Refus de corriger, 20/20 pour tout le monde, pas de surveillance… Les premières épreuves de contrôle continu du bac sont-elles en péril ?

Un candidat au bac de la session 2019. — FREDERICK FLORIN / AFP

  • A partir de lundi, les élèves de 1re vont plancher sur les premières épreuves du contrôle continu du nouveau bac.
  • Mais une intersyndicale demande le report de ces épreuves, estimant que les élèves et les enseignants ne sont pas prêts. Certains syndicats, comme le Snes, appellent même au boycott des épreuves.
  • Sont critiqués les problèmes d’organisation que posent ces épreuves, et même leur vocation pédagogique.

Le baptême des épreuves communes de contrôle continu (E3C) sera-t-il perturbé ? Ces épreuves du bac nouvelle formule débuteront dès ce lundi dans de nombreux établissements. Les élèves de 1re générale devront plancher sur un sujet d’histoire-géographie et sur deux autres en langues vivantes. Et ceux de la voie technologique travailleront sur les maths.

La plupart des syndicats du second degré (SNES-FSU, SE-UNSA, CGT Educ’action, Sud éducation, SGEN-CFDT, SNEP-FSU, SNALC) ont appelé dans un communiqué le ministre de l’Education à renoncer à ces épreuves , estimant qu’elles posaient des problèmes « tant techniques que pédagogiques ». Idem pour la première fédération de parents d’élèves, la FCPE. N’ayant pas obtenu de réponse positive de la part de Jean-Michel Blanquer, certains syndicats ont haussé le ton, à l’instar du Snes : « Nous appelons nos collègues à bloquer les E3C. Soit en refusant de choisir des sujets, soit en faisant la grève de la surveillance ou de la correction, ou encore en mettant 20/20 à tous les élèves », explique Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du Snes-FSU.

« Dans la majorité des établissements, les choses se présentent très bien », déclare le ministre

Difficile de savoir si ces mots d’ordre seront suivis, selon Philippe Vincent, secrétaire général du SNPDEN (syndicat des chefs d’établissements) : « On ne peut pas mesurer quelle sera l’ampleur du phénomène et si le contexte social tendu avec les discussions en cours sur la réforme des retraites aura un impact sur la mobilisation des enseignants », indique-t-il. Mais certains lycées, qui ne sont pas les plus remuants socialement habituellement, semblent s’agiter. Selon l’AFP, des profs de Louis-Le-Grand et d’Henri IV, à Paris, ont ainsi prévu de faire grève le jour des épreuves de contrôle continu.

Une menace que Jean-Michel Blanquer semble minimiser. « C’est le fait d’une petite minorité qui est très vocale et que l’on entend beaucoup », a-t-il déclaré ce jeudi sur RTL. « Dans la majorité des établissements, les choses se présentent très bien », a-t-il indiqué. Mais la perspective des perturbations est crainte par les parents d’élèves de la PEEP, qui « n’acceptent pas que leurs enfants soient pénalisés », ont-ils déclaré dans un communiqué, rappelant leur soutien à cette mesure.

La plus value pédagogique des épreuves est remise en cause

Les griefs contre ces premières épreuves sont nombreux, des enseignants remettant en cause leurs bienfaits pédagogiques. « Elles instaurent une pression permanente sur les élèves, les mettant dans une posture d’évaluation permanente. Cela nous empêche de travailler le fond et de les faire progresser, en travaillant avec eux sur leurs difficultés », estime Sophie Vénétitay. Selon la FCPE, les E3C sont des « épreuves hybrides entre contrôle continu et examen, qui renforcent le stress des élèves comme le bachotage, qui n’a pas de plus-value pédagogique ». L’intersyndicale qui a demandé le report des épreuves estime aussi que « les sujets proposés par la banque nationale de sujets ne correspondent pas, dans de nombreux cas, aux savoirs étudiés avec les élèves ». « Les enseignants ont travaillé pour trouver des sujets qui correspondent à ce que les élèves avaient déjà vu », reconnaît Philippe Vincent.

Plusieurs syndicats ont aussi dénoncé les problèmes d’organisation posés par ces E3C. « Des sujets de la banque nationale de sujets contenaient des erreurs », indique Sophie Vénétitay. Certains élèves de 1re ont aussi indiqué à 20 Minutes qu’ils n’avaient pas eu droit à des sujets 0 leur permettant de s’entraîner, « ce qui entraîne une rupture d’égalité », estime Sophie Vénétitay.

La numérisation des copies à grande échelle pose question

Par ailleurs, ce sera la première fois que les copies seront dématérialisées, c’est-à-dire scannées et numérisées, ce qui n’a pas manqué de poser quelques problèmes de mise en place. « Cette numérisation à grande échelle est compliquée à organiser. Et on se demande si quand les lycées vont tous être connectés, les serveurs supporteront cette charge », interroge Philippe Vincent.

Dans un communiqué publié ce jeudi, l’Association des professeurs d’histoire et de géographie (APHG) s’inquiète aussi des informations lui parvenant sur le matériel de numérisation des copies d’E3C. « Selon de très nombreuses sources émanant de plusieurs académies différentes, il semblerait que les scanners dont ont été équipés les établissements ne reconnaissent pas correctement les couleurs et très insuffisamment les crayons. Cela risque d’obliger les élèves à écrire uniquement au stylo noir, y compris pour les épreuves de cartographie, alors qu’ils y auront été préparés sans cette contrainte de dernière minute », indique-t-elle. « On a reçu une vidéo pour nous expliquer comment corriger en ligne vendredi soir. Et la grille d’évaluation est complexe et dure à comprendre », estime Sophie Vénétitay. Des critiques qui laissent présager encore quelques remous.

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