Rennes : « Ça a un look »… Ce photographe passe ses nuits dans des laveries

L’espace est comme figé dans le temps. Sur les murs, une faïence rose pâle que l’on trouve encore dans quelques salles de bains épargnées par la rénovation. Au sol, un carrelage tricolore qui flaire bon les années 1990. Et sur la façade extérieure, onze lettres s’affichent en gros dans une typo typique de ces lieux : LAVOMATIQUE. C’est dans cet étrange espace parfumé à la lessive que Tanguy Carrée a passé une bonne partie de ses nuits cette semaine. Passionné de photographie, ce Rennais de 24 ans mène actuellement une série baptisée Washing Lights qui prend corps dans l’intérieur des laveries de Rennes. Ville très étudiante, la capitale bretonne lui offrait un bon paquet de repaires de machines à laver à explorer. Lui en a choisi huit dans lesquelles il a traîné ses potes du cinéma pour « inventer plein d’histoires ».

Cette étrange idée de décor lui est venue avant l’été et a fait resurgir quelques souvenirs du lycée. « J’étais à Jeanne-d’Arc et on allait souvent s’acheter des goûters avec les copains. Quand il pleuvait, on allait s’installer au lavomatique d’à côté. C’est un endroit à part, que tout le monde connaît ou a utilisé à un moment donné. Un endroit qui mélange les générations. Les laveries sont tellement riches. Avec toutes les machines alignées, ça a un look », glisse le jeune photographe. Il se souvient aussi de jeudis soir où des gens se retrouvaient pour jouer de la musique sur le dos des grosses machines carrées.

Tanguy Carrée mène un projet photographique qui se déroule dans des laveries de Rennes la nuit.
Tanguy Carrée mène un projet photographique qui se déroule dans des laveries de Rennes la nuit. – T. Carrée

Depuis mardi, il y passe une bonne partie de ses nuits, avec l’accord des propriétaires, pour y mener ce qu’il décrit comme le plus gros projet de sa jeune carrière de photographe. Vivre le soir, Tanguy Carrée s’y était déjà habitué quand il était veilleur de nuit pour les impôts, en marge des études de cinéma qu’il suivait le jour à l’ESRA. Un rythme de vie intense qui l’avait obligé à abandonner la carrière de kayakiste dans laquelle il baignait depuis son enfance. Depuis quelques années, il a troqué les pagaies pour la caméra ou l’appareil photo, enchaînant les petits projets personnels, tous liés par l’image.

Une machine à mousse à Sainte-Anne

Pour cette nouvelle série, il s’est armé de lumières et de tenues très colorées, s’amusant à détourner le décor de machines à laver pour recréer des univers un peu kitsch. Ici, un haltérophile semble danser le disco. Là-bas, une femme succombe à une overdose de lessive. Un peu plus loin, deux anciens s’assoient dans de vieux fauteuils face à une télé cathodique. A Sainte-Anne, où il était jeudi soir, le jeune photographe a même apporté une machine à mousse au milieu des tambours en métal. « On veut recréer un monde imaginaire dans un univers que tout le monde connaît », explique le Rennais, qui s’amuse à jouer avec la frontière entre le réel et l’irréel.

Les shootings nocturnes prendront fin mardi soir avant de laisser place à un travail de retouche et d’effets spéciaux que le photographe mènera avec ses amis. Des clichés qu’il devrait exposer dès janvier à Rennes, mais qu’il aimerait ensuite faire voyager. Et pourquoi ne pas décorer les murs décrépis des laveries ?