Que risque l’autrice de « Corps à cœur » ?
Le livre de dark romance « Corps à cœur » de Jessie Auryann a été retiré des sites de vente comme Amazon suite à une pétition lancée par des lecteurs, qui accusent l’autrice de faire la promotion du viol sur de jeunes enfants. La Haute-commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry, a annoncé avoir saisi la justice pour réclamer le retrait de ce livre, affirmant que certains extraits relèvent de l’apologie de la pédophilie et pédocriminalité.
Bientôt deux jours que les réseaux sociaux sont en émoi concernant le livre de dark romance *Corps à cœur* de Jessie Auryann. Certains lecteurs accusent l’autrice de promouvoir le viol sur des enfants. Comme nous l’avons rapporté le 23 février, une pétition a été lancée pour demander le retrait de l’œuvre des sites de vente tels qu’Amazon, et des centaines de milliers de lecteurs ont soutenu cette initiative.
La Haute-commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry, a annoncé avoir saisi la justice pour réclamer le retrait de ce livre, affirmant dans un message sur X : « On ne peut pas tout écrire au nom de la »dark romance ». Certains extraits relèvent de l’apologie de la pédophilie et de la pédocriminalité. Face à ces dérives à des fins « récréatives » ou « lucratives », nous avons le devoir d’agir. J’ai saisi la plateforme Pharos et la justice. » L’autrice, restée silencieuse face à nos demandes d’interview, se défend et se dit victime d’une « campagne de dénigrement et de désinformation », tout en affirmant assumer chacun de ses mots. Elle a néanmoins supprimé ses comptes sur les réseaux sociaux. La question se pose : peut-on réellement tout écrire sous couvert de fiction ?
Concernant l’autrice, une condamnation pourrait survenir si la justice estime que certains passages décrivent « des agressions sexuelles ou des viols d’enfants, voire des actes de torture, d’abus sexuels et de viols », explique maître Frédéric Benoit, avocat de La Voix De l’Enfant. L’article 227-23 du Code pénal réprime sévèrement la diffusion de productions mettant en scène des mineurs à caractère pornographique. L’utilisation de la fiction pour normaliser ou érotiser de telles représentations pourrait s’avérer être une infraction grave, passible de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. Bien qu’une analyse approfondie du livre soit nécessaire, il précise qu’une simple description d’un acte sans intention de glorification ne justifierait pas une poursuite. Actuellement, La Voix De l’Enfant n’envisage pas de plainte, mais l’avocat admet que « si Sarah El Haïry a annoncé saisir la justice, il y a de grandes chances que nous fassions de même ». L’association Face à l’inceste a déjà annoncé vouloir porter plainte contre l’autrice ainsi que ses revendeurs, dont Amazon.
Le livre *Corps à cœur* a été disponible sur Amazon pendant plusieurs mois. Son retrait le 24 février ne met pas fin aux plaintes et aux enquêtes judiciaires concernant sa diffusion, comme l’indique l’avocat : « À partir du moment où ça a été diffusé, il a été vendu, je ne vois pas comment on pourrait considérer que l’infraction n’est pas constituée, si on considère qu’il y a infraction. » Toutefois, Frédéric Benoit estime que la plateforme tentera de se défendre en évoquant l’absence d’intention criminelle, arguant qu’il s’agit d’une négligence.
Au-delà des enjeux légaux, l’avenir de la dark romance pourrait également être menacé. Sur les réseaux sociaux, de nombreux utilisateurs appellent à boycotter ce genre littéraire. On peut lire des commentaires tels que : « C’est juste une glamourisation de schémas de violences patriarcales sur les femmes, et après, il y a des jeunes qui intériorisent des idées hallucinantes à cause de ça. » Un autre remarque : « Les lecteurs de dark romance adorent les scènes de viol pour leur charge fantasmatique et certainement pas pour leur dénonciation. »
Cette affaire suscite des inquiétudes parmi les autrices, comme Joyce Kitten, qui déclare : « Cette histoire a porté un coup dur aux spécialistes qui défendent nos romances. » Elle précise, à propos de son livre *Toxic* (Editions Hugo) : « Nous n’écrivons pas ce genre de chose, il y a des lois et nous ne dépassons jamais le cadre légal. À la base, nous devrions parler d’histoires d’amour, et là, nous parlons d’un homme et d’un nourrisson. Le problème vient donc de l’autrice, pas du genre. » Joyce Kitten insiste sur le fait que, même en explorant les facettes sombres de l’humain, « jamais des autrices très trash n’ont pensé à écrire et banaliser de pareils actes. »

