Règles abondantes : Des chirurgies mini-invasives hors bloc opératoire pour en finir avec les ménorragies

Devoir changer sa serviette ou son tampon en permanence, voire être obligée de mettre les deux pour éviter la catastrophe vestimentaire. Avoir des douleurs qui tordent le ventre. Et se sentir épuisée tant les saignements sont importants. Pour les femmes souffrant de règles très abondantes, ou ménorragies, voir les Anglais débarquer peut tourner chaque mois au cauchemar.

Pourtant, souffrance et chutes du Niagara dans la culotte ne sont pas une fatalité. Des solutions thérapeutiques sont disponibles pour leur permettre retrouver confort et sérénité. Parmi elles, des procédures de chirurgies mini-invasives peuvent être proposées à certaines.

Evaluer son flux et poser le diagnostic

A partir de quand des règles sont-elles jugées abondantes ? « Habituellement, les femmes savent si elles perdent beaucoup ou énormément de sang, note le Pr Hervé Fernandez, chef du service de gynécologie obstétrique au CHU Bicêtre et ancien président de la Société de chirurgie gynécologique et pelvienne. Un outil, le score de Higham, permet d’objectiver ces saignements abondants ». Parmi ces éléments : le nombre de protections périodiques utilisées chaque jour de règles et leur niveau de saturation sont autant d’indicateurs. « Ensuite, il faut trouver la cause de ces ménorragies ». Une extrême fatigue, une anémie et une forte anxiété sont également des répercussions fréquentes des règles abondantes, qui toucheraient en moyenne une femme sur cinq.

« Un examen clinique, une échographie ou encore une hystéroscopie [exploration de l’utérus avec une petite caméra] permettent de poser le diagnostic, indique le Dr Vincent Villefranque, chef du service de gynécologie de l’hôpital Simone-Veil à Eaubonne. Les causes peuvent être organiques : polype, fibrome ou adénomyose [une forme particulière d’endométriose qui touche l’utérus] ; fonctionnelles, par exemple en cas de syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) ; ou encore hormonales. Et c’est un sujet majeur : les saignements anormaux sont la première cause de consultation des femmes de 40 à 50 ans. D’où l’importance d’un diagnostic précis ».

Des chirurgies mini-invasives pour une prise en charge rapide

Une fois le diagnostic posé, « selon la pathologie et les projets ou non de grossesse, une prise en charge médicale ou chirurgicale sera proposée, ajoute le Pr Fernandez. Mais elle est proposée au regard d’un nouveau paradigme : la notion de femme jeune en âge de procréer évolue, et des patientes de 45, voire 48 ans, peuvent avoir un désir de grossesse. Auquel cas les éléments thérapeutiques proposés devront être adaptés, et elles ne seront pas nécessairement éligibles à certaines chirurgies mini-invasives. Une femme souhaitant préserver sa fertilité pourra bénéficier de cette prise en charge en cas de polype, par exemple, mais pas quand ses ménorragies sont dues à un endomètre trop épais nécessitant une destruction endométriale », prévient-il.

Pour les femmes éligibles à la chirurgie, il n’est pas toujours évident d’envisager l’intervention. « Quand une chirurgie est prescrite, le parcours classique prévoit une intervention en bloc opératoire, sous anesthésie, suivie d’un arrêt de travail, ce qui peut faire un peu peur, relève le Dr Villefranque. C’est pourquoi il est devenu nécessaire de faire évoluer le parcours des patientes, insiste-t-il, pour être en capacité de leur proposer des chirurgies mini-invasives via une prise en charge rapide en cabinet, pour des lésions de types polypes ou fibromes. C’est ainsi qu’ont vu le jour des unités de consultation et d’exploration, où l’on peut proposer des hystéroscopies opératoires hors bloc. Cela permet, en une seule procédure, de poser un diagnostic rapide et de proposer un traitement le moins invasif possible, pour une intervention de quelques minutes à peine, sans scalpel ni anesthésie générale, mais avec une anesthésie locale. Cette prise en charge épargne beaucoup de stress aux patientes, qui récupèrent beaucoup plus vite. Et avec un taux de satisfaction très élevé ». Une évolution favorisée par un changement de nomenclature assortie d’une tarification incitative, et par « un contexte de retard de prise en charge au plus dur de la pandémie de Covid-19 et de pénurie de soignants, qui a mis en lumière la nécessité de baliser des parcours efficaces hors des blocs opératoires », explique le Dr Villefranque.

Une chirurgie en plein boom

Et ces chirurgies mini-invasives hors bloc sont en plein boom. Elles peuvent parfois également être indiquées pour des patientes souffrant de métrorragies fonctionnelles, des saignements abondants qui peuvent survenir en dehors des règles ou après la ménopause, dont la cause peut être organique ou liée à un déséquilibre hormonal. « Auparavant, le traitement de première intention était la pose d’un dispositif intra utérin, un stérilet hormonal, rapporte le Dr Villefranque. Mais si globalement ce traitement fonctionne bien, dans le détail, un quart des patientes ne le supporteront pas et auront des saignements tous les jours pendant les trois premiers mois, ce qui peut légitimement en décourager certaines ». Or « aujourd’hui, beaucoup de femmes se détournent des traitements hormonaux, souligne le Pr Fernandez. Et quand on dispose de techniques permettant d’intervenir en cabinet en 1,30 minute, cela pose la question du traitement le plus opportun à préconiser en première intention ».

A ce jour, environ 90.000 hystéroscopies sont réalisées chaque année en France. Et « en mettant l’accent sur la formation des praticiens à ce geste pas plus compliqué que la pose d’un stérilet, rappelle le Dr Villefranque, à terme, la majorité d’entre elles pourraient être réalisées hors des blocs opératoires ».