Régionales : A Troyes, le patron de LR tente d’oublier les tensions au sein du parti


Christian Jacob et François Baroin. — DOMINIQUE FAGET / AFP
  • La campagne des Républicains pour les élections régionales et départementales des 20 et 27 juin a été émaillée par plusieurs psychodrames, et demeure parasitée par le suspense autour du choix d’un candidat pour 2022.
  • Loin de ces épineux dossiers, le patron du parti, Christian Jacob, s’est rendu dans l’Aube pour un déplacement de soutien au président sortant de la région Grand-Est, Jean Rottner.
  • Mais le spectre d’un accord avec LREM pèse aussi ici, et les questions sur la présidentielle sont loin d’être réglées.

De notre envoyée spéciale à Troyes (Aube),

Rien de tel qu’une réunion entre copains quand on a besoin d’un remontant. Sous le soleil de Troyes, jeudi, Christian Jacob retrouve le sourire et salue « l’amitié qui dure depuis bien des années » avec François Baroin, à ses côtés. La campagne des régionales et départementales a été chaotique pour LR et le parti n’a cessé de révéler ses divisions internes. Mais dans la ville aux dix clochers, où François Baroin a été réélu maire dès le premier tour des municipales en mars 2020, le patron de la droite est venu marteler qu’ici, « la famille est rassemblée ».

Pour le meeting de soutien au président sortant du Grand Est Jean Rottner, le public de la salle Argence, plutôt grisonnant et conquis, applaudit chaleureusement les trois hommes qui s’envoient mutuellement des louanges, loin des tensions qui ont secoué le parti ces dernières semaines. « Je veux te remercier d’avoir su créer les conditions pour afficher un visage d’unité », lance François Baroin à Christian Jacob, qui le désigne retour comme son « frère de lait chiraquien ».

Le meeting de Jean Rottner (au milieu) à Troyes le 10 juin 2021, avec François Baroin (à gauche) et Christian Jacob (à droite).
Le meeting de Jean Rottner (au milieu) à Troyes le 10 juin 2021, avec François Baroin (à gauche) et Christian Jacob (à droite). – L. Cometti /20 Minutes

Le spectre d’une alliance avec LREM

« Nous espérons que tu fasses le meilleur score et que tu sois fidèle à tes engagements », enchaîne le maire de Troyes à l’attention de Jean Rottner. Une allusion à un éventuel accord de second tour avec la liste de La République en marche, tant redouté par la direction de LR ? Dans l’entourage du président sortant, on assure « qu’aucune alliance ne sera conclue » avec LREM au second tour.

« Je ferai tout pour ne pas livrer cette région au Front national [sic] », lance Jean Rottner sur l’estrade. « Ma liste du premier tour sera ma liste du second tour. » Talonnée dans les sondages par le Rassemblement national, la liste LR serait perdante au second en cas de quadrangulaire.

Psychodrame en PACA et propos iconoclastes de Peltier

Le sujet est inflammable chez LR depuis le psychodrame en Provence-Alpes-Côte d’Azur, où le Premier ministre en personne a annoncé une alliance dès le premier tour avec le président sortant Renaud Muselier (LR), plaçant la direction du parti face à un dilemme. LR a finalement maintenu son soutien Muselier, mais des cadres ont assuré qu’ils ne voteront pas pour lui, comme le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti.

Or le parti joue gros pour ce scrutin, comme à chaque élection depuis l’élimination de François Fillon en 2017 et « la dérouillée » des européennes de 2019, dixit Jacob. « On se reconstruira plus par le terrain que par le haut », assure-t-il. A LR, on envisage de conserver les six régions métropolitaines détenues, et de conquérir peut-être la Bourgogne-Franche-Comté, le Centre-Val-de-Loire et la Nouvelle-Aquitaine. Mais les propos du numéro 2 du parti Guillaume Peltier, très amène à l’égard Robert Ménard, ont ravivé les fractures internes, à moins d’un an de l’élection présidentielle.

Relancer la carte Baroin 2022 ?

Le parti est d’autant plus fragilisé qu’il n’a toujours pas de champion pour la présidentielle. Mardi, Christian Jacob a présenté le dispositif pour désigner le candidat de la droite, après des mois de suspense. La voie choisie, inédite, repose sur deux sondages prévus en septembre. Et le patron de la droite s’est embrouillé en annonçant par erreur que le Cevipof conduirait ces enquêtes d’opinion, avant de rectifier.

Ce jeudi soir à Troyes, tente-t-il de relancer l’hypothèse Baroin ? Ce dernier accompagnera d’ailleurs Chirstian Jacob le 15 juin à Toulouse pour soutenir Aurélien Pradié, candidat LR en Occitanie. « Je suis là pour cette belle élection régionale dans le Grand-Est », balaie Jacob avant de monter à la tribune. Quelques secondes plus tard, un jeune homme affublé d’un tee-shirt Baroin 2022 et d’un appareil photo mitraille les deux hommes.

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