« Renaissance » de Beyoncé : Les stars engagées comme Beyoncé ou Lizzo doivent-elles être plus irréprochables que les autres ?

Comme Lizzo il y a quelques mois, Beyoncé a dû se résoudre à réenregistrer une de ses chansons parce qu’elle contenait un mot jugé offensant par les personnes handicapées. Pour Lizzo, c’était la chanson Grrrls, qui figure sur l’album Special et pour Beyoncé, c’est la chanson Heated, extraite de Renaissance.

Dans les deux cas, c’est le même mot qui a posé problème : « spaz », un terme d’argot dérivé du mot péjoratif « spastic », qui, au Royaume-Uni, peut désigner une personne avec une infirmité moteur cérébrale. Dans un communiqué, une porte-parole de Beyoncé a annoncé que la chanteuse allait réenregistrer le mot problématique, en assurant dans un courriel que « le mot n’avait pas été utilisé de manière intentionnelle pour blesser ». Lizzo, elle, avait affirmé « ne pas vouloir faire la promotion d’un langage blessant » et s’était dite « fière d’avoir écouté et agi ».

Monica Lewinsky demande à retirer son nom de la chanson Partition

Steevy, qui anime Musicfeelings, une chaîne YouTube consacrée au RnB et au hip-hop, n’est pas forcément d’accord avec la décision de réenregistrer : « C’est disproportionné. Je peux comprendre que les gens soient vexés par l’utilisation d’un mot mais sur les réseaux sociaux on perd toujours le contexte. Beyoncé a utilisé le mot dans un contexte américain, où le mot signifie « hors de contrôle ». Je comprends que dans le contexte anglais, cela soit perçu comme une espèce d’insulte pour les personnes handicapées. Mais le contexte dans lequel Beyoncé l’a écrit est différent. »

Depuis cette controverse, Monica Lewinsky a demandé sur Twitter à Beyoncé de retirer les paroles de la chanson Partition, dans laquelle est elle est nommée (« He popped all my buttons and he ripped my blouse/He Monica Lewinsky’d all on my gown »).

« J’ai deux problèmes avec ça, répond Steevy de Musicfeelings. Le premier, c’est que la musique, c’est de l’art qu’on le veuille ou non. On peut critiquer l’art. Mais le fait de demander à des personnes de réenregistrer à chaque fois, cela me fait peur. Mon deuxième problème, c’est où on s’arrête ? Monica Lewinsky demande à réenregistrer une chanson de 2013. Mais on pourrait peut-être réenregistrer une chanson de 2003, aussi ? Il faut reconnaître que nous sommes dans une société où l’art n’est pas parfait, qu’il peut blesser, qu’on apprend de nos erreurs et c’est comme ça qu’on évolue. »

Les femmes engagées particulièrement ciblées ?

S’il arrive fréquemment que le public ou des associations protestent contre les paroles d’une chanson, il est rare que les artistes retournent en studio pour régler le problème. Exige-t-on davantage de Beyoncé ou Lizzo parce que ce sont des femmes engagées pour les droits et la reconnaissance des minorités qu’elles quelles soient ?

Steevy de Musicfeelings voit les choses sous un angle différent. « Je pense qu’on est dans une ère où on demande ça à tout le monde. Elles, elles cèdent parce qu’elles parlent déjà beaucoup à ce public attentif à ces questions-là. D’autres vont être attaqués, mais comme ils sont moins engagés auprès de ce public-là, ils ne vont pas retirer leurs paroles. Ça m’étonnerait qu’un rappeur mis en cause pour ce genre de choses réenregistre les morceaux. »

Selon le Guardian, l’association britannique Sense, qui avait reproché l’utilisation du mot « spazz » à Beyoncé, a d’ailleurs reconnu que la chanteuse était « engagée de longue date pour l’inclusivité » et n’avait pas utilisé ce mot « dans le but de faire du mal », mais que « les mots ont du pouvoir et peuvent renforcer les comportements négatifs auxquelles les groupes marginalisés sont confrontés ». Sense a donc remercié Beyoncé d’avoir modifié ses paroles et encouragé tout le monde à écouter désormais l’album.