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Qui est Charles Alloncle, rapporteur UDR de l’enquête audiovisuelle publique ?

Charles Alloncle, député UDR, a été désigné rapporteur de la commission d’enquête sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public », qui a déjà auditionné plusieurs personnalités depuis son lancement. La commission d’enquête reprendra du service début 2026 avec au total « une cinquantaine d’auditions » jusqu’à début mars.


Il se définit lui-même comme un « enfant de la télé ». « J’ai été biberonné à nombre de programmes de l’audiovisuel public, qui ont suscité d’ailleurs un éveil dans mon engagement politique », confiait Charles Alloncle, député UDR (Union des droites pour la République) lors d’une conférence de presse présentant la commission d’enquête sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public ».

Depuis fin novembre, l’élu de l’Hérault mène avec énergie, en tant que rapporteur, les auditions des figures emblématiques de France Télévisions et Radio France à l’Assemblée nationale. À tel point qu’il est décrit par ses adversaires comme un « procureur » en mission pour « affaiblir » le service public.

Ce coup de projecteur est d’autant plus remarquable que Charles Alloncle n’était jusqu’alors pas le député le plus en vue de l’hémicycle. Fraîchement arrivé à l’Assemblée en juillet 2024, il reconnaissait son manque de notoriété, y compris dans l’Hérault, où l’UDR avait choisi celui qui a grandi en région parisienne. « Je pense que j’ai surtout été élu parce que j’étais sur l’affiche avec Jordan Bardella et Eric Ciotti. Il faut être très humble là-dessus », déclarait-il. « Mais peut-être que mon profil de chef d’entreprise a un peu joué… » Formé à Sciences Po Paris et à HEC, Charles Alloncle a fait ses débuts chez Les Républicains. Fervent soutien de Nicolas Sarkozy lors de la primaire de droite de 2016, l’ancien vice-président des jeunes LR s’éloigne finalement de la politique pour fonder, quatre ans plus tard, sa start-up, Blank, une banque en ligne pour indépendants.

Il revient ensuite à ses premières amours grâce à l’alliance entre le parti ciottiste et le Rassemblement national après la dissolution de juin 2024. « C’est quelqu’un qui travaille beaucoup, on l’a vu dans le combat des manades de Camargue. Il est très apprécié par les habitants de sa circonscription », souligne le député RN Aurélien Lopez-Liguori, son voisin dans l’Hérault.

À l’Assemblée, Alloncle devient porte-parole d’un petit groupe de 16 députés, mais reste plutôt discret. Jusqu’au lancement de cette commission d’enquête, déclenchée par Eric Ciotti après la polémique concernant les journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen, accusés de connivence avec le PS. Désigné rapporteur, il affirme vouloir faire la lumière sur les « atteintes répétées à la transparence et à l’honnêteté » sur les chaînes publiques. Depuis trois semaines, la commission a déjà auditionné plusieurs personnalités, du patron de l’Arcom aux présidentes de France Télévisions et Radio France, ainsi que la directrice de France Inter. Dans un climat parfois très tendu. « Quand on ne répond pas à la question de la façon dont vous souhaitez, vous la reposez ? Vous voulez une autocritique à la soviétique ? C’est quand même assez hallucinant ! », s’est notamment exclamé ce jeudi le journaliste Thomas Legrand.

Désormais invité dans de nombreux médias, le rapporteur partage sur ses réseaux sociaux les moments les plus marquants des auditions. « Par son travail remarquable, Charles Alloncle a mis en lumière les dérives, les gabegies et la partialité politique de l’audiovisuel public », a salué sur X Jordan Bardella, le président du RN, partisan d’une privatisation de l’audiovisuel public. Mais son approche est vivement critiquée par des collègues présents en commission. « Nous sommes très agacés par la manière dont il mène ces auditions, que c’est devenu à charge. Il se prend pour un procureur ou un juge d’instruction cherchant son quart d’heure warholien. Cette chasse aux sorcières est déplorable », tranche le député MoDem du Finistère, Erwan Balanant. La députée écologiste Sophie Taillé-Polian a, pour sa part, demandé jeudi une réunion d’urgence pour mettre un terme à cette commission.

« On assiste à des procès, avec des méthodes dignes de McCarthy. Comme le dossier est souvent vide, le rapporteur est contraint de ronger les os jusqu’à la moelle pour justifier ces auditions, en exhumant de vieux tweets… », s’agace l’élue du Val-de-Marne. « Il y a en réalité un échange de bons procédés entre Vincent Bolloré, qui a mis son empire médiatique au service de l’extrême droite, et ses représentants qui tentent de saboter le service public, pour demain le privatiser », déplore également Aurélien Saintoul, député LFI des Hauts-de-Seine. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a même « rappelé à l’ordre » jeudi sur France Inter Charles Alloncle, l’appelant à plus de « dignité ».

Contacté par 20 Minutes, l’intéressé n’a pas répondu à nos sollicitations. Mais ces critiques sont repoussées par ses partisans. « C’est un très bon rapporteur et l’une des révélations de cette mandature. Il effectue un énorme travail, il est courageux et impartial. Nous ne recevrons aucune leçon des Saint-Just aux petits pieds ! », répond Caroline Parmentier, députée RN du Pas-de-Calais. « Cette commission les rend tous dingues car pendant des années, ces débats sur l’audiovisuel public ont été occultés, mais nous devons la vérité aux Français », ajoute cette proche de Marine Le Pen. Les controverses sont loin d’être terminées : la commission d’enquête reprendra du service début 2026. Au total, « une cinquantaine d’auditions » sont prévues jusqu’au début mars.