Rencontres d’Arles: Des expos à Instagram, voici la formidable légende de la légende photo

« La trahison des images », le titre trompeur de Magritte — 20minutes

  • Les Rencontres de la photographie d’Arles célèbrent leur cinquantième anniversaire.
  • Si le festival et les photographes se posent depuis 50 ans la question des titres de leurs photos, le développement d’Instagram a relancé le débat.
  • Un bon titre doit être informatif, mais pas trop, et surtout savoir attirer les regards et les likes.

Qu’est-ce qui vous fait liker ? Le nombre de likes sur Instagram, c’est peut-être un détail pour vous mais pour les « vrais » photographes, ça veut dire beaucoup. Parmi les outils de promotion utilisés dans les expos aussi bien que sur le réseau social, il y a la légende. Alors, le titre d’une photo participe-t-il à son succès ? Lorsqu’on regarde les photos les plus likées d’Instagram en 2018, on s’aperçoit qu’il n’y a pas de recette miracle concernant la légende photo. Un pavé de « looove » de Justin Bieber à sa fiancée, le prénom du bébé de Kylie Jenner accompagné d’un emoji ange, le « sans-titre » triste de la photo d’Ariana Grande, avec son ex-décédé Mac Miller ou l’appel à liker sans gène de la photo d’un oeuf…

Sam Stourdzé, directeur des  Rencontres de la photographie d’Arles, qui fêtent cette année leur cinquantième anniversaire, pointe l’ambivalence de l’œuvre photographique : elle doit se suffire à elle-même, mais en même temps se priver de titre est risqué. « Nous sommes dans une société qui bascule énormément du textuel au visuel. Le phénomène du moment, c’est de développer des œuvres sans légende, sans accompagnement. Nous, nous souhaitons donner des clés aux visiteurs, contextualiser l’image. » Le titre prolonge l’expérience visuelle et permet d’éviter une mauvaise interprétation.

Comment ça s’appelle déjà ?

Lorsqu’on demande à plusieurs photographes ou amateurs de photographies de citer des titres de photos, cela ne va jamais plus beaucoup loin que Le baiser de l’Hôtel de Ville de Robert Doisneau. « Je vois les images dans ma tête, mais les titres m’échappent », confie Gaëlle Labarthe, photographe et iconographe. Pour Sam Stourdzé, les visiteurs retiennent plus le titre des expositions : « Il faut raconter sans tout dire. Le titre d’une exposition est plus fort. Je me souviens d’une exposition sur les paradis fiscaux appelés Paradis. Le contresens avait marqué. »

Selon la photographe, présente sur Instagram, Hélène Tchen, le titre doit être une référence élevée, une indication élégante : « Je souhaite que mes titres soient directs, poétiques, frontaux ; je suis sensible aux légendes réfléchies. Le « sans-titre » sur Instagram, ça ne marche pas. »

Pourtant, titrer et donc imposer un sens de lecture peut aussi gâcher le plaisir comme le raconte Gaëlle Labarthe : « Un de mes followers m’a dit qu’il adorait mes photos mais que les légendes l’ennuyaient, que cela lui donnait une lecture à suivre et que ça lui gâchait son interprétation. En y repensant, il n’a pas tort et c’est vrai que depuis, j’en mets moins. »

Le wording adapté à nos followers

On a demandé à une agence spécialisée en community management – qui s’appelle (ça s’invente pas) Chez Insta – son avis sur le titre photo. Pour eux, une bonne légende, c’est bien sûr celle qui va apporter des likes. Pour Glenn le cofondateur de l’agence, l’autodérision est bienvenue : « Une punchline, une blague, cela montre qu’on ne se prend pas pour des stars. » L’autre technique : invoquer la dualité. « Vous êtes plutôt beurre doux ou demi-sel ? » Chaque profil type d’Instagram a sa méthode : la citation « feeling good » pour les instagrameuses mode et beauté, la punchline rigolote pour l’humoriste et les « merci » en langue étrangère pour les globe-trotteurs.

L’autre phénomène qui s’impose sur Instagram, c’est le post vindicatif ou confidence. Dans ce schéma-ci, le texte prévaut par K.-O. « On voit arriver de plus en plus de posts ; assez longs, les auteurs s’engagent, racontent une histoire, s’étendent », explique Glenn. Mais il y a aussi les éternels « sans-titre » qui traduisent une revendication ou une grande émotion…

Trop de hashtag tue le mot-dièse

Enfin, le hashtag A.K.A. (as know as ou si vous préférez « s’apparente à ») apparaît comme la bête noire des photographes sur Instagram, même s’il a le mérite d’attirer les regards. Antipoétique, factuel, c’est l’outil utilisé en dernier recours, uniquement pour être répertorié. « Je trouve ça lourd cette course aux hashtags, parfois les instagrameurs mettent des blocs de hashtags, cela dessert totalement l’image », tranche Gaëlle Labarthe. A l’inverse, la solution facile et garantie sans faute d’orthographe reste l’émoji. Mais les émojis aussi sont rhabillés pour l’hiver par notre photographe : « Les émojis, je trouve ça ringard, immature ».

Les visiteurs des expositions des Rencontres d’Arles pourront constater que de nombreuses photos exposées boudent les titres. Et quand les photographes trouvent un titre, ils doivent souvent en trouver deux, un pour l’exposition et un pour Instagram… Pour conclure, on méditera la maxime de la professeure de la photographe Gaëlle Labarthe suggérant que le titre est secondaire : « il n’y a pas de mauvais appareils, il n’y a que des mauvais photographes ! »

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