Règles : L’association She can he can veut rendre les protections périodiques gratuites à Monaco

« S’il y a bien un endroit où il est possible de rendre les protections périodiques gratuites pour toutes les femmes, c’est bien Monaco », assure Vibeke Brask Thomsen, présidente de l’association féministe She can he can. L’objectif peut sembler « grand » mais « quand on regarde la taille [2 km2] et les ressources du pays », il est « atteignable », insiste-t-elle en prenant l’exemple de l’Ecosse qui a instauré cette mesure cet été.

Elle est optimiste car l’un des dispositifs de l’initiative « Monarègles » vient d’être inauguré au sein de l’hôtel Columbus Monte-Carlo. Une initiative « primordiale » pour « le bien-être des équipes » et « très appréciée tant elle n’était pas attendue », souligne sa directrice Victoria Stevenson.

Les protections périodiques mises à disposition gratuitement
Les protections périodiques mises à disposition gratuitement – She can he can

« Pour la première fois au sein de la Principauté, une entreprise privée met à disposition gratuitement des serviettes et des tampons pour ses employées », appuie la présidente de l’association. Elle cite la SBM Off shore et le Club Thirty-Nine qui sont deux sociétés dans lesquelles « cette volonté de créer un univers de travail inclusif » a été également établie. « La mairie œuvre aussi sur ces thématiques à nos côtés, ainsi que le gouvernement qui va financer une partie du projet », ajoute-t-elle.

Monaquoi ?

« Monarègles » est une idée inspirée du « Red box project » impulsé par des étudiantes anglaises qui souhaitaient récolter des protections périodiques pour les redistribuer gratuitement aux jeunes en situation de précarité et pousser le gouvernement à les rendre accessibles à l’université. « A She can he can, on veut pousser les entreprises en plus des institutions scolaires, explique la présidente. A Monaco, c’est plus un problème sociétal qu’un problème financier. Les menstruations provoquent des inégalités et elles sont taboues. » Elle déplore un manque de communication et de sensibilisation autour de ces questions. D’où la naissance du projet en 2019.

« A travers nos actions de Monarègles, on encourage à fournir gratuitement à tous les produits nécessaires, poursuit Vibeke Brask Thomsen. En tant que femme, on a toutes vécu ce moment où le « au cas où » dans notre sac manquait. On veut soulager une des charges mentales de la femme ». Elle a d’ailleurs fait remarquer aux hôtels que dans les produits mis à disposition des clients comme les savons ou parfois même des limes à ongles, des cotons-tiges ou des charlottes pour les cheveux, il n’y avait jamais de protections hygiéniques.

Un kit « premières règles »

Monarègles, c’est donc aussi de la sensibilisation pour les plus jeunes. She can he can offre aux filles des classes de 5e, un kit avec un « guide » sur « tout savoir sur ses premières règles », une pochette, des serviettes hygiéniques, distribué lors d’un atelier d’une heure. « On va leur permettre de poser toutes les questions qu’elles souhaitent mais aussi parler du cycle hormonal, les influences qu’il a sur notre humeur, notre poids, notre concentration, ainsi que les douleurs. L’idée est qu’elles puissent être informées pour mieux connaître leur corps. » Les protections offertes sont toutes « bio », un aspect « important » pour alerter aussi sur certains produits qui peuvent « être toxiques pour notre corps et pour l’environnement », rappelle la Monégasque.

Vibeke Brask Thomsen, directrice de l'association She can he can avec les kits « Monarègles »
Vibeke Brask Thomsen, directrice de l’association She can he can avec les kits « Monarègles » – She can he can

L’association féministe s’est également rapprochée de la section féminine de l’Association sportive de Monaco Football Club (ASM) pour rencontrer les jeunes femmes et évoquer avec elles l’influence de leur cycle menstruel sur leurs performances mais aussi leur permettre de « choisir les meilleures protections pour se sentir à l’aise dans cette activité sportive ».

Selon elle, « il faut avoir le courage » en « brisant d’abord le tabou autour des règles » mais elle « y croit » : « Le gouvernement a vraiment envie de s’inscrire dans ce changement. On a trois entreprises derrière nous et ce n’est que le début. »

En France, de tels dispositifs sont en cours d’expérimentations, notamment localement dans les universités et les Crous. Le gouvernement alloue chaque année un budget de 5 millions d’euros surtout aux associations pour cette démarche de lutte contre la précarité menstruelle depuis juin 2021.