Régionales en Paca : « Renaud Muselier s’autonomise des Républicains »

Renaud Muselier au Mucem de Marseille — Alain Robert / Sipa

Après l’annonce d’une alliance entre LREM et Renaud Muselier​ aux régionales par Jean Castex, le président LR sortant tente de reprendre la main et de faire taire les critiques de compromission à son égard, analyse Christèle Lagier, maîtresse de conférences en sciences politiques à l’université d’Avignon.

Dans le communiqué de presse censé clarifier son positionnement, Renaud Muselier rappelle que le scrutin des régionales est un scrutin local. Pourquoi ?

C’est assez classique. Ici, Renaud Muselier cherche à dissocier les élections régionales de l’élection présidentielle, pour éviter de laisser penser que, derrière cette alliance avec LREM, il y a un autre enjeu, celui d’une recomposition politique en cours dans notre pays. Il veut surtout reprendre la main localement. Renaud Muselier utilise d’ailleurs beaucoup le « je », et dit même « je serai le seul décideur ». Il s’est fait quelque peu doubler par l’affichage de Castex ce dimanche, qui a placé tout cela au niveau national. Il veut montrer qu’au niveau local, c’est lui qui décide. Il ne cherche pas à avoir l’accord de son parti.

Comment ça ?

Il s’autonomise de son parti, ce qui n’est pas très étonnant. Renaud Muselier a passé toute sa vie à attendre la mairie de Marseille derrière Jean-Claude Gaudin, et ne l’a jamais eue. Dans le passé, Les Républicains n’ont pas porté Renaud Muselier à de grandes responsabilités. Et la région Provence-Alpes Côte d’Azur va être, pour ces élections, une région ultra-médiatique car le score du RN peut y être très fort. Ce n’est pas une région comme les autres et Renaud Muselier, dans sa stratégie, le sait peut-être plus que les autres.

Peut-il parvenir à faire l’union derrière son nom, même sans l’investiture de son parti ?

On trouve en Paca cet électorat de la droite populaire, décomplexée, la frange la plus à droite de LR qui reprend les propositions du RN sur le volet de l’immigration, par exemple, et qui ne sera pas totalement opposée à un rapprochement ponctuel pour des scrutins locaux. Aussi, Renaud Muselier sait-il très bien qu’il va avoir du mal à rassembler, notamment cette partie très à droite des Républicains. Or les voix accordées à François Fillon lors de la dernière présidentielle ont été massivement reportées sur Emmanuel Macron, quoi qu’on en dise. Il y a une véritable fracture au sein de la droite.

En disant qu’il n’y a pas d’accord avec LREM, il y a un jeu sur les mots. Cela veut dire qu’il n’y aura pas le logo LREM sir ces affiches, tout comme il n’y aura peut-être pas le logo LR sur ces listes. Mais c’est déjà de plus en plus le cas dans les élections locales. L’objectif, derrière, est d’être l’homme qui rassemble le centre droit des électeurs, tout en essayant de ne pas donner un blanc-seing à LREM.

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