Real Madrid – PSG : Remontada, United… Où placer le fiasco du Bernabeu sur l’échelle de la lose parisienne ?

Ça nous avait presque manqué. La gueule de bois au réveil sans ivresse de la veille. Douloureuse. Cette sensation d’irréel, la peau qu’on pince mille fois dans l’espoir de se réveiller. Ça n’a quand même pas pu arriver une troisième fois ! Eh si. Le Maudit Saint-Germain s’est surpassé pour ajouter une nouvelle brique au Panthéon des cataclysmes européens. Après 151 minutes pas parfaites mais suffisamment pour oublier toutes les purges en Ligue 1, le PSG a basculé en même temps que Donnarumma dans l’irrationnel.

D’ailleurs Gigio, bravo. Ce raté est un baptême, un signe d’appartenance. Te voilà parisien dans l’âme et la chair. Car il n’y a pas plus PSG que tout foutre en l’air quand tout est acquis. Te voilà assis aux côtés de ton aîné Buffon, d’Angel Di Maria, de Thomas Meunier, de Presnel Kimpembe​ et tant d’autres qui ont contribué avant toi à façonner la légende parisienne, du Camp Nou (2017) au Parc des Princes (2019). Reste à déterminer où situer l’épisode du 9 mars 2022 dans la trilogie de l’enfer. Avec une seule certitude : la remontada reste tout là-haut.

L’avance : Deux buts à une demi-heure de la fin. C’est moins qu’au Camp Nou, mais plus que face à MU (Paris n’avait qu’un but d’avance depuis la demi-heure de jeu du match retour). Surtout, l’idée de sérénité était la même qu’avant d’affronter les U19 des Red Devils.

« J’ai trouvé qu’on se réjouissait trop après le premier match, réagit l’ancien entraîneur du PSG Guy Lacombe. En face, c’est le Real. C’est un club immense, il faut rester les pieds sur terre quand on rencontre une équipe comme ça. Et puis 1-0, ce n’était pas une grande avance. Il aurait fallu essayer de tuer le match avec plus de conviction. Les phases de possession sont utiles et intéressantes, mais Paris aurait dû continuer à attaquer, d’autant plus que le Real n’y était plus trop. »

Le fait (fail) de jeu : Là où la faute de main de Gigi Buffon en 2019 pèche par son manque d’originalité, le chef-d’œuvre de Donnarumma est le fruit d’un excès de panache. Pile quand on se disait, après le match aller, que son jeu au pied avait quand même vachement progressé. Ça nous apprendra à parler trop vite.

Les constantes : l’arbitrage et par extension, le mental. C’est TOUJOURS la faute de l’arbitre. Le penalty non sifflé pour le PSG au Camp Nou, le penalty sévère sur la main de Kimpembe et, désormais, le pressing trop appuyé de Karim Benzema sur Donnarumma. Avec à chaque fois le don de foutre le feu à la baraque. Jimmy Algerino, ancien de la maison.

« C’est pas qu’une histoire de problème avec l’arbitrage. Dès qu’il y a cette sensation d’injustice, au lieu de galvaniser l’équipe et de mobiliser les joueurs, au contraire, le collectif redevient comme inexpérimenté et jeune. Ils redeviennent des joueurs lambda. »

Lacombe parlera d’un « manque de force mentale », ou manque de leaders forts sur la pelouse, appelez ça comme vous voudrez. « On a reproché à Thiago Silva son manque de charisme sur ces événements, poursuit Algerino, on va maintenant le reprocher à Marquinhos, talentueux, valeureux à qui il manque ce rôle de meneur qu’aurait pu avoir Ramos », leader de l’infirmerie et de la salle de sport du Camp des Loges.

Les faits hors terrain : De la remontada, on retiendra la discussion petit bras entre Verratti, Matuidi, Meunier et Draxler quelques jours avant le match retour. De Manchester United, on garde le visage hagard de Neymar sur le penalty sifflé sur Kimpembe. Du Bernabeu, on se souviendra que Nasser Al-Khelaïfi, furax, aurait essayé de rentrer dans le vestiaire des arbitres au coup de sifflet final. Marca a eu accès au rapport de l’arbitre :

« Après le match, le président et directeur sportif du PSG, Leonardo, ont fait preuve d’un comportement agressif et ont tenté d’entrer dans le vestiaire des arbitres. Ils ont bloqué la porte et le président a délibérément frappé le drapeau d’un des arbitres, en le brisant. »

Les conséquences : Il y a toujours l’idée d’une apocalypse parisienne après chaque déroute en Ligue des champions liée au manque d’attractivité qui en découlerait. L’histoire a néanmoins prouvé que les défaites ont toutes été suivies de grands coups au mercato. Le problème étant que cette année, celui-ci se fera dans le mauvais sens : Mbappé, l’homme qui porte l’équipe depuis un an, va filer gratos au Real. Double-défaite. Le PSG aura cette fois plus que les autres du mal à s’en remettre.

Le verdict : Si la remontada reste intouchable, le fiasco du Bernabeu propose un scénario plus riche que l’élimination de 2019 au Parc des Princes. Médaille d’argent de la lose pour la soirée du 9 mars 2022.