Rennes : Où en est le grand aéroport promis après l’abandon de Notre-Dame-des-Landes ?

« Nous accompagnerons le développement de Rennes Saint-Jacques, en commençant par l’agrandissement de l’aérogare de Rennes pour mieux répartir le trafic du Grand Ouest ». Les mots d’Edouard Philippe résonnent encore dans les bureaux de l’aéroport de Rennes. Celui qui était alors Premier ministre venait d’annoncer l’abandon du projet controversé à Notre-Dame-des-Landes. Pour répondre à ceux qui craignaient que la Bretagne ne reste enclavée ou que l’aéroport de Nantes sature, le bras droit d’Emmanuel Macron brandissait Rennes comme la solution miracle. Presque cinq ans après les déclarations, la promesse est loin d’être tenue.

Sur le tarmac de Rennes, l’Airbus orange et blanc d’EasyJet qui se pose pour son vol inaugural est un excellent signal. En provenance de Lisbonne, il confirme la confiance de la compagnie aérienne anglaise en ce petit aéroport dans lequel il est implanté depuis 2018. Fin 2021, la compagnie low cost avait déjà ouvert une liaison régulière avec Porto avant de rouvrir la ligne vers Londres. Trois ouvertures qui sauvent l’aéroport de Rennes du marasme. En 2019, le PDG d’EasyJet François Bacchetta avait décrit la capitale bretonne comme « une belle endormie ». « J’adore Rennes, c’est toujours un plaisir d’y venir. C’est vrai qu’elle s’est bien réveillée », assure Reginald Otten, directeur adjoint d’EasyJet en France.

Vueling est parti

Après des décennies à vivoter, la plateforme avait décollé en 2013 avec l’arrivée de Vueling et l’ouverture de lignes vers Barcelone, Rome ou Madrid. Mais la crise Covid est passée par là et la compagnie espagnole est partie. Pourquoi ? « Ils ont obtenu des slots [créneaux horaires] à Orly et ont déplacé toute leur flotte là-bas. C’est une proposition qu’ils ne pouvaient pas refuser », tente de justifier Chivoine Rem, le tout jeune directeur de l’aéroport.

Après avoir battu chaque année son record de fréquentation, la plateforme a subi de plein fouet sa mise à l’arrêt. Et l’objectif de dépasser un million et même 1,5 million de voyageurs s’est envolé. « Nous reconstruisons notre offre avec 11 destinations et 14 lignes. Nous jouons avec nos qualités : cet aéroport est simple, familial, à taille humaine », poursuit le directeur. Frappée par le Covid, sa plateforme a retrouvé 70 % de sa fréquentation cette année, dans la moyenne de ses concurrents. Elle a même perdu sa ligne vers Casablanca ouverte « au pire moment » qui s’est éteinte avant ses deux ans.

L’objectif à 1,5 million est loin, très loin

Mais comment expliquer que Rennes ne profite pas de la saturation de Nantes, qui avait accueilli plus de 7,2 millions de voyageurs en 2019 ? « Nous avons un énorme potentiel mais il est sous exploité », martèle Hervé Cavalan depuis des années. Le président de l’Association pour le développement de l’aéroport de Rennes‐Bretagne (ADARB) estime que c’est à la région de fixer des objectifs plus élevés à Vinci et à la CCI, actionnaires de la structure. « Jusqu’en 2024, l’objectif est à 500.000 voyageurs par an et après, ils ne savent pas s’ils seront reconduits. Comment voulez-vous qu’ils investissent ? », interroge le spécialiste. Ce dernier tacle aussi l’absence de soutien de Rennes Métropole qui « ne fait rien » pour soutenir son aéroport. Il n’hésite pas à demander l’arrêt du soutien aux petits aéroports comme Quimper ou Lorient pour se concentrer sur les deux « gros » que sont Brest et Rennes.

Pour séduire les compagnies aériennes, l’aéroport mise sur le mix tourisme et business mais aussi sur les diasporas. Avec Lisbonne et Porto, EasyJet sait qu’elle pourra compter sur les nombreuses familles portugaises implantées dans l’Ouest. Un excellent moyen de remplir les avions qui pourraient inciter d’autres compagnies à se pencher sur les destinations du Maghreb ou des pays limitrophes. Peut-être pour le printemps prochain ? « On y travaille », assure le directeur de l’aéroport.