Que vont devenir les femmes isolées yézidies et leurs enfants accueillis en France ?

Une famille yézidie dans un camp de réfugiés du nord de l’Irak. (illustration) — ALFRED PHOTOS/SIPA

  • Une centaine de familles yézidies isolées avec leurs enfants ont été accueillies en France depuis le mois de mai.
  • Celles-ci sont prises en charge par des associations qui les logent et tentent de les intégrer dans leurs nouvelles régions.
  • 20 Minutes détaille tout ce processus humanitaire, de l’apprentissage du français au paiement de son propre loyer.

Au chaud et en sécurité : une centaine de femmes yézidies isolées ont été accueillies ces derniers mois en France. Les dernières sont arrivées ces tout derniers jours. Ces femmes, dont les maris ont été tués dans les combats avec Daesh dans le nord de l’Irak ont tout perdu ou presque.

Pendant la période du « califat », la communauté yézidie a le plus souvent été réduite en esclavage par le groupe terroriste Etat islamique. Il s’agit aujourd’hui d’essayer de reconstruire des vies brisées. L’Onu parle même de génocide de cette population. 20 Minutes fait le point sur la façon dont elles sont prises en charge et accueillies en France.

Pourquoi ces familles arrivent-elles en France ?

Depuis que Daesh est tombé, ces familles yézidies sont dans des camps de réfugiés en Irak. Le 10 mai, le ministère français des Affaires étrangères et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), liée à l’Onu, ont signé un accord pour que la France accueille 100 femmes, avec leurs enfants. C’est une partie de la concrétisation de l’engagement pris par Emmanuel Macron, fin 2018, lors d’un entretien avec la prix Nobel de la paix, Nadia Murad, elle-même irakienne yézidie.

Qui sont les personnes accueillies ?

Nadia Murad expliquait au Monde il y a quelques mois que « le groupe de femmes et d’enfants qui sont arrivés et vont arriver en France [est constitué] de mères isolées qui ont perdu leur mari et ont des difficultés à trouver un emploi et à survivre là-bas. » Lionel Pourtau, directeur général du pôle réfugiés au sein de l’association Habitat et humaniste (HH), qui s’est chargée de 47 familles, soit 212 personnes, confirme qu’il s’agit « de cas très particuliers car elles arrivent d’une société très patriarcale ».

Spécialisée dans l’insertion de personnes isolées ou familles pauvres, HH indique que les enfants accueillis on tous entre 3 et 22 ans.

Comment sont-elles logées ?

Les familles ne passent pas par la case foyer, « elles sont directement chez elles », explique Lionel Pourtau. Que ce soit dans le parc privé ou dans le parc public, c’est bien dans « leur » appartement que les familles yézidies arrivent en France. « Il y a un bail glissant qui fait que l’on paye le loyer au début mais l’idée est que les familles puissent elles-mêmes payer quand elles auront des revenus, du travail ou des aides. » Il faut noter que l’OIM donne 500 dollars à chaque famille de réfugiés. « Mais cela sert surtout à acheter des vêtements au moment où elles arrivent », précise le responsable associatif.

Pour faciliter les choses, les familles sont logées dans des secteurs où les prix de l’immobilier sont encore un peu abordables. HH a quatre sites d’accueils : dans le Tarn-et-Garonne, à Autun, à Limoges, dans le Tarn et en Lozère. Sur ordre du ministère de l’Intérieur, aucune indication plus précise n’a été donnée.

De quel suivi bénéficient-elles ?

« L’objectif est d’amener les familles vers une autonomie complète », explique Habitat et humanisme. Pour se faire, le point clef est évidemment l’apprentissage du français. HH précise que parmi les personnes accueillies, aucune ne parle la langue de Molière, quelques enfants parlent à peine l’anglais. La langue des Yézidis est le kurmandji. Pour les démarches, les réfugiés bénéficient de l’aide d’interprètes.

Pour les enfants, ce n’est pas si difficile : « Cela fait longtemps que je travaille dans ce domaine et je suis toujours fasciné par la capacité des enfants de 8 à 11 ans à apprendre les langues. Ce sont de vraies éponges ! Vous les laissez en mai, vous revenez en août, ils vous demandent comment vous allez etc. » Tous scolarisés, les jeunes sont dans les classes UP2A : unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants. En clair, les réfugiés sont en immersion dans les classes classiques mais ils ont en plus des cours de français spécifiques dont se charge l’Education nationale.

Une fois que les enfants se débrouillent en français, l’intégration de la famille est grandement facilitée. Mais les cours pour les mères ne sont pas oubliés pour autant, elles en bénéficient aux frais de l’Etat dans le cadre de Contrats d’intégration républicaine. Au global, le suivi (qui comprend le travail d’une cellule psychologique et de travailleurs et travailleuses sociales) dure douze à dix-huit mois. « On se laisse une marge d’appréciation et puis on fait une sorte de tuilage vers un régime d’aide « de droit commun » », précise Lionel Pourtau.

De quels moyens bénéficient les associations ?

Dans le cas d’Habitat et humanisme, une partie des financements provient de subventions européennes et de l’Etat. « Mais nous sommes aussi en pointe dans le domaine de la finance solidaire », ajoute Lionel Pourtau. Par exemple, des particuliers peuvent placer leur argent sur des produits d’épargne solidaire : une partie des revenus de ces placements va directement à l’association. De nombreux produits ou modes de financements de ce type se sont développés au cours des dernières années.

Les associations reçoivent aussi, plus simplement, des dons classiques et également en nature. « Le plus souvent, on n’a pas besoin de faire des appels aux dons, les gens viennent nous voir pour aider. On a toujours des meubles ou des vêtements à donner », décrit le responsable d’Habitat et humanisme. Le fait qu’il s’agisse de réfugiés change-t-il la générosité des donateurs ? A la marge, mais ça arrive, explique Lionel Pourtau : « Parfois des donateurs habituels ne veulent plus donner mais on a aussi l’inverse : des gens qui ne donnent pas d’habitude et qui sont plus touchés par le cas de réfugiés. »

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