Rennes : « Jallal a été abandonné dans l’eau glacée »… Sept militaires au tribunal après la noyade d’un élève de Saint-Cyr

Illustration de militaires de l’armée française en exercice. — F. Scheiber / 20 Minutes

  • Cinq élèves et deux officiers de l’école de Saint-Cyr Coëtquidan sont jugés à partir de ce lundi pour homicide involontaire.
  • En octobre 2012, Jallal Hami, élève officier de 24 ans, était mort noyé lors d’un exercice de « bahutage ».
  • L’épreuve visait à traverser un étang de 40 mètres avec casque et rangers dans une eau à 9 degrés.

La famille Hami aura attendu huit ans. Reporté à plusieurs reprises en raison de la faillite d’un avocat, des absences des officiers censés comparaître puis de la crise sanitaire, le procès de sept militaires de la prestigieuse école de Saint-Cyr Coëtquidan va enfin pouvoir se tenir. Huit ans après la noyade de Jallal Hami, le tribunal correctionnel de Rennes va examiner à compter de ce lundi un dossier compliqué qui met à mal l’organisation des « bahutages » au sein de l’école militaire. Organisées par les élèves de deuxième année, ces séances de « transmission des traditions » parfois perçues comme du bizutage font partie de l’histoire de Saint-Cyr. En octobre 2012, un atelier nocturne de franchissement d’un étang dans une eau à 9 degrés avait coûté la vie au jeune élève officier de 24 ans. Sa famille attend de savoir pourquoi.

De lundi à vendredi, sept militaires de l’école seront jugés pour « homicide involontaire ». Qu’ils soient organisateurs de l’activité ou membres de la hiérarchie, très peu d’entre eux reconnaissent avoir une part de responsabilité dans la mort de Jallal Hami. « Cette activité était hors contrôle, hors règlement. L’enquête a prouvé que cette traversée était délibérément dangereuse et qu’elle n’aurait pas dû avoir lieu », rappelle Me Jean-Guillaume Le Mintier, avocat de la famille du défunt.

Les femmes et les étrangers avaient été écartés

Alors qu’ils traversaient l’étang avec une tenue de cinq kilos sur le dos, encouragés par les élèves organisateurs, plusieurs « bizuts » s’étaient trouvés en difficulté quand ils n’avaient plus pied. Le mouvement de panique avait coûté la vie à l’un d’entre eux, pas réputé pour être un très bon nageur. Les élèves de deuxième année organisant cet atelier baptisé « débarquement de Provence » avaient mis une heure à signaler la disparition de l’un des participants. « Jallal a été abandonné dans une eau glacée. Il y a un manque de sécurité, de préparation, de sécurité et d’intelligence », poursuit l’avocat.

Lors des interrogatoires menés par les enquêteurs, plusieurs participants à cet atelier avaient déclaré « avoir cru mourir » quand un mouvement de panique provoqué par la profondeur et la froideur de l’eau avait démarré. Les femmes, les blessés et les étrangers avaient d’ailleurs été écartés de cette activité censée apporter « de la cohésion » et « transmettre l’histoire et les traditions de Saint-Cyr ».

« Ce n’est absolument pas du bizutage »

Les bouées lancées et l’intervention d’hommes en combinaison avaient sans doute permis de sauver des vies. Mais pas celle de Jallal Hami. « Ce n’est absolument pas du bizutage », martèle Me Thierry Fillion, avocat de Marc Assier de Pompignan, élève de deuxième année qui supervisait l’organisation du bahutage.

Cet officier est le seul des six prévenus à reconnaître une part de responsabilité dans la mort de Jallal Hami. « Il n’avait pas conscience que cette épreuve pouvait présenter un risque de mort. Il reconnaît avoir eu tort de ne pas stopper l’exercice. Il y avait une forme de virilité triomphante, d’émulation collective qui l’en ont empêché », estime son avocat. Lorsque les premiers élèves avaient traversé les 43 mètres de l’étang, plusieurs avaient été en grande difficulté. Mais les organisateurs avaient décidé de poursuivre l’activité.

Déjà une alerte l’année précédente

L’année précédente, eux-mêmes avaient effectué la même traversée, avec beaucoup de moins de sécurité. Mais le niveau de l’eau était bien moins haut et tout le monde s’en était sorti. Contestée, l’activité avait tout de même été renouvelée, alors qu’une nage nocturne par cette température est interdite dans la formation militaire. Les gradés censés encadrer les élèves auraient-ils pu l’empêcher ? Eux assurent qu’ils n’étaient pas au courant, ce que contestent la famille de la victime et les élèves de deuxième année. « Ils considèrent que cet exercice leur a été caché. On peut en douter », estime Me Thierry Fillion. Ce sera à la justice de trancher.

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