PSG-Real Madrid : La fulgurante éclosion de Vinicius, de Robinho du pauvre sous Zidane à machine à marquer avec Ancelotti

L’étude vaut ce qu’elle vaut. A la veille du 8e de finale aller de Ligue des champions entre le Paris Saint-Germain et le Real Madrid, le joueur le plus cher du monde n’est pas celui qu’on croit. Selon l’observatoire du football, la valeur marchande de Kylian Mbappé, est estimée à 71,5 millions d’euros. En fin de contrat avec le PSG, l’attaquant figure hors du top 10 d’un classement dominé par Vinicius Jr (166 millions d’euros). Il faut dire que le Brésilien réalise des miracles christiques à même de justifier la somme. Son dernier fait d’armes ? Avoir disputé deux matchs – un avec la Seleção, l’autre avec le Real – les 2 et 3 février derniers.

La prouesse trouve ses limites dans la fatigue d’un jeune homme qui n’a jusqu’ici cessé d’impressionner cette saison. Restons sur la filière mathématique. 15 buts, 10 passes décisives et des centaines de reins éparpillés aux quatre coins d’Espagne, de quoi alimenter le trafic d’organes dans la péninsule, le tout en 31 rencontres. « il est extraordinaire, disait Carlo Ancelotti à son propos après une victoire contre Séville, en novembre. C’est un joueur qui a quelque chose de spécial dans les pieds, dans son physique. »

« Frère, joue pas avec lui »

2021-2022 est déjà la meilleure année du Brésilien au Bernabeu, et elle n’est approchée de loin que par sa première en Europe sous les ordres de Santiago Solari (2018-19). Entre les deux ? Une douloureuse traversée du désert sous Zidane incarnée par la séquence lunaire, fin octobre 2020, où Karim Benzema exhorte Ferland Mendy à boycotter l’ancien de Flamengo à la mi-temps d’un match de C1 contre Monchengladbach. « Il fait ce qu’il veut. Frère, joue pas avec lui ! La vie de ma mère. Il joue contre nous. » De cette époque reste aussi une vieille certitude du garant de la ligne éditoriale du service des sports de 20 Minutes (un certain J.L), celle de voir Vinicius finir un peu plus loin à Madrid, du côté de Getafe, après plusieurs saisons pourries au Real. Le génie. 

Faut-il pour autant reprocher à Zizou d’avoir bazardé un talent aussi certain ? Francisco Javier Sánchez Palomares, rédacteur en chef du site madridiste La Galerna, s’y refuse. « Le joueur que nous voyons, nous le devons en partie à l’enseignement de Zidane. On ne peut pas accuser le Français de n’avoir pas compté sur lui, ni de ne pas l’avoir soutenu en passant beaucoup de temps à tenter d’améliorer sa finition à l’entraînement. » On peut, en revanche, souligner l’incompatibilité entre un football trop horizontal et un joueur obsédé par la course vers le but. Omar Da Fonseca, qui voit Vini évoluer chaque week-end en Liga depuis son fauteuil de consultant pour beIN Sports, résume l’idée :

« C’est un joueur qui va très vite, c’est une espèce de gazelle avec beaucoup de technique. En Argentine on dit que quand ce genre de joueurs sont jeunes, ils courent plus vite que leur pensée. Ils vont trop vite pour la réflexion. »

« Il fait des efforts pour l’équipe »

Il fallait donc un Carlo Ancelotti pour calmer le gosse hyperactif puis lui redonner confiance, notamment en le repositionnant sur le côté gauche. « Vinicius à gauche, c’est un joueur, à droite c’en est un autre, déclarait récemment Mauricinho, un de ses anciens coachs à Flamengo, dans un podcast. Neymar a aussi souffert de ça à Barcelone. A droite, Vinicius n’avait pas le même rendement. Maintenant, il est plus libre sur le côté où il aime jouer. » Quel dommage que Kylian Mbappé s’apprête à annexer son territoire dans même pas six mois…

En attendant, Ancelotti récolte les fruits de son travail, et il semblerait que le Brésilien dépasse ses attentes, notamment en termes d’efficacité. Son pragmatisme tranche avec la pile de mauvais choix à laquelle l’attaquant nous avait habitués.

« Ce qui me surprend chez lui, c’est sa capacité à marquer des buts [4,7 tir par buts contre 10,2 sous Zidane et 20,8 sous Solari, d’après ESPN]. Sa qualité individuelle en un contre un, on la connaissait, on savait qu’en dribbles et en vitesse, il était très fort. Mais ce qui surprend tout le monde, c’est sa capacité à marquer, qu’il n’avait pas avant. Savoir être décisif quand tu n’as pas d’opportunités de t’illustrer dans ton point fort, le un contre un, c’est une autre étape pour devenir l’un des meilleurs du monde. » Omar Da Fonseca souligne aussi le dépassement de fonctions de Vini : « Maintenant, il a ajouté le côté sacrifice à son jeu. Il revient, il tacle, il fait des efforts pour l’équipe. »

Couvé par le public exigeant du Bernabeu

Le détail n’est pas anodin, cette résilience est, disait l’intéressé à As l’année dernière, la raison pour laquelle il a toujours été protégé par le public du Bernabeu, même au plus bas de sa forme. Quand tous les Madridistes du paysage médiatique espagnol étaient prêts à inclure mère et père en plus de Vinicius en échange de Kylian Mbappé, ce même public qui interdisait à Cristiano Ronaldo de faire des demi-matchs couvait le jeune homme. « J’essaye toujours, et si je tombe, je me relève. Je pense que c’est pour ça. J’espère que cette relation avec le public durera beaucoup d’années. »

« Les fans apprécient beaucoup cette qualité, abonde Sánchez Palomares. Un footballeur faible psychologiquement, qui ne sait pas surmonter ses erreurs ne peut pas réussir au Bernabéu. Vinícius est très fort dans ce sens. De plus, le fan madrilène sait que Vinícius fait partie de ces rares joueurs capables de gagner un match en une seconde. »

C’est sans doute un peu moins vrai en l’absence de Benzema, dont il semble dépendant pour briller. Omar Da Fonseca. « Pour l’instant c’est un joueur qui t’émeut, un joueur de grandes actions. Mais ça doit aussi devenir un joueur de grands matchs. » Ça tombe bien, il y en a un mardi soir qui vaut son pesant de cacahuètes. Et a priori, il faudra s’en sortir avec un demi-Karim, au mieux.