Qu’est-ce que la « chaucidou » expérimentée en Seine-Saint-Denis ?

Elle a un nom que certains trouveront ridicule ou mignon à souhait : « chaucidou ». Sous ce diminutif qui signifie « chaussée pour les circulations douces » se cache une drôle de voie, avec un seul axe au milieu, et des bandes appelées « rives » sur les côtés où peuvent circuler les vélos. Sauf qu’il ne s’agit pas de bandes cyclables, puisque les voitures sont bien obligées de rouler dessus lorsqu’elles se croisent. Bref, une sorte d’ovni en matière de mobilités, que la Seine-Saint-Denis compte expérimenter en mai 2023, sur la D25 entre Pierrefitte et Villetaneuse.

La chaucidou, autrement appelée CVCB, pour « chaussée à voie centrale banalisée », a été inventée en Suisse et aux Pays-Bas. Elle a ensuite été importée en France à partir de 2015, via une modification du Code de la route, et même testée dès 2009 dans la communauté urbaine de Bordeaux. Depuis, une cinquantaine de ce type de chaussées ont été créées par région, selon Daniel Dezulier, de l’association VeloBuc.

Peu comprise mais sécurisante

Son avantage est qu’elle sécurise les cyclistes, selon un rapport du Cerema (centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement), qui rend compte de l’évaluation de trois de ces voies en Isère, dans le Pas-de-Calais et dans l’Hérault. « Dans l’immense majorité des cas, les cyclistes déclarent un niveau de sécurité en forte progression », estime le rapport, qui note une réduction de la vitesse des voitures au moment de croiser des cyclistes.

Mais le désavantage est qu’elle n’est pas forcément comprise, et c’est peu dire. Sur les réseaux sociaux, les réactions des internautes découvrant le concept peuvent même être très brutales : « Combien de morts vont engendrer leurs conneries ? », s’emporte @jule7518. « Donc, pour éviter de se prendre une voiture en pleine face, on va sur le côté et on écrase un cycliste ? » commente aussi @ian_levant. « Le fonctionnement de la CVCB ne semble que partiellement compris par les usagers motorisés, au moins dans un premier temps. La mise en service a pu même provoquer un sentiment initial de rejet, avec notamment l’impression pour les usagers motorisés de rouler à sens unique » indique d’ailleurs le même rapport du Cerema.

Un pis-aller

Il faut préciser que la chaucidou, aussi appelé au masculin le chaussidou, n’est pas une panacée. Comprenez : si on peut mettre des bandes cyclables et deux voies, évidemment, c’est préférable. « La CVCB n’est à considérer que si l’ensemble de la boîte à outils pour prendre en compte les cyclistes dans l’espace public a été examiné », résume le Cerema. Une chaucidou sera par ailleurs difficilement implantable lorsqu’une route est très empruntée. Pour Daniel Dezulier, « c’est bien jusqu’à 4.000 véhicules par jour, si les véhicules sont à touche-touche, ça ne peut pas fonctionner correctement ».

Or la chaucidou de Seine-Saint-Denis va être implantée dans une voie qui compte en moyenne 6.200 véhicules par jour. « C’est une expérimentation, au bout d’un an on verra si l’aménagement va être pérennisé », veut rassurer Corentin Duprey, le vice-président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis en charge des mobilités durables.

Corentin Duprey espère par ailleurs que le nombre d’automobilistes va réduire grâce à cette chaussée, et « assume » de vouloir augmenter la place du vélo dans le département. « L’idée c’est d’inviter chacun à faire attention, les automobilistes doivent ralentir pour se croiser, et si un cycliste est là, il est prioritaire », commente l’élu. Une philosophie partagée par Daniel Dezulier : « Inconsciemment cette chaussée oblige à lever le pied, car il y a une incertitude sur le fait que ça va passer. Cela fait partie des aménagements qui permettent d’apaiser un territoire. »