PSG-OL : « Karl Toko Ekambi sait être déroutant », estime son ancien entraîneur Albert Cartier

Karl Toko Ekambi, ici après avoir ouvert le score au Parc OL, le 29 novembre face à Reims (3-0). — Laurent Cipriani/AP/SIPA

  • Parfois raillé par certains supporters de l’OL depuis son transfert en janvier 2020, Karl Toko Ekambi est actuellement on fire, avec six buts et trois passes décisives sur ses six derniers matchs en Ligue 1.
  • L’attaquant lyonnais, qui a grandi dans le 13e arrondissement de Paris, sera ainsi l’une des grosses curiosités du choc PSG-OL dimanche (21 heures).
  • Avant ce rendez-vous, 20 Minutes a interrogé Albert Cartier, son ancien entraîneur durant la saison 2015-2016, lorsque Karl Toko Ekambi se démenait pour maintenir Sochaux en Ligue 2.

Karl Toko Ekambi a décroché un petit sourire, dimanche soir à Metz (1-3), après avoir manqué un triplé en trouvant la transversale d’Alexandre Oukidja d’une superbe frappe lointaine. Malchanceux avec un montant touché… pour la sixième fois depuis son arrivée à Lyon en janvier dernier, l’attaquant lyonnais sait qu’il a hérité du surnom de « Poteau Ekambi » auprès de certains supporters cet été, après la plus cruelle de ses tentatives, face au Bayern de Manuel Neuer (0-3 en demie de C1).

Mais avec six buts et trois passes décisives sur ses six derniers matchs en Ligue 1, l’international camerounais originaire de Paris 13e est surtout un acteur majeur de la belle série de l’OL (3e), qui pourrait devenir leader en cas de succès au Parc des Princes dimanche (21 heures). Pour évoquer cet inattendu homme en forme, 20 Minutes s’est tourné vers Albert Cartier, qui l’a entraîné en 2015-2016, au sein d’une équipe sochalienne qui avait dû arracher son maintien en Ligue 2 (15e).

Albert Cartier, sur le banc sochalien avant un match de Ligue 2 à Nancy, en avril 2016. Albert Cartier, sur le banc sochalien avant un match de Ligue 2 à Nancy, en avril 2016. – JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Retrouver Karl Toko Ekambi sur le podium des meilleurs buteurs de Ligue 1 (avec sept réalisations), et ce à Lyon, vous étonne-t-il ?

Non, il est évident que Karl est destiné à être buteur. A Sochaux, ses prises de balle étaient déjà systématiquement orientées pour aller vers le but. Avec nous, il avait été très bon pendant six mois, avant d’être moins régulier [11 buts en 34 matchs de L2 en 2015-2016]. Je voyais bien que le garçon était un peu parasité car il était sollicité. On avait beaucoup bossé là-dessus, afin qu’il se concentre surtout sur son jeu. Je pense qu’il a énormément gagné en maturité, en confiance en lui et en confiance aux autres.

Ce poste d’ailier gauche dans le 4-3-3 de Rudi Garcia vous semble-t-il être celui qui lui convient le mieux ?

Oui, il respire le jeu dans cette position d’excentré gauche. Il sent bien les coups là. A Sochaux, il pensait qu’il marquerait beaucoup plus dans l’axe que sur ce côté gauche. Mais pour moi, il avait besoin d’avoir cette liberté qu’offre le côté et il a compris pourquoi je le faisais essentiellement jouer là. Et puis surtout, il aime bien venir fermer le deuxième poteau quand le ballon vient de l’opposé. Il sait aussi permuter pour aller tester les différents défenseurs adverses.

Plus que son poste, n’a-t-il pas avant tout besoin d’évoluer dans une équipe privilégiant la contre-attaque ?

Il est clair que Karl est un joueur de transition, de verticalité et d’espaces. Dans une équipe développant un jeu de possession et des attaques placées, ses appels ne seraient plus naturels, il se retrouverait en position de hors-jeu et il décrocherait beaucoup. Ce n’est pas là qu’il est le meilleur, il faut le voir dans la zone de finition. Après, il peut s’améliorer face à un adversaire avec un bloc bas, qui attend dans ses 30 mètres. Ce qui est bien, c’est qu’il aime jouer avec les autres. Parfois, ses partenaires à Sochaux le pensaient juste focalisé sur l’action individuelle et ils ne s’attendaient pas du tout à la passe qu’il leur faisait. Pour un joueur n’ayant pas connu de centre de formation, je le trouvais vraiment mature dans son jeu.

Karl Toko Ekambi, ici lors de la demi-finale de Coupe de France 2015-2016; perdue (0-1) par les Sochaliens face à l'OM. Karl Toko Ekambi, ici lors de la demi-finale de Coupe de France 2015-2016; perdue (0-1) par les Sochaliens face à l’OM. – Sébastien Bozon/AFP

Néanmoins, ne le trouvez-vous pas capable du meilleur comme du pire dans le domaine technique ?

Karl a toujours été capable d’être très bon avec le ballon dans les pieds, et il sait même être déroutant par des changements de direction pouvant mettre deux joueurs en difficulté. Mais c’est vrai qu’il était déjà dans ce registre à Sochaux : il y avait parfois du déchet un peu surprenant dans son jeu, sur des contrôles ou dans le geste final. C’était selon moi un problème de concentration. A certains moments, il pensait déjà à enrouler sa frappe avant même d’avoir réussi sa prise de balle. Il travaillait beaucoup pour gommer ce défaut-là.

Selon vous, comment a-t-il perçu les moqueries de certains supporters lyonnais cet été, avec ce surnom de « Poteau Ekambi » ?

Il a déjà traversé des périodes comme ça avec nous, durant lesquelles il touchait les montants. Mais c’est un garçon blindé et orgueilleux, donc il ne tombera pas dans le piège d’avouer que ça le touche. Il n’y a pas grand-chose qui peut le perturber d’ailleurs. Il n’est pas passé par la filière classique d’un centre de formation de club pro et tout ce qu’il a obtenu, c’est grâce à sa grosse force de caractère. Il est tellement habitué à la difficulté que relever des défis, ça n’est pas un problème pour lui. Il a un objectif, c’est de s’améliorer et de prouver que les gens le critiquant ont tort. Il faut comprendre qu’il n’est pas du tout usé. Son éclosion est un peu tardive, il n’est arrivé dans le monde professionnel qu’à 22 ans [en 2014 à Sochaux, en L2]. Il garde donc une vraie fraîcheur à désormais 28 ans.

Karl Toko Ekambi a été moqué par certains supporters lyonnais pour ses duels perdus, en demi-finale de Ligue des champions face au Bayern de Manuel Neuer, surtout pour le poteau touché à 0-0. Karl Toko Ekambi a été moqué par certains supporters lyonnais pour ses duels perdus, en demi-finale de Ligue des champions face au Bayern de Manuel Neuer, surtout pour le poteau touché à 0-0. – Miguel A.Lopes/AP/Sipa

L’imaginez-vous vraiment, après avoir passé huit mois sans marquer dans un OL à la peine en Ligue 1, être désormais à même de porter Lyon dimanche au Parc des Princes ?

Karl sait emmener les autres avec lui. Il ne va pas forcément être un leader haranguant le vestiaire. Mais dans l’attitude sur le terrain, il va être un leader exemplaire, surtout au cœur d’un pareil événement.

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