Rennes : Les cafés-concerts disparaissent-ils au profit de bars à cocktails ?

Ce sera une première dans l’histoire du festival. Organisés depuis 1986 en marge des Trans Musicales, les Bars en Trans ne comptent cette année aucun zink de la place des Lices dans leur programmation. Lieu de bringue chaleureux et prisé des plus jeunes, la place a-t-elle perdu son esprit festif ? Pas complètement. Mais plusieurs adresses mythiques ont disparu ou changé d’identité ces derniers mois à Rennes, donnant des arguments à tous ceux qui crient à la gentrification du centre-ville de celle qui fut un temps la capitale française du rock. Vous vous en doutez, le Covid-19 a sa part de responsabilité, mais il n’est pas le seul. En maintenant, avec quatorze adresses où voir des concerts en marge des Trans Musicales, les Bars en Trans prouvent qu’ils ont gardé la confiance des patrons de bistrots. Et rappellent que le café-concert n’est pas mort.

Les années 2020 et 2021 auront été funestes pour plusieurs adresses mythiques de la fête à Rennes. Le Mondo Bizarro a arrêté le punk et le rock pour se mettre au jazz. Spécialiste des sets électro et des bières enfilées avec une tranche de pâté après le marché du samedi, le Chantier a fermé et sera transformé en un bar à cocktails. Le Bar’Hic et sa petite scène rectangulaire ont été vendus et seront entièrement réaménagés… Bref, la photo de classe des « caf’ conc’ » de Rennes compte des absents de marque. « Le Covid a précipité certaines décisions de la part des patrons », reconnaît Philippe Le Breton. Le patron des Bars en Trans se souvient qu’il y a « six ou sept ans », six ou sept bistrots de la place des Lices participaient à son festival. « Le café-concert à l’ancienne, c’est un concept qui a peu vieilli. C’est vrai qu’on trouve plus de bars à cocktails à Rennes que de cafés spectacles. C’est la ville qui se transforme, les clients aussi, le public change, il faut s’adapter. »

Philippe Le Breton est le programmateur du festival Les Bars en Trans, qui propose des concerts dans des bistrots en marge des Trans Musicales.
Philippe Le Breton est le programmateur du festival Les Bars en Trans, qui propose des concerts dans des bistrots en marge des Trans Musicales. – C. Allain / 20 Minutes

Nouvelle génération

Ce constat est partagé par bon nombre de petits patrons indépendants, qui ont goûté à de très rares semaines de calme sans lever le rideau, notamment pendant le premier confinement. Beaucoup avouent avoir « redécouvert » leur vie familiale à cette période, poussant certains à vendre leurs établissements. « Ceux qui ont disparu, nous avons réussi à les remplacer. Ce n’était pas simple, il faut l’avouer, mais il y a une nouvelle génération qui croit en l’avenir des cafés-concerts. Ceux qui sont encore là sont d’autant plus motivés. C’est presque un combat militant. On sent que les petits se serrent les coudes pour exister », poursuit Philippe Le Breton.

Ouvrir un café-concert pendant la période délicate du Covid-19 qui impose tant de restrictions, certains ont osé l’idée. Rue de Saint-Malo, La Trinquette ou Le Doujezu ont franchi le pas. Tout le comme le tout récent Uzine, qui a remplacé Le Méliès sur les quais de République, et réaménagé une salle de 100 m² au sous-sol pour accueillir des concerts et le large spectre des spectacles. « Une salle pareille, c’est extrêmement rare à Rennes. Quand on a su que le bar était à vendre, on n’a pas hésité », raconte Irvin Tollemer, qui s’est associé à David Janneau, patron de la Cité d’Ys, pour racheter l’établissement. Le chanteur du groupe de rock Darcy sait mieux que quiconque le rôle primordial qu’occupent les cafés-concerts pour les artistes qui débutent. « On a dû jouer dans une centaine de bistrots avant de passer pro. La plupart des groupes passent par là », raconte Irvin. Le chanteur se souvient que son label, avant de signer avec Darcy, avait demandé à les voir sur scène. « On avait joué au Mondo Bizarro, c’était hyper chaud. » Et Darcy était passé pro.

Le bar Le Chantier participait chaque année au festival des Bars en Trans, à Rennes. Il vient d'être vendu
Le bar Le Chantier participait chaque année au festival des Bars en Trans, à Rennes. Il vient d’être vendu – C. Allain / 20 MInutes

« Une centaine de demandes chaque semaine »

Depuis l’ouverture du bar Uzine il y a un mois, les trois associés ne cessent d’être sollicités par des groupes, des associations, des troupes de théâtre, des DJ, des humoristes et bien d’autres qui rêvent tous de se produire dans la petite salle du sous-sol. « On a une centaine de demandes chaque semaine, c’est dingue », poursuit Irvin. « On n’avait jamais reçu autant de sollicitations », confirme le patron du festival.

Pendant trois jours, les murs de pierres d’Uzine (qui ont été insonorisés) vont vibrer au son des Bars en Trans. Avec le masque sur le nez mais avec une envie furieuse d’accompagner ces artistes en devenir. « Le café-concert, c’est là où tu fais tes premières armes. Même à l’époque de YouTube et Spotify, ça reste un passage presque obligatoire », estime Philippe Le Breton. Pendant quatre jours, son festival entend le rappeler. Le public n’attend que ça.