Rentrée 2021 : Entre famille de cœur, Pouilly-Fuissé et folie des grandeurs, les étudiants préfèrent la colocation

« Rencontrer de nouvelles personnes » (73 %), « réduire leur budget » (53 %) ou « vivre en communauté » (31 %). Voici selon l’enquête menée en 2020 par le site spécialisé LocService.fr, les trois raisons qui poussent aujourd’hui les Français à vivre en colocation. Des chiffres soutenus deux ans plus tôt par l’institut Harris Interactive dans son étude logiquement intituléeLes Français et la colocation. Et en cette période de rentrée scolaire, la colocation a encore décroché le pompon.

Pour preuve, parmi les fans de la coloc 55 % sont étudiants. Et leur âge moyen est de 27 ans [76 % ont moins de 30 ans, 6 % plus de 50 ans]. 27 ans, c’est justement l’âge auquel Raphaëlle a choisi de se remettre en coloc. La jeune femme voulait « retrouver un peu de silence » et « se faire son propre nid douillet ». Mais après avoir testé pendant trois ans la vie en solo dans un 18 m2 à Paris, celle qui vient de décrocher son premier CDI a retrouvé ses anciens colocs du 11e arrondissement parce que « la vie en communauté » lui « manquait trop ».

Comme Raphaëlle, la plupart des étudiants qui ont répondu à l’appel à témoignages de 20 Minutes expliquent leur coup de foudre pour la coloc par ce besoin de « ne pas vivre seul » et de « rencontrer des gens ». « La coloc, c’était surtout l’occasion pour moi de faire des rencontres dans une ville où je ne connaissais personne. Et c’est bien plus sympa de rentrer chez soi et d’avoir des gens avec qui manger, discuter, rigoler, faire des activités, explique Oriane, qui a construit des liens avec « des personnes formidables qui sont devenues de véritables amis ». La jeune femme et l’une de ses amies, célibataire elle aussi, ont depuis quitté le groupe pour former une autre coloc. « On préfère vivre entre amies plutôt que vivre seules. Et on a un appart bien plus grand que celui qu’on pourrait se payer en étant toute seule », précise Oriane.

Sept colocs différents en deux ans

Même topo du côté de Gabriel. « Assez casanier », le Parisien débarquait à Nantes pour faire sa thèse et souhaitait « vivre seul ». Le jeune homme fait vite face à un marché de la location compliqué et opte pour la vie à plusieurs. « Je me rends compte que partager des moments ensemble après le travail ou les week-ends, ça fait du bien. Surtout quand on a une petite baisse de moral », confie Gabriel, qui compte rester dans ce logement jusqu’à la fin de son contrat. « La coloc m’a permis de rencontrer plein de personnes de cultures différentes [iranienne, indienne, malgache, etc.], ajoute l’étudiant qui en deux ans a vécu avec sept colocataires différents. Chacun a son propre rythme de vie mais on partage des sorties et on se retrouve devant la télé ou un bon plat. »

Emilien est du même avis. Pour cet étudiant en école d’ingénieur parti vivre à 860 km de chez ses parents, la coloc avec des jeunes du même cursus « a surtout été un moyen de s’assurer d’être bien intégré et de ne pas se retrouver isolé ». Essai transformé. « En coloc, on a toujours de l’animation autour de soi. On rencontre les amis de chacun, ça élargit le cercle amical, renchérit Guillaume. Il faut juste s’adapter à la vie en collectivité, s’obliger à s’occuper des tâches ménagères et savoir composer avec le tempérament de chacun. Si tout ça est respecté, la vie en coloc devient largement plus agréable que la vie seul en studio. »

Le marché de la coloc tendu à Paris

Avant « d’être passé au » stade de confort « supérieur en optant pour la coloc », Guillaume a vécu pendant cinq ans dans un 20 m2. Aujourd’hui, l’étudiant profite « d’un espace plus grand avec une vraie cuisine, un vrai four ». « L’appartement est un peu excentré mais très proche de mon lieu de travail. C’est un logement pour trois personnes, avec trois salles de bains. Donc pas de bouchons le matin pour prendre sa douche, le rêve ! », se réjouit de son côté Gabriel, le Nantais d’adoption.

Nantes fait d’ailleurs partie des villes où, toujours selon LocService.fr, le marché de la colocation est le plus tendu, avec 4,6 demandes par chambre. Sans surprise, Paris est en tête du classement avec 8,2 demandes pour une chambre libre. Lyon squatte la deuxième position (5,4 demandes par chambre), Angers la troisième (cinq demandes par chambre). Bordeaux ferme la marche, avec 4,9 demandes par chambre libre.

La mode de la coloc ne s’épuise donc pas, boostée par la nécessité financière ou le goût des autres. Aussi parce que trouver un logement lorsque l’on est étudiant, c’est souvent comme Koh-Lanta en plus gros que l’épreuve des poteaux. « Franchement, on n’a jamais reçu autant de candidats que cette année », avoue Alex. Le Bordelais est en coloc depuis plus de trois ans maintenant. « Ça devait être temporaire et puis finalement je n’ai jamais trouvé aussi grand, beau et bien que cet appart, explique l’étudiant. On est trois et on a chacun notre chambre. On a une grande pièce à vivre et un balcon. Seul, je ne pourrais jamais me permettre une telle surface. Et puis maintenant mes colocs, c’est ma famille. On fait Noël ensemble. »

La colocation confirme ainsi son statut de moyen le plus économique pour se loger

Alex paie 475 euros de loyer pour sa chambre de 12 m2 dans un appart qui en fait plus de 80 sur la rive droite de la Garonne​. Sur l’échantillon d’offres analysé par LocService.fr, le loyer moyen d’une chambre en colocation s’élevait en 2020 à 427 euros charges incluses au niveau national, en hausse de 1,42 % par rapport à la même étude réalisée en 2019. La colocation confirme ainsi son statut de moyen le plus économique pour se loger : pour un studio en location classique, il faut en moyenne débourser 515 € soit 21 % plus cher. LocService.fr note toutefois de fortes disparités : en province, le loyer moyen en colocation est de 383 euros contre 529 euros en Ile-de-France, et 710 euros à Paris.

Des chiffres que dément notre contributrice, Anne : « On a une colocation à deux à Aix-en-Provence. 25 m2 et 650 euros de loyer ! Mais attention, on a un balcon. » « La coloc, c’est quand même moins cher et plus sympa. Quand tu arrives dans une nouvelle ville, ça permet de sociabiliser rapidement », note, pour sa part, notre lecteur Edouard. En 2020, près de 49.500 étudiants recherchaient un logement en colocation. Et plus si affinités : « Il y a quelques mois, j’emménageais avec la créature la plus douce et étrange qui m’eût été donnée de rencontrer. Entre coup de blues et coup de gueule, on se soutient ! Toujours avec un petit verre de Pouilly-Fuissé, témoigne Valentine. Je ne la quitterai jamais, car son papa a des coupons gratuits au point relais de la gare. »