Réformes des retraites : Après une très forte mobilisation, le gouvernement sous pression

Il y a quelques jours encore, Olivier Véran disait ne pas se projeter « dans l’idée d’une mobilisation massive ». Ce jeudi, les opposants à la réforme des retraites ont tenu à faire mentir le porte-parole du gouvernement. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, 1,12 million de personnes ont défilé à Paris et dans 200 villes de France. Ils étaient même plus de deux millions, selon la CGT. Les syndicats ont salué une mobilisation « réussie » dans la rue et sur les taux de grèves. Un premier « jeudi noir », qui met la pression sur Emmanuel Macron et sa majorité, quelques jours avant l’arrivée du texte au Parlement.

« La mobilisation du jour est un succès indéniable, avec une intersyndicale réunie et de nombreux Français dans la rue. Cela tranche avec les manifestations sur le pouvoir d’achat des mois derniers », assure Luc Rouban, chercheur au CNRS et au CEVIPOF. A l’échelle nationale, les niveaux de mobilisation sont supérieurs à ceux du décembre 2019, pour le précédent projet de réforme des retraites, finalement abandonné par Emmanuel Macron en raison de la pandémie de Covid-19. Les chiffres évoquent plutôt les grandes manifestations de 1995, qui avaient abouti au retrait du projet de loi retraites d’Edouard Balladur. « Dans un contexte de vie difficile, liée à l’inflation, cette réforme porte une charge symbolique. Elle apparaît comme un nouveau démantèlement du modèle social français et tout le monde se sent touché », ajoute le chercheur.

« On n’a pas été élus pour faire plaisir aux gens »

Le texte, dévoilé le 10 janvier par Elisabeth Borne, est très impopulaire dans l’opinion. Selon plusieurs sondages récents, environ deux tiers des Français sont hostiles au projet, et une plus large majorité encore ne veut pas d’un allongement de départ à la retraite à 64 ans. La mesure suscite également une contestation des partis d’oppositions, du Rassemblement national à la coalition de gauche (Nupes). « Les syndicats unis font une démonstration impressionnante de leur audience populaire. Macron a perdu cette première manche. La lutte continue », a réagi sur Twitter Jean-Luc Mélenchon, appelant à une nouvelle marche ce samedi avec les organisations de jeunesse.

Depuis Barcelone, où il participait à un sommet franco-espagnol, Emmanuel Macron est resté droit dans ses bottes, insistant sur la « détermination » de l’exécutif pour faire aboutir une réforme « juste et responsable ». « Le président de la République a fait campagne sur cet allongement de l’âge de départ à la retraite et a été élu. C’était alors courageux de dire la vérité, assure Benjamin Haddad, député de Paris et porte-parole du groupe Renaissance. Il a la légitimité de réformer, donc on ira au bout ». Chez les macronistes, on assume le bras de fer avec la rue, en insistant sur la nécessité de devoir équilibrer le système.

« Lors de la réforme retraites Fillon en 2003, il y a eu un million de personnes dans la rue, des jours de débats à l’Assemblée, mais la réforme est passée quand même », balaie François Patriat, patron des sénateurs Renaissance. « On n’a pas été élus pour faire plaisir aux gens, mais pour protéger notre système social, donc il faut faire des efforts supplémentaires. La réforme passera. »

La bataille n’en est probablement qu’à ses débuts. Dans la soirée, les huit principaux syndicats se sont accordés sur une nouvelle date de mobilisation le 31 janvier. « Le réel succès du mouvement se mesurera à sa capacité à s’inscrire dans la durée, rappelle Luc Rouban. « C’est cette donnée, et la possibilité de générer des blocages sur le long terme, qui pourraient – peut-être – contraindre le gouvernement à des inflexions. »