Publicité lumineuse : Faut-il aller plus loin que leur extinction obligatoire entre 1h et 6h du matin ?

« En ces temps de sobriété énergétique, cet écran ultra-lumineux allumé toute la nuit n’est-il pas de mauvais goût ? », demande Maureen Trippe, le 1er décembre, sur Twitter. La question est adressée à l’agence immobilière Orpi d’Armentières (Nord) qui a installé ce panneau publicitaire en vitrine.

Le décret harmonisant les règles d’extinction des éclairages des commerces et des publicités lumineuses – écrans numériques, panneaux rétroéclairés… – la nuit date pourtant du 6 octobre. Extinction pour tout le monde, au minimum, entre 1h et 6h du matin, dans toutes les communes. Y compris dans les agglomérations de 800.000 habitants qui avaient, jusque-là, la possibilité de fixer des règles différentes. Ce énième serrage de vis, promis par Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition écologique, laissait entrevoir l’espoir que l’extension des publicités lumineuses la nuit, censée être appliquée depuis 2012, soit enfin respectée.

Des mauvais élèves… et des trous dans la raquette ?

Il y a du mieux tout de même, concède Thomas Bourgenot, porte-parole de Résistance à l’Agression publicitaire (RAP), « Les commerçants sont de plus en plus nombreux à jouer le jeu en éteignant leurs enseignes et leurs vitrines, ne serait-ce que pour éviter la flambée des factures, observe-t-il. De plus en plus de grandes villes se montrent soucieuses de faire respecter la loi. » Certaines, à l’instar de Rennes ou Grenoble, font même démarrer plus tôt encore l’obligation d’extinction des publicités lumineuses. Paris va également, depuis le 1er décembre, au-delà des exigences nationales : dès 23h45 pour les 1.630 panneaux publicitaires de l’entreprise Clear Channel présents sur la voirie.

A côté, toutefois, il y a toujours des mauvais élèves, constate Thomas Bourgenot. Et même des trous dans la raquette. Ainsi, l’obligation d’extinction entre 1h et 6h ne vaut pas pour les écrans lumineux installés à l’intérieur d’un commerce privé. Pas plus que dans le métro parisien, « même si nous appliquons tout de même cette règle aux écrans numériques que nous y installons depuis 2010 », précise Alexandra Lafay, directrice développement durable de Médiatransports, la régie publicitaire qui exploite les dispositifs publicitaires sur ce réseau.

Des dépenses d’énergie qui passent mal ?

Autrement dit, l’écran lumineux resté allumé toute la nuit dans une vitrine d’Armantières n’est pas hors-la-loi. Ce qui n’empêche pas des internautes d’épingler régulièrement ces gaspillages d’énergie à contre-courant des efforts de sobriété demandés aux Français. Selon un sondage BVA pour Greenpeace, publié ce jeudi, 87 % des Français estiment l’interdiction de l’éclairage des commerces et des publicités lumineuses après 1h du matin est « largement justifiée ». Nicolas Nace, chargé de campagne « énergie » au sein de l’ONG, retient surtout qu’« une très large majorité approuverait un durcissement de la loi ». 83 % des Français se disent ainsi favorables à l’extinction de l’éclairage des commerces dès leur fermeture.

« On ne peut pas se contenter d’une interdiction entre 1h et 6h du matin, déplore Nicolas Nace. Ces publicités lumineuses consomment de l’énergie dès qu’elles sont allumées, y compris la journée, lorsque notre consommation est la plus importante et que le risque de tensions sur le réseau électrique est accru. » Il y certes cet autre décret, passé le 17 octobre et qui prévoit l’extinction des publicités lumineuses en cas de forte tension sur le réseau (Ecowatt rouge) pour les publicités pilotables à distance mais, selon Nicolas Nace, « c’est tout le temps qu’il faut chercher à faire des économies d’énergie ».

Avec quatre autres ONG, Greenpeace et le RAP proposent donc d’interdire tout simplement les écrans publicitaires lumineux dans une pétition en ligne lancée en septembre. « On cible ces dispositifs car ce sont les plus énergivores, explique Nicolas Nace. Dans un rapport de 2020, l’Ademe estimait la consommation d’un écran de 2m² à 2 000 kWh/an, soit quasiment l’équivalent de la consommation annuelle d’un ménage (hors chauffage et eau chaude). »

Au moins réduire le nombre d’écrans lumineux ?

Si le collectif d’ONG a recueilli plus de 57.000 signatures, le sondage montre toutefois qu’une petite majorité seulement (54 %) serait favorable à cette interdiction totale. Nicolas Nace se console alors avec un autre chiffre de l’enquête : 85 % sont pour une réduction de leur nombre. L’Ademe estimait leur nombre à 55.000 en 2019, contre 40.000 deux ans plus tôt, soit une augmentation de près de 40 % en deux ans. Il y a, néanmoins, eu quelques avancées ces derniers mois, à l’image du nouveau règlement local de publicité de la métropole de Nantes. A défaut d’enlever des panneaux numériques, il empêche l’installation de nouveaux. 

Mais si le nombre d’écrans lumineux pourrait à l’avenir être plafonné dans l’espace public, « il est, en revanche, en nette en augmentation dans les vitrines des commerces », s’inquiètent Nicolas Nace comme Thomas Bourgenot. Ce dernier voit la même tendance dans les réseaux de transports. « 950 panneaux numériques sont aujourd’hui installés sur le réseau RATP et leur nombre devrait continuer d’augmenter », confirme Alexandra Lafay pour le métro parisien. Là encore, au grand dam d’usagers qui l’ont fait savoir sur Twitter.

La directrice développement durable de Médiatransport assure cependant que cette transition va dans le sens de la sobriété. « Leur déploiement permet une dé-densification de l’affichage papier, qui implique aussi des consommations d’énergie et a un impact carbone, explique-t-elle. Pour chaque écran installé, on calcule alors le nombre de mobiliers publicitaires papiers à enlever pour rester sur une trajectoire globale de baisse des impacts de nos publicités. » Thomas Bourgenot est sceptique… et rappelle que la meilleure énergie est celle qu’on ne consomme pas.