Rennes : Le vol de la bâche du RCK était-il un acte violent ou « une simple blague » ?

Dans le monde des ultras, se faire voler un tifo, symbole de l’identité du groupe, est l’humiliation ultime. C’est pour ces faits, précédés de violences, que quatre supporteurs du PSG ont comparu ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Rennes. Les quatre individus, âgés de 28 à 40 ans, sont accusés d’avoir dérobé la bâche des ultras rennais du Roazhon Celtic Kop (RCK) et d’avoir agressé l’un de ses membres. Les faits remontent à la nuit du 22 au 23 septembre 2021, quelques heures seulement après une rencontre opposant Rennes à Clermont. Arrivés en voiture de région parisienne, les quatre prévenus se seraient pointés au cours de la soirée au domicile des parents de la victime à Breteil, à l’ouest de Rennes, l’attendant plusieurs heures dans le noir.

Revenu chez lui un peu avant 2 heures du matin, le membre du RCK, qui avait la charge des tifos du groupe d’ultras, aurait alors, selon sa version, été agressé physiquement par deux hommes « cagoulés et gantés », recevant un coup de matraque télescopique et du gaz lacrymogène. Ses agresseurs auraient ensuite forcé le coffre de sa voiture pour s’emparer de trois sacs de sport contenant des bâches et des drapeaux du RCK. Identifiés grâce au bornage de leurs téléphones, quatre suspects avaient été interpellés dans cette affaire en février en région parisienne.

« On a fait ça sans réfléchir »

Trois d’entre eux se sont présentés à la barre, le dernier étant absent pour des raisons médicales. Peu loquaces, ils affirment qu’ils avaient débarqué ce soir-là dans la capitale bretonne pour faire la fête avec des amis. Mais au cours de la soirée, les plans auraient changé après une rencontre avec un mystérieux individu croisé dans un bar qui leur aurait donné l’adresse du membre du RCK. Les quatre compères ont alors pris la direction de Breteil, « un village de gueux » selon l’un d’eux, pour s’emparer des fameuses bâches. Mais dans quel but ? « On a fait ça sans réfléchir, indique l’un des accusés. C’est parti d’une simple blague qui a mal tourné et s’est retournée contre nous. »

Parmi les trois présents, il est le seul à reconnaître sa participation au vol, niant toutefois les violences. En garde à vue, l’accusé absent avait également avoué le vol, évoquant « des rivalités entre les ultras d’Auteuil et ceux de Rennes ». Supporteurs du PSG, les quatre prévenus étaient-ils d’ailleurs des membres de Karsud, un groupe d’ultras réputé pour sa violence et qui n’assiste plus aux matchs du PSG depuis la saison 2017-2018 ? Eux assurent que non, certains reconnaissant toutefois graviter autour. Quant à la fameuse bâche volée, ils l’ont donnée à un ami, sans donner plus de précisions.

« Juste un bout de plastique », selon la défense

Pour le procureur, il s’agit là d’un vol minutieusement « préparé » et non « d’un vol d’opportunité commis à la sortie du stade pour s’amuser. » « Il y a une volonté de provoquer le groupe adverse et de l’humilier avec un risque de vengeance », a-t-il assuré, évoquant la violence grandissante dans les stades de football. « Il ne s’agit d’un simple vol de bâche mais d’un vol avec des violences physiques et psychologiques », a-t-il affirmé. Pour Maître Olivier Pacheu, avocat d’un des prévenus, il s’agit au contraire d’une affaire de vol toute banale qui a pris « des proportions démesurées. » « La bâche est peut-être symbolique pour les supporteurs du RCK, a-t-il assuré. Mais pour la justice, elle ne l’est pas, c’est juste un bout de plastique. »

Avocat des trois autres accusés, Maître Jean-Laurent Panier a également tenu à minimiser la portée des faits. Selon lui, quand on fait partie du milieu ultra, il faut accepter « qu’il y ait des désagréments ». A l’issue des débats, qui auront duré plus de deux heures, le procureur a requis des peines allant de dix mois de prison avec sursis jusqu’à un an de prison ferme ainsi que des interdictions de stade pendant trois ans. Le délibéré sera rendu le 21 décembre.