Quadruple meurtre dans la Sarthe en 1994 : Dany Leprince crie son innocence dans un livre

Il a effectué dix-huit ans de prison, est libre depuis dix ans, et clame, plus que jamais, son innocence. Dany Leprince, reconnu coupable des meurtres de son frère, sa belle-sœur et ses deux nièces en 1994 dans la Sarthe, raconte pour la première fois dans un livre « l’acharnement judiciaire » qu’il dit avoir vécu et son espoir de voir son procès révisé. « Seuls ceux qui ont ressenti l’injustice au plus profond de leur être peuvent comprendre ma quête de vérité », écrit Dany Leprince, 65 ans, dans Ils ont volé ma vie, à paraître le 16 novembre (Flammarion).

« Après dix-huit ans de prison, je suis libre, mais c’est un leurre », ajoute Dany Leprince, qui vit désormais dans le Lot-et-Garonne. Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec une période de sûreté de 22 ans en 1997 pour le quadruple meurtre, il a bénéficié d’une libération conditionnelle en 2012. Depuis l’an dernier, il n’est plus sous contrôle judiciaire et peut désormais s’exprimer sur cette affaire toujours très médiatique.

L’instruction pointée du doigt

Le 4 septembre 1994, son frère cadet Christian Leprince, sa femme et deux de leurs filles, âgées de 7 et 10 ans, sont retrouvés massacrés à l’arme blanche dans leur pavillon de Thorigné-sur-Dué. Leur fillette de 2 ans est la seule rescapée. Deux jours après, Dany Leprince est interpellé avec quatre autres membres de sa famille, dont son épouse Martine.

Après quarante-six heures de garde à vue, dénoncé par sa femme et sa fille aînée, il avoue le meurtre de son cadet, sans évoquer sa belle-sœur et les deux enfants. Mais, il se rétracte vite et clame depuis son innocence. Avec cet aveu « extorqué » et « lâché au bout de l’épuisement je me suis enfermé dans une version des faits complètement absurde et je m’en veux d’être tombé dans un piège diabolique », dit-il dans ce livre écrit avec le journaliste Bernard Nicolas.

Au fil des chapitres, il revient sur l’instruction « bancale » et « orientée » qui a conduit à sa condamnation. Aucune empreinte digitale ou génétique lui appartenant n’est découverte sur les lieux des crimes, rappelle Dany Leprince, qui se partageait au moment des faits entre l’activité d’élevage de son épouse et son emploi dans un abattoir.

Seules l’accablent les déclarations contradictoires de sa femme, dont il est divorcé, et de leur aînée. Lui s’interroge sur le rôle dans les meurtres de Martine, dont les versions fluctuent. « Inerte » à l’énoncé du verdict, Dany Leprince a « l’impression de sortir d’un procès bâclé ». « La perpétuité, ça va bien au-delà de la privation de liberté, ce peut être la négation de l’individu ».

Il croit en une révision

A l’époque, il n’était pas possible de faire appel d’une condamnation aux assises et son pourvoi en cassation est rejeté. Une première requête en révision aboutit en 2006 à de nouvelles investigations.

Dany Leprince revient sur ce jour de juin 2010, quand la présidente de la commission de révision reconnaît « les faiblesses du dossier d’instruction » et énumère les faits qui peuvent justifier un second procès. Jusque là, il n’avait « affronté qu’une justice agressive, accusatrice, qui n’a eu de cesse de (l)’accabler ». Il est alors libéré et son dossier transmis à la Cour de révision, qui rejette sa requête l’année suivante. « Je suis encore debout car je suis innocent », se souvient-il.

En mars 2021, il dépose une seconde requête en révision. Deux mois plus tard, un supplément d’information est ordonné et depuis « de nombreux actes d’enquête sont en cours », assure son avocat, Me Olivier Morice. Une dizaine d’enquêteurs sont chargés de ces investigations, « ce qui montre l’importance accordée au dossier », estime Me Morice.

« C’est une épopée judiciaire car les procédures de révision ayant abouti sont rarissimes et relèvent d’une sorte de miracle, tant la justice est rétive à accepter de reconnaître ses erreurs », souligne Me Morice. « Même si ce combat lui semble interminable », Dany Leprince et son avocat « restent convaincus que cette fois-ci les chances d’aboutir sont sérieuses », a-t-il ajouté.