« Pure » : Gjon’s Tears est prêt à prendre son envol après l’Eurovision

« Aujourd’hui, je veux croire en moi, des bourgeons renaissent du chaos… » Avec sa nouvelle chanson, Pure, dont il dévoile le clip ce jeudi, Gjon’s Tears annonce la couleur : c’est avec sérénité qu’il aborde la suite de sa carrière et la sortie de son premier album, prévue pour le printemps.

L’année passée, le Suisse de 24 ans a fini troisième de l’Eurovision où il a eu « la chance d’être validé par le jury international » qui l’a classé premier. « Après avoir été propulsé aussi haut, j’ai enfin trouvé une sorte de légitimité que je cherchais, mais j’étais aussi terrorisé parce que je me disais : « Et après ? » », confie-t-il à 20 Minutes.

Ses craintes étaient justifiées. Il déplore avoir fait certaines « mauvaises rencontres » qui lui ont fait douter de lui. « La musique, c’est quand même une industrie, il y a de l’argent en jeu, rappelle-t-il. Je savais que je devais faire attention, ce qui implique de perdre un peu confiance en les autres, et petit à petit, je me suis enfermé dans un truc où je perdais aussi confiance en moi. »

Le réalisateur rêvé

Pendant plusieurs mois, il a cherché le bon réalisateur, pour travailler sur son premier opus. « Je n’ai pas réussi à trouver celui qui voulait m’enregistrer avec mon groupe en me laissant la liberté artistique dont j’attendais bénéficier », poursuit Gjon’s Tears. Il a fini par contacter le collaborateur de ses rêves, le Britannique Tim Bran.

« Il a réalisé des albums d’artistes qui me touchent comme Birdy, Paul McCartney, Aurora. London Grammar aussi, qui au niveau du son et de ce que je recherche, me parle énormément, souligne le chanteur. Je l’ai contacté en dernier recours. On s’est entretenu par Zoom quatre jours après. Il a accepté d’emblée que j’enregistre avec mon groupe. J’ai dû lui faire répéter car je n’y croyais pas. C’était tellement simple, fluide, dans la compréhension. Deux semaines après, je suis parti chez lui à Londres pour enregistrer une partie des titres, l’autre a été enregistrée aux Studios de la Seine à Paris. »

Entre-temps, Gjon’s Tears, qui avait été révélé en 2019 dans The Voice, dont il fut demi-finaliste, a participé à l’édition « all stars » du télécrochet de TF1. L’enregistrement des auditions à l’aveugle a eu lieu à l’automne 2020 et les émissions en direct étaient programmées un an plus tard. L’Eurovision s’est intercalée à mi-chemin des deux échéances. L’artiste avait soigneusement préparé son plan de carrière.

« Ce n’est pas parce que tu chantes bien que tu écris forcément bien », lui dit Zazie

« Quand Bruno Berberes, le directeur de casting de The Voice, m’a proposé de participer au all stars, j’ai posé deux conditions. Je lui ai demandé de m’aider à trouver un label [il a depuis rejoint Jo & Co, l’écurie de Claudio Capéo, Hoshi et des Frangines] et de me dire quels seraient les coachs. Quand il m’a fait savoir qu’il y aurait Zazie, cela m’a été facile de dire oui. »

Le Suisse est un grand admirateur de l’autrice, compositrice et interprète française. Joie : elle l’a sélectionné dans son équipe. Il a toujours voulu travailler avec elle mais a cependant attendu de quitter le télécrochet, au seuil de la finale, pour lui faire connaître ses intentions. « De manière très franche, ce que j’ai apprécié, elle m’a dit : « Envoie-moi une chanson et on verra ». Ce n’est pas parce que tu chantes bien, que tu écris et composes forcément bien. » Il lui fait alors parvenir la maquette d’un titre qu’il avait composé et écrit en anglais et dont il espérait qu’elle signerait la transposition en français. Elle l’a contacté le soir même, convaincue.

« Pendant une semaine, on s’est appelés tous les jours, pendant des heures. On parlait de tout et de n’importe quoi, raconte-t-il. Pendant que j’enregistrais à Londres, elle m’a envoyé la première version du texte qui m’a scotché, il n’y avait même pas besoin de le retravailler. » En octobre, dans les coulisses de Taratata, c’était Zazie qui ne tarissait pas d’éloges sur son protégé : « Il a une voix hors norme et il est un très bon compositeur. Il m’a envoyé deux trois maquettes, juste piano voix, je suis tombée ! »

« Je sais que je ne vivrai pas à Paris éternellement »

Le titre sur lequel elle a posé sa plume s’intitule Un cœur qui cogne. Il figurera sur l’album, qui mêlera chanson en anglais et en français. « Il y aura différents styles, différentes influences, promet-il. Je veux que quand on entend mes chansons on me dise « ça me rappelle un truc des années 1980, des années 1960… » »

Gjon’s Tears ne veut rien s’interdire. Pour le clip de Pure, il voulait absolument que Géraldine Chaplin fasse une apparition. « Mon label était étonné de ce choix. J’aime l’histoire qu’elle représente, par le bien de son père, Charlie Chaplin, et de sa filmographie où elle s’est baladée d’Almodovar [Parle avec elle] à Jurassic World : Fallen Kingdom, explique-t-il. Elle est là, un peu partout, mais pas là pour prendre la place de l’autre. Et puis, il y a dans ses yeux quelque chose de super innocent, de très maternel, qui cherche à réconforter. »

Installé depuis quelques mois dans le centre de Paris, Gjon assure s’y sentir bien. Il se plaît dans cette capitale « super active, où beaucoup de choses se passent ». Mais il prévient : « Je sais que je ne suis pas là éternellement. » Peut-être retournera-t-il en Suisse, car « la simplicité de [sa] vie à la campagne et [ses] amis [lui] manquent », ou bien déménagera-t-il à Madrid, une ville qu’il adore. « Ma musique parle beaucoup en Espagne », précise-t-il. Sa carrière, il l’imagine internationale. Dans Pure, il chante : « Maintenant je peux croire en moi, des plumes ont appareillé mon dos. » Gjon’s Tears est prêt à prendre son envol.