Pyrénées-Atlantiques : La laine rustique veut tenter sa chance face au géant Mérinos

Curieuse de la vie en montagne, Muriel Morot, Bayonnaise de 38 ans, rencontre un berger à l’été 2019 lors d’une opération « cabanes ouvertes » destinée à faire découvrir au grand public le parcours des troupeaux, la traite et la fabrication du fromage. « Au détour de la conversation, il explique qu’il doit tondre ses brebis​ une fois par an, et que toute la laine lui reste sur les bras, raconte la trentenaire. Cela représente un coût pour payer les tondeurs (entre 1,20 à 1,50 euro par brebis) et il n’a pas le droit de la jeter, ni de la brûler, ou de l’enfouir… » A partir de là, l’idée de faire quelque chose de cette laine inutilisée titille la Bayonnaise au point qu’elle se passionne pour le sujet jusqu’à créer son entreprise : Traille.

Elle découvre à quel point le secteur de la laine française a été détricoté. La grande majorité de la laine française, soit 80 %, est exportée en Asie et il reste très peu d’unités de transformation. « Moins on valorise la laine et moins on a la capacité de le faire, déplore-t-elle. Ainsi, il y a moins de 4 % des laines tondues en France qui y sont transformées. » La laine mérinos, issue de brebis sélectionnées et élevées pour leur laine, principalement en Nouvelle-Zélande, Australie, et Afrique du Sud domine largement le marché. Cette laine, la plus fine au monde, a détourné les consommateurs de matières plus rustiques.

Une laine pyrénéenne très isolante

Fin 2019, un mois environ après sa rencontre avec le berger, elle lui achète 600 kg de laine et commence ses essais, en lien avec le CETI (centre européen des textiles innovants). « Je me suis rendu compte qu’il ne fallait pas emprunter la voie classique de la valorisation de la laine, qui n’était pas adaptée à cette laine, plus épaisse, explique-t-elle. On a essayé beaucoup de choses et c’est la ouate de laine, obtenue grâce à l’ajout d’amidon de maïs, qui a été la plus concluante. » Rendue plus fine, elle préserve toutes les propriétés de la laine pyrénéenne. « Elle absorbe de l’humidité sans être mouillée, et elle est très peu propice aux acariens et bactéries contrairement aux idées reçues, énumère Muriel Morot. Il n’y a pas d’allergie connue à la laine, ce qui la rend intéressante pour la literie, la puériculture, etc. » Autre atout, elle a des vertus thermorégulantes quand le polyester par exemple tient chaud tout le temps.

Cette ouate de laine, fine et gonflante, n’est pas en contact avec la peau mais apporte un confort qui intéresse déjà des marques de vêtements techniques et liés à l’équitation, par exemple. Elle a déjà lancé des pistes pour utiliser cette ouate dans l’ameublement car elle peine à trouver des partenaires en France pour la partie textile. « Quasiment tous les parkas et manteaux sont fabriqués en Asie et cela n’aurait pas de sens d’envoyer la ouate de laine là-bas, explique-t-elle. Mais les choses bougent et de plus en plus de marques essaient de relocaliser, au moins en Europe. »

La Bayonnaise a l’ambition de valoriser 50 des 1.000 tonnes de laine les plus fines produite par an sur le département vers le textile. Et, elle travaille aussi sur d’autres projets pour trouver des débouchés pour les laines plus épaisses, par exemple en les intégrant à des produits bioplastiques. Les premières commercialisations textiles devraient intervenir à l’hiver 2023.