Qui sont les meilleurs dribbleurs du championnat selon les défenseurs de Ligue 1 ?

Ils s’appellent Mbappé, Sulemana, Messi, Boufal et chaque week-end, ils humilient des pères de famille en mondiovision. Leurs méfaits font la réputation de la Ligue des talents autant qu’ils désespèrent les défenseurs du championnat français. Puisque ces derniers ne semblent pas en mesure de les arrêter sur le terrain, le tribunal de 20 Minutes a donné à cinq d’entre eux la possibilité de nommer et juger les meilleurs dribbleurs de Ligue 1. Installez-vous, place au procès le plus fracassant de cette fin d’année 2021.

Les cinq jurés (les défenseurs)

– William Saliba (OM), dit El duro, c’est d’ailleurs sur la plaque de son gros Gamos. « C’est le surnom qu’on me donnait au quartier parce que je suis dur sur l’homme. » Les dribbleurs, il les connaît mais ne les craint pas plus que ça. « Ça arrive de se faire passer, mais on ne m’a pas tué au point de mal dormir. » Ça vous pose un bonhomme.

– Brendan Chardonnet (Brest). 26 ans et déjà sa petite expérience en Ligue 1. Les dribblous, il les fréquente depuis tout jeune, même qu’il s’est frotté à Ousmane Dembélé quand l’un jouait dans la réserve brestoise et l’autre dans la réserve rennaise.

– Alexander Djiku (RC Strasbourg), sans doute celui qui a la meilleure mémoire visuelle parmi les cinq. Ses détails ont été précieux dans l’enquête.

– Florent Ogier (Clermont), digne représentant du football vrai, formé à l’OL et qui découvre donc la Ligue 1 cette saison. Il a été titularisé à 17 reprises sur la phase aller et c’est bien suffisant pour avoir un paquet de trucs à raconter.

– Yunis Abdelhamid (Reims), le taulier. Impitoyable sur le terrain, une crème en dehors. Un exemple ? C’est en zone mixte, là où peu de joueurs aiment s’éterniser, qu’il s’est prêté à notre jeu. Classe.

Les accusés

Le dernier gang à la mode : Les Tic & Tac du Stade Rennais, aka Jérémy Doku et Kamaldeen Sulemana, sont deux noms qui reviennent beaucoup dans la bouche des défenseurs. Du premier, « un très bon dribbleur de L1 » cité spontanément par Saliba, ses victimes retiennent « sa puissance dans les jambes » (Chardonnet). Et du second ? « On le connaissait moins comme il vient d’un autre championnat et est très jeune, poursuit le Brestrois. Il m’avait vachement impressionné dans sa vitesse et ses crochets. Il va très vite mais en plus il maîtrise ce qu’il fait. » Alexandre Djiku abonde : « Il est très explosif, dynamique, et utilise beaucoup les feintes de corps. »

Florent Ogier, lui se rappelle avoir assisté à la masterclass du Ghanéen depuis le banc un jour où Clermont avait pris la marée au Roahzon Park (6-0) : « Il m’avait vraiment fait forte impression ce jour-là. Il a de grosses facilités avec le ballon, il est tonique, et il a une palette très large. Ce n’est pas l’ailier qui va te faire que des débordements et des centres. »

Le multirécidiviste : Kylian Mbappé. L’attaquant parisien est sur toutes les lèvres, et on ne serait guère étonnés d’apprendre que chaque défenseur de L1 a une photo de lui sur un miroir pour se motiver chaque matin. Saliba le voit comme « le meilleur dribbleur » du championnat (avec Ikoné) et préfère son style « plus direct » à celui d’un Neymar. Djiku décrit un dribbleur « plus prévisible, même si ça ne veut pas dire que c’est facile de l’arrêter » et Brendan Chardonnet y voit une immense source de frustration : « Tu sais ce qu’il va faire, mais tu ne peux rien faire. »

Mbappé est inéluctable, et il a ce don rare du « ish-ish » sur plusieurs temps de valse. Ogier : « Quand on le joue au Parc, il a beau avoir fait un sprint de 40m sur son appel, il m’a fait une feinte de frappe et un dribble dans la surface que je n’avais pas anticipé après un tel effort. C’est là qu’on voit comme un tel joueur fait la différence : il garde toute sa lucidité même après une grosse débauche d’énergie.

Le parrain : Lionel Messi. Pas grand monde l’a joué, et même les rares à avoir défendu sur lui n’ont pas toujours eu à se fouler pour le stopper. Pourtant, sa réputation le précède et il inspire la crainte. « T’es presque obligé de le mettre dans le top 3 de L1 même s’il n’a pas encore fait beaucoup de différences », résume ainsi Chardonnet.

