des personnes d’origine étrangère et du soutien scolaire pour les élèves. Enfin, nous favorisons l’accès de nos bénéficiaires à la culture : l’an dernier, 100.000 personnes ont, par exemple bénéficié de places de cinémas.

L’an dernier, vous constatiez la baisse des dons en raison de certaines réformes fiscales du gouvernement. Qu’en est-il cette année ?

En 2018, la transformation de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) en impôt sur la fortune immobilière (IFI) a eu un réel impact. Mais les dons des plus aisés remontent un peu. Pour cette année, nous prévoyons un budget de 195 millions d’euros. Or, il pourrait nous manquer 6 millions. Car le nombre de repas servis en été est en forte augmentation, et le coût des produits alimentaires a lui même progressé.

Nous sommes aussi inquiets car le Fonds européen d’aide aux plus démunis pour la période 2021-2027 doit être voté cette année. Il permet de financer un repas sur quatre, mais nous craignons que son budget soit fortement réduit.

Comment allez-vous faire face à ce problème ?

Nous allons développer la récupération de produits alimentaires, le don par SMS et via Facebook. Et si besoin est, nous puiserons dans nos réserves financières pour boucler notre budget déficitaire. Mais nous le faisons déjà depuis deux ans, cela ne peut pas durer éternellement.

Manquerez-vous de bénévoles ?

Nous en comptons 73.000, mais il nous en manque, notamment l’été. Nous avons besoin de tous les profils : financiers, logisticiens… Nous souhaitons d’ailleurs que le don de RTT aux bénévoles des associations soit rendu possible.

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