Réforme des retraites : La majorité en rangs -presque serrés- derrière le gouvernement

Il n’y a pas que le front syndical qui est unitaire sur la réforme des retraites. Mercredi, dès le lendemain de la présentation du texte par Elisabeth Borne, les trois groupes de la majorité (Renaissance, Mouvement démocrate et Horizon) ont affiché leur unité dans une conférence de presse à l’Assemblée nationale. Ils sont « mobilisés et soudés », a décrit Aurore Bergé, la présidente du groupe Renaissance (ex-LREM). Ils sont « à fond derrière le gouvernement », a surenchéri Laurent Marcangeli, le président du groupe Horizon (le parti de l’ancien premier ministre, Edouard Philippe). Bref, en confiance.

« Je ne dis pas que ça sera facile, mais je pense que ça sera moins dur qu’on le dit, pronostique un député MoDem. Sur le terrain on ne me parle pas spontanément de la réforme des retraites. Et quand on en parle, les gens comprennent la nécessité de la réforme. » Le front syndical uni – une première depuis douze ans – n’inquiète pas plus que ça : « Franchement, on a rencontré la CFDT, il y a deux feuilles de papier à cigarette entre nous et eux », poursuit le même. « Je ne fais pas de paris, dit, plus prudent, Mathieu Lefèvre, député RE (Renaissance) du Val-de-Marne. Il ne faut pas préjuger de la capacité d’entraînement des centrales syndicales, même affaiblies. »

Même pas peur

La Nupes, qui promet l’enfer au gouvernement à l’Assemblée nationale, ne semble impressionner personne non plus. « On verra bien quelle sera la tolérance des Français à l’obstruction parlementaire », se demande, sourire en coin, le député MoDem déjà cité. Les oppositions se sont « piégées elles-mêmes en promettant cette forme de guérilla parlementaire », assure Aurore Bergé. Enfin, les mauvais sondages de la réforme sont presque normaux : les Français ne savaient pas ce qu’il y aurait dans la réforme. « J’aimerais bien connaître l’état de l’opinion en fonction des annonces, je crois qu’elle peut évoluer compte tenu de la recherche de justice sociale du texte », croit Jean-Paul Mattei, le chef des députés et députées MoDem.

Dans la majorité, en croit en effet dur comme fer que les « avancées sociales » de la réforme peuvent aider à faire passer la pilule de l’allongement de la durée de cotisation et le recul de l’âge légal. « La Première ministre a su désamorcer un certain nombre de conflits potentiels comme avec les 1.200 euros minimum de retraite pour les carrières complètes, y compris pour les retraités actuels, sur les carrières hachées, sur la progressivité de la mise en place de la réforme… Il y a des avancées ! », détaille Mathieu Lefèvre.

Pas assez disruptif ?

La fameuse question des 1.200 euros de pension minimum pour une carrière complète, y compris pour celles et ceux déjà à la retraite (pour « le stock ») était une demande d’Horizon notamment, mais aussi de Les Républicain, pour éventuellement voter la réforme. « Je me réjouirai qu’on soit très nombreux à soutenir cette réforme, ironise Paul Christophe, député Horizon porte-parole sur le sujet des retraites. L’important, c’est que l’objectif soit atteint. C’est notre philosophie chez Horizon, et notre ego ne souffrira pas ! » « Il faudra quand même faire attention à ce que la droite ne s’attribue pas les avancées sociales de la réforme », persifle néanmoins en privé un centriste.

Bien sur, les différentes composantes de la majorité se réservent le droit d’amender le texte sur certains points. Le MoDem est le plus disert : le parti de François Bayrou voudrait abaisser de 67 à 65 ans l’âge de départ en retraite sans décote pour les plus petites retraites et les carrières hachées. Aussi, les centristes voudraient inclure une « clause de revoyure » à mi-parcours de la réforme « afin de s’adapter au mieux aux évolutions futures du contexte macroéconomique ». Pas assez pour certains dans l’aile gauche de la majorité. « On est en train de faire une réforme de tableau Excel ! », s’exaspère Patrick Vignal, député RE. « Il nous manque un esprit inventif. Moi je fais confiance à Emmanuel Macron pour être disruptif mais j’aimerais qu’il le soit plus pour cette réforme. »

Efficacité et pragmatisme

Le député de l’Hérault, voudrait une vraie réforme sur « la relation au travail, qui donne du sens » : « Cette majorité a les moyens de faire une réforme qui descend au niveau des corporations, presque au niveau individuel. » Ça fleur bon le système universel à points, proposé dans la précédente réforme ratée de 2019-2020. « Ah ! Je ne l’ai pas dit c’est vous qui me le faites dire ! » Il n’est pas le seul à être un peu nostalgique : « On n’a pas fait notre deuil de la réforme à points, qui aurait été une réforme d’égalité et de justice, à mon sens on réglait le problème de la pénibilité et on donnait de la durabilité au système », sous entendu sans avoir besoin d’une nouvelle réforme tous les dix ans.

Chez Horizon, le parti d’Edouard Philippe Premier ministre à l’époque « évidemment on ne se déjuge pas ». Mais Paul Christophe, rapporteur de la réforme de l’époque, parle d’un « autre contexte cette année ». « On peut toujours vouloir des réformes plus ambitieuses, mais une bonne réforme est une réforme qui aboutit », prévient Mathieu Lefèvre. Efficacité et pragmatisme sont toujours au cœur de la philosophie macronienne.