Les complices qui risquent (un peu moins)

Sofiane Boufal n’est pas le premier auquel on pense, sans doute parce qu’Angers n’est pas le club le plus sexy chocolat de la L1, mais le Marocain conserve une énorme cote chez ses gardes du corps en dépit d’un impact statistique limité. Younès Abdelhamid le qualifie carrément de « meilleur dribbleur » de notre championnat, « capable de faire tous les gestes possibles si on lui laisse un peu d’espace ».

Brendan Chardonnet cite de son côté le milieu parisien Marco Verratti et sa fameuse conduite de balle à haut risque : « Il a cette faculté à éliminer avec des feintes de corps. C’est moins spectaculaire que des attaquants ou des joueurs rapides mais c’est tout aussi efficace au milieu de terrain et c’est beaucoup plus risqué en plus. Il n’a pas peur de mettre son équipe en danger. »

Autre cajoleur soyeux de nos pelouses, le Lensois Gaël Kakuta, qui a beaucoup impressionné Djiku : « Il peut dribbler, faire sortir un bloc sur une passe cachée… Je me souviens de ses contrôles quand il jouait à Amiens et moi à Caen, ils étaient tous orientés. C’est un vrai talent. Je me souviens d’un match où, devant sa surface, il avait enchaîné banane et petit pont pour lancer un contre. Il fallait le tenter. » Et le réussir.

Ont également été cités : Randal Kolo Muani, « 
longiligne et vif sur ses appuis » dixit Abdelhamid, Houssem Aouar et son fameux débordement à double détente côté gauche – « il est vraiment facile dans l’élimination » (Ogier), Wissem Ben Yedder et son jeu de corps (« Il a tout ce qu’il faut dans la surface », Ogier Toujours), Lucas Paqueta, « nonchalant en apparence mais très fort sur les premiers appuis » (Abdelhamid) et même feu Hatem Ben Arfa, dont les exploits passés impriment encore les rétines : « La saison où il est à Nice, il faisait ce qu’il voulait et surtout de n’importe où, se souvient Djiku, c’était à la plus déstabilisant. » Neymar aussi, évidemment, mais son nom a souvent été oublié, signe que ses blessures et ses récentes difficultés dans le un contre un en font une menace fantôme plus qu’un danger réel.

Les techniques d’interpellation

Nos interlocuteurs assurent qu’ils ne font pas de cauchemars la nuit précédant leur rencontre avec les meilleurs tripoteurs de nos contrées, mais il leur arrive quand même de faire une petite fixette. « Avant le match contre le PSG cet été, on avait parlé de Messi dans le vestiaire, à l’entraînement, dans les douches, partout ! se marre Djuku. On ne savait pas s’il allait jouer et on se demandait comment défendre sur lui. Finalement, il a juste été présenté. »

A Reims, le staff prépare chaque semaine « un spécifique vidéo sur les joueurs offensifs avant les matchs, donc on est tous prévenus », explique Abdelhamid. « Le boulot des analystes est super important », confirme Ogier, ce sont eux qui permettent de cibler les profils en face et leurs habitudes de dribble ». Ensuite ? Ensuite, Dieu reconnaîtra les siens. « Quand on tombe sur un grand dribbleur, on sait qu’il va falloir défendre à deux pour aider le coéquipier au marquage », témoigne Saliba, « souvent le défenseur central qui sort pour aider son latéral. » (Ogier)

Pour tous, l’approche est d’abord une affaire de sensations : « Ce qu’on nous apprend nous les défenseurs c’est de se coller à ces joueurs pour les empêcher de prendre de la vitesse, détaille Chardonnet. Mais on s’adapte pendant les matchs. Quand on joue contre l’OM et que Ünder rentre à la fin sur le côté droit, on sait qu’il va essayer de rentrer sur son bon pied. Alors on avertit le défenseur concerné (Jean-Kevin Duverne) et on voit ce qu’on peut faire. » La mode étant aux pieds inversés – un gaucher à droite et un droitier à gauche – les purs ailiers de débordement sont de moins en moins nombreux. Mais les dribbleurs, eux, peuvent toujours partir des deux côtés…

Les réquisitions de 20 Minutes

Il a déjà pris perpète depuis longtemps en L1, mais comment Mbappé peut-il échapper à une nouvelle condamnation pour braquages répétés et volontaires sur toutes les défenses du championnat ? Heureusement pour lui, Kyky « accélération, virgule, petit pont, frappe » a déjà prévu de s’évader de Fleury en juin.

Sinon on fera un prix de groupe pour les deux complices Rennais Doku et Sulemana, avec une mesure d’éloignement coercitive : interdiction d’approcher un stade de l’élite à moins de 500 mètres les week-ends.

Les autres ? Un simple rappel à la loi pour le moment, mais attention la justice vous a à l’œil. Surtout vous, Monsieur Boufal. Quant à vous Monsieur Messi,vos prouesses légendaires​ ne nous ont pas échappées. Une condamnation pour fraude fiscale est vite arrivée, regardez Al Capone.