Réseaux sociaux : Le gouvernement va dépenser 2,8 millions d’euros pour surveiller sa « réputation » en ligne

Le Service d’information du gouvernement, qui dépend du Premier ministre, vient d’attribuer un marché public de 2,8 millions d’euros pour surveiller la réputation de l’exécutif sur le Web. — Mathieu Pattier/SIPA

Le gouvernement est-il soucieux de sa réputation ? 
Le Service d’information du gouvernement (SIG), qui dépend du Premier ministre, vient d’attribuer un marché public de 2,8 millions d’euros pour monitorer les réseaux sociaux, et ainsi surveiller la réputation de l’exécutif sur le Web.

Trois spécialistes du social listening (« écoute sociale ») ont été retenus pour agréger, indexer et évaluer l’audience des contenus traitant de l’activité du gouvernement, révèle la Lettre A, citant l’avis d’attribution de marché. Ces outils de social listening, utilisés par de nombreuses grandes marques pour suivre les tendances sur Twitter, Facebook et autres réseaux sociaux, auront pour objectif de mesurer quantitativement et qualitativement le ressenti des internautes français quant aux actions gouvernementales menées.

« Détecter, analyser et mesurer les préoccupations et attentes des internautes »

« L’accord-cadre a pour objet la fourniture d’outils de social listening et de mesure d’impact sur les réseaux sociaux pour permettre au gouvernement de détecter, analyser et mesurer les préoccupations et attentes des internautes vis-à-vis de son action en particulier et de l’actualité en général. Il s’agit d’un marché passé sous le mandat de la Direction des Achats de l’Etat (DAE) pour les besoins de l’ensemble des ministères », détaille ainsi la fiche du Bulletin officiel des annonces de marchés publics (BOAMP), mise en ligne le 14 avril.

Parmi les trois spécialistes retenus pour cette opération de veille, on retrouve l’entreprise française Visibrain – qui a obtenu le principal budget avec 1,7 million d’euros – qui aura pour mission « la mesure d’impact des contenus publics accessibles en ligne », la boîte irlandaise NewWhip (900.000 euros) qui devra effectuer « la veille en temps réel des espaces d’expression en ligne », et la firme luxembourgeoise Talkwalker (220.000 euros) qui aura pour objectif de mesurer « l’audience et l’influence des producteurs de contenus en ligne ».

Ces trois contrats d’une valeur de 2,8 millions d’euros, qui s’inscrivent dans le budget de 14,2 millions d’euros alloués en 2021 pour le SIG, ont fait réagir certaines personnalités politiques, dont le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan. « Le gouvernement français met en place, un an avant l’élection présidentielle, un système de surveillance généralisée des réseaux sociaux avec l’argent du contribuable. Il s’agit d’avoir une toile qui permet d’encadrer à terme, de fermer, de surveiller, de ralentir la progression de la liberté », a expliqué le candidat à la présidentielle de 2022, dans une vidéo Facebook vue près de 200.000 fois.

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