Rendre obligatoire la présence d’un professionnel de santé lors des téléconsultations, pour quoi faire ?

Consulter un médecin par écran interposé, tout le monde n’y a pas nécessairement recours. Mais depuis le début de la pandémie de Covid-19, c’est un fait, la téléconsultation s’est largement démocratisée. Trop peut-être ? Un groupe de députés LR entend renforcer son encadrement et a fait voter un amendement qu’il espère voir repris dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), qui doit être voté au Parlement d’ici à la fin du mois.

« Les actes de téléconsultations doivent être réalisés et accompagnés par un professionnel de santé afin de permettre un meilleur encadrement de cette pratique pour éviter les abus et pour répondre aux attentes des patients », prévoit le texte. En clair, il s’agit de rendre obligatoire la présence d’une pharmacienne ou d’un infirmier au côté du patient durant sa téléconsultation avec un médecin. Mais comment cet encadrement se traduirait-il en pratique ? Serait-ce utile ? Et comment les médecins accueillent-ils cette proposition ?

Quel serait l’intérêt d’une téléconsultation avec un professionnel de santé de chaque côté de l’écran ?

Pour Isabelle Valentin, députée LR de Haute-Loire à l’origine de l’amendement, si la téléconsultation « permet de favoriser l’accès aux soins à tous », elle a besoin d’être « encadrée », de se « dérouler dans des officines, des maisons de santé pluridisciplinaires ou des Ehpad », a-t-elle expliqué dans un entretien au JDD. Autrement dit, finie la téléconsultation à domicile, pourtant jugée pratique par nombre de patients ne pouvant se déplacer.

« Je suis contre une médecine à deux vitesses, entre ceux qui peuvent avoir des rendez-vous réels avec le médecin et les autres qui doivent se contenter d’un médecin via un écran », défend Isabelle Valentin. La mesure a donc vocation à « répondre à une attente des patients et à les rassurer », mais « aussi à corriger les abus » et à éviter un surcoût inutile pour la Sécurité sociale, a assuré la députée. « Si le patient se rend dans une officine pour demander une téléconsultation pour un rhume, le pharmacien va le conseiller et lui dire que la téléconsultation n’est pas indispensable. Cela coûtera moins cher à la société ».

Atout supplémentaire : « il y aura beaucoup moins d’arrêts maladie, a garanti à Checknews Josiane Corneloup, députée LR de Saône-et-Loire et ancienne pharmacienne, qui a codéposé l’amendement. Cela va freiner les dérives qui s’installent. » Pour la parlementaire, il est utile de se reposer sur les « 22.000 officines [de l’Hexagone] », d’autant « que la grande majorité des Français habitent à moins de 10 minutes de l’une d’elles », se défendant toutefois de tout « corporatisme ».

Comment l’amendement est-il accueilli par les médecins ?

Pour l’élue, « la thématique des téléconsultations n’a pas été portée au bout du débat à la commission », alors que ce texte pose aussi la problématique de l’installation de « télécabines de consultation dans des lieux facilement accessibles au public, comme les grandes surfaces par exemple », a-t-elle commenté lors d’un point presse. Autant de raisons pour lesquelles le texte a selon elle a peu de chances de se faire une place dans le PLFSS. « Si la procédure de atient et assu est utilisée par le gouvernement, cet amendement ne restera pas », estimant par ailleurs qu’il avait peu de chances d’être repris si le gouvernement n’y a pas recours.éduit pas les dépenses de santé, pas plus que cela ne permet de lutter contre la 

Un avis partagé par ses confrères et consœurs. « Pendant le Covid-19 en 2020, quand personne ne disposait de masques, les patients qui consultaient de chez eux auraient dû avoir un professionnel de santé à coté d’eux ? Ne vous mêlez pas de médecine », a taclé sur Twitter le Dr Jérôme Marty, médecin généraliste et président de l’Union française pour une médecine libre (UFML). « Vous ne savez pas ce qu’est la médecine de ville. Vous auriez mieux fait de limiter les téléconsultations aux seuls médecins traitants, ça aurait fait le tri », a renchéri une consœur sur le même réseau social.

Le seul intérêt à placer un professionnel de santé de chaque côté de l’écran, « c’est dans le cadre du télésoin, précise le Dr Hamon. Par exemple, une personne âgée qui a besoin d’une consultation mais qui ne peut se déplacer, elle peut téléconsulter avec l’assistance de l’infirmier qui assure les visites à domicile et fait le relais avec le médecin traitant. Cela évite des hospitalisations. Ou dans le cadre de la télé-expertise : le médecin traitant est avec le patient et assure le relais avec un spécialiste : dermatologue, cardiologue ou encore radiologue. Mais ce qui est proposé dans le cadre de cet amendement n’a aucun intérêt ! Cela ne réduit pas les dépenses de santé, pas plus que cela ne permet de lutter contre la désertification médicale ».

Et « cet amendement pose la question du conflit d’intérêts posé pour les pharmacies d’officine qui récupéreront ce marché gigantesque », s’inquiètent les signataires d’une tribune publiée dans Libération, parmi lesquels Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de physiologie et de médecine 2008 et présidente de Sidaction, Mathilde Viot, ancienne conseillère affaires sociales à l’Assemblée, ou Antoine Chassagnoux, président d’Act Up-Paris. Des signataires qui jugent « indispensable que cet amendement soit retiré » et qui appellent à cesser « d’infantiliser les patients et les usagers ».

Cet amendement a-t-il des chances d’être intégré au PLFSS ?

Bien que l’amendement ait été adopté en commission des affaires sociales par des députés de tous bords, sa reprise dans le texte définitif du PLFSS 2023 n’est pas encore gagnée. Cet amendement pourrait « rigidifier » la procédure, alors que l’on « peut avoir de la téléconsultation correctement même quand on n’est pas accompagné », a déclaré lors des débats Stéphanie Rist, députée Renaissance et rapporteure générale du PLFSS à l’Assemblée.

Pour l’élue, « la thématique des téléconsultations n’a pas été portée au bout du débat à la commission », alors que ce texte pose aussi la problématique de l’installation de « télécabines de consultation dans des lieux facilement accessibles au public, comme les grandes surfaces par exemple », a-t-elle commenté lors d’un point presse. Autant de raisons pour lesquelles le texte a selon elle a peu de chances de se faire une place dans le PLFSS. « Si la procédure de l’article 49.3 est utilisée par le gouvernement, cet amendement ne restera pas », estimant par ailleurs qu’il avait peu de chances d’être repris si le gouvernement n’y a pas recours.