PSG: En réclamant le départ de Neymar, les ultras sont-ils tombés dans le piège tendus par le clan du Brésilien?

Le virage Auteuil ne veut plus entendre parler de Neymar. — FRANCK FIFE / AFP

  • La victoire du PSG contre Nîmes, dimanche soir au Parc des Princes, a été éclipsée par une autre affaire qui se déroulait en tribunes. 
  • Pendant la rencontre, les ultras du PSG ont copieusement insulté le Brésilien et réclamé son départ du club. 
  • Cette sortie peut-elle handicaper le PSG dans les négociations qu’il a entreprises avec le Barça pour un transfert cet été ? On essaye de décrypter ce nouveau rebondissement. 

« Neymar, casse-toi », trois mots qui pourraient sonner le glas de l’aventure du Brésilien sous le maillot du Paris Saint-Germain. Dimanche soir, la facile victoire du PSG contre Nîmes au Parc des Princes a été éclipsée par les nombreux messages déployés en tribune par les ultras parisiens à l’attention de Neymar. Depuis la fin de saison dernière et l’annonce des envies de départ du Brésilien, le Collectif Ultras Paris n’avait pas encore eu l’occasion d’exprimer son point de vue sur le sujet. C’est désormais chose faite et le moins que l’on puisse dire, c’est que le message est explicite.

En plus de l’invitation à faire ses valises, d’un chant insultant (« Neymar, hijo de puta ! »), le CUP avait aussi préparé une immense banderole faisant référence aux derniers propos du Ney, qui expliquait il y a quelques semaines que son plus grand souvenir de foot n’était autre que… la remontada.

Dès lors, quelles pourraient être les conséquences d’une telle sortie ? Les ultras ont-ils bien fait de montrer au monde entier que l’ancien Barcelonais n’était plus le bienvenu au Parc ? On décrypte.

Un impact sur les négociations avec le Barça ou le Real ?

Depuis dimanche, de nombreux observateurs ne cessent de pointer du doigt l’attitude du virage Auteuil à l’égard de Neymar. Pas tant pour défendre le Brésilien que pour souligner qu’en faisant ça, les ultras marquent contre leur camp alors même que leurs dirigeants négocient en coulisses pour exfiltrer la star et récupérer un maximum de cash dans l’affaire.

Fin connaisseur des parties de poker qui se jouent dans la pénombre entre les clubs en période de mercato, l’agent Yvan Le Mée valide cette thèse. « La seule chose qui manquait à cette histoire, c’était que les supporters s’en mêlent, souffle-t-il. Même si on comprend aisément leur réaction, ils sont touchés dans leur amour propre. Mais dans le cadre d’une négociation, c’est terrible parce que le joueur se retrouve en situation de force et peut dire désormais «vous voyez, je ne peux plus jouer ici, je ne peux plus rentrer dans ce stade, il faut qu’on trouve une solution.» ».

Selon lui, les ultras sont tombés dans le piège tendu par Neymar et son clan. « On le sait, quand un joueur veut à tout prix quitter un club, lui et ses représentants font tout pour créer un climat délétère pour forcer la main des dirigeants. C’est ce qu’est en train de faire le clan Neymar, et plutôt bien, malheureusement. Ils cherchent à pourrir la situation. » Avec les conséquences qu’on imagine aisément : « Là, que ce soit le Barça ou le Real, ils se frottent les mains en se disant «vu le bordel en ce moment au PSG, on va attendre encore un peu parce que plus on attend, moins ça va nous coûter». ».

« Les ultras ne sont pas les chargés de com’ du PSG »

Autre position, autre manière de percevoir ce micmac. Pour Damien Dole, l’auteur du livre Paris dans les veines, 365 jours dans la vie d’un supporter du PSG, « le CUP ne fait pas le jeu de Neymar car c’est bien le clan du joueur qui a lancé les hostilités. » Il développe : « Les Ultras n’ont pas à jouer un rôle dans les négociations des transferts. Leur rôle, c’est l’historien Sébastien Louis qui l’a le mieux résumé, c’est d’être les syndicalistes du football populaire. Au-delà du soutien sportif, ce sont aussi les garants des valeurs d’un club (comme le respect de la couleur des maillots par exemple). Les gens oublient que les ultras ne sont pas les chargés de com ‘ du PSG. »

« Le CUP a voulu faire passer un message à Neymar, mais aussi et surtout au monde entier. L’idée c’est de dire «on ne peut pas cracher sur notre club comme ça», poursuit notre amoureux du PSG. Après, oui, c’est radical, mais il faut aussi recontextualiser ça et analyser ça sous le prisme de ce qu’est le mouvement ultra. Non, les ultras ne s’expriment pas de la même manière que les autres supporters, mais en même temps ils ne vivent pas leur amour pour leur club de la même manière non plus. »

La provoc’ de trop

Depuis plusieurs semaines maintenant, les supporters parisiens ont effectivement dû avaler quelques couleuvres. Le meilleur exemple ? L’allusion de Neymar à la remontada, qu’il évoquait comme le meilleur souvenir de sa carrière, alors même qu’il appartenait au PSG. Une décla’qui sent quand même très bon la provocation, surtout vu le contexte entre lui et le club.

Et ça n’a pas manqué. « La remontada est un des plus gros traumatismes vécus par les supporters dans toute l’histoire du PSG, rappelle Damien Dole. Dès lors, quand Neymar leur sort ça, faut comprendre la violence de la phrase. Du coup ce n’est pas étonnant qu’après trois semaines à s’être fait pisser dessus, ils ont vidé leur sac. »

Il faudrait être bien naïf pour ne pas voir derrière cette déclaration une sorte de déclaration de guerre. « L’histoire de la remontada, c’est tout sauf anodin, juge Yvan Le Mée. A la limite, si on parlait d’un joueur qui gère tout seul sa com’, qui est pris un peu par surprise par cette question et qui répond sans mesurer les conséquences, ok. Mais quand on sait que Neymar a entre 25 et 35 personnes qui travaillent sur sa communication, évidemment qu’il n’a pas dit ça par hasard et qu’ils ont voulu jeter un pavé dans la mare. »

Le PSG reste discret

En admettant que le but du Brésilien n’était vraiment pas de provoquer le PSG et ses fans – comme l’a précisé Neymar Senior dans la foulée de la vidéo –, il ne faut pas non plus avoir fait un doctorat de sociologie des tribunes pour imaginer que les supporters parisiens risquaient de l’avoir mauvaise. Or dans la culture ultra, tout Neymar qu’il soit, on ne transige pas avec le respect des couleurs et de ses supporters.

Et si, officiellement, le PSG n’a pas voulu jeter de l’huile sur le feu après ce Neymar bashing généralisé, à l’image du coach Thomas Tuchel qui a défendu son joueur, on se montre tout de même beaucoup plus mesuré en interne. « Les chants et les banderoles d’hier soir ne nous ont pas surpris, c’est assez logique au vu de la communication de l’intéressé », nous glisse-t-on dans l’entourage du club. Cette fois-ci, le divorce semble bel et bien consommé.

Sport

PSG: «Neymar, casse-toi», chant insultant… Le divorce est consommé entre le virage Auteuil et le Brésilien

Sport

PSG: «Sans lui, ce n’est pas pareil»… Kylian Mbappé craint un départ de Neymar

18 partages