Pyrénées : Le grand tétras, au cœur d’une rude bataille juridique entre chasseurs et écologistes

Le grand tétras alimente les passions dans les Pyrénées. Illustration. — Henri Ausloos / Sipa

Il est reconnaissable à son plumage noir, à sa longue queue dressée en éventail et à ses yeux cernés de rouge. Le grand tétras, plus gros oiseau terrestre sauvage d’Europe, se retrouve au cœur d’une vive bataille juridique dans les Pyrénées entre chasseurs et associations de protection de la nature.

Derniers actes les 5 et 6 octobre de ce bras de fer qui dure depuis une dizaine d’années : l’association France Nature Environnement (FNE) a déposé deux procédures en référé devant les tribunaux administratifs de Pau et de Foix. Objectif : demander la suspension de la chasse au grand tétras dans les Hautes-Pyrénées et l’Ariège, en contestant les arrêtés préfectoraux fixant le nombre d’individus pouvant être prélevés dans ces départements.

Car la chasse à cet oiseau, également appelé coq de bruyère, provoque la colère des associations environnementales, qui attaquent désormais systématiquement ces arrêtés dans les Pyrénées. Cette année, les préfectures ont autorisé quatre prélèvements dans les Hautes-Pyrénées, huit en Ariège et un en Haute-Garonne. Mais les chasseurs devront ranger leurs fusils si les juges administratifs décident de suspendre la chasse, comme ce fut le cas l’an dernier en Ariège.

« Les associations font ça par idéologie »

« Ce petit jeu est stupide, lance Jean Guichou, le directeur de la fédération de chasse de l’Ariège. Tous les ans, c’est la même histoire. Le juge du tribunal administratif, lui, on lui dit que l’espèce est en danger, il ne prend aucun risque, il ferme la chasse. Les associations font ça par idéologie, non pas pour le grand tétras, mais parce qu’ils veulent faire interdire la pratique de la chasse. »

« Nous attaquons des arrêtés préfectoraux, nous n’attaquons pas les chasseurs, qui défendent leur loisir, répond Thierry de Noblens, le président de FNE. Ce n’est pas la même chose. Depuis 2011, nous avons gagné 46 procédures qui donnent raison aux associations de protection de la nature. Mais l’administration est aux ordres des fédérations de chasse et s’assoit sur des dizaines de décisions de justice, alors que la population de grand tétras est en érosion constante. »

Pas une espèce protégée

Contrairement à ses cousins du Jura et des Vosges, où il ne reste que quelques centaines d’individus, ou bien des Cévennes, où il a été réintroduit entre 1978 et 2004, le grand tétras des Pyrénées n’est pas classé comme espèce protégée.

« Mais nous ne voulons pas être les fossoyeurs de l’espèce », affirme Jean-Marc Delcasso, le président de la fédération de chasse des Hautes-Pyrénées, pour qui le grand tétras représente le Graal pour un chasseur pyrénéen. « Quand l’indice de reproduction n’est pas bon, inférieur à un, c’est-à-dire moins d’un oisillon par poule, on ne le chasse pas, ajoute-t-il. On n’a pas attendu que les écolos nous le disent. On n’a aucun intérêt dans les Pyrénées à voir disparaître le grand tétras ! »

L’animal, qui comptait 9.000 individus sur le massif pyrénéen après la Seconde Guerre mondiale, a vu sa population fondre massivement jusqu’aux années 1990. Avec une estimation d’environ 4.000 adultes sur le versant français de la chaîne, « la tendance est aujourd’hui à une stabilité plutôt régressive, sans pour autant que la population ne soit en danger à court ou moyen termes », assure Emmanuel Menoni, biologiste de la faune sauvage à l’Office français de la biodiversité (OFB) et spécialiste du grand tétras.

Des ennemis plus redoutables que les chasseurs

Selon lui, « la chasse a été un problème, mais elle ne l’est plus. Avec des niveaux de prélèvements aussi bas, c’est un mauvais procès que l’on fait aux chasseurs. Les quantités prélevées sont aujourd’hui insignifiantes et ne jouent plus de rôle démographique. »

Il est toutefois un constat partagé par tous : le grand tétras a des ennemis plus redoutables que les chasseurs. Les câbles électriques ou de remontées mécaniques présents dans les montagnes, ou encore les clôtures pastorales, provoquent chaque année des dizaines de collisions mortelles.

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