PSG-Bayern Munich : Allergique à la lumière, comment Di Maria s’est épanoui dans l’ombre des tout meilleurs

Angel Di Maria et Neymar, l’entente cordiale — David Ramos/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Lisbonne,

Dimanche, au Estadio da Luz, l’Europe attend Kylian Mbappé et Neymar comme elle attendait Cristiano Ronaldo et Gareth Bale lors de la dernière finale de Ligue des champions à Lisbonne en 2014. Et comme à l’époque, peut-être qu’elle récoltera  Angel Di Maria. Souvenez-vous. Après un début de match brouillon, l’Argentin avait filé le tournis comme jamais à la défense de l’Atlético de Madrid le soir de la décima du Real Madrid. Nommé homme du match, il se souvient, dans un témoignage pour le site de l’UEFA: « Gagner ce dixième titre était quelque chose d’incroyable pour Madrid et je suis devenu une partie de l’histoire du club. » Il a désormais l’occasion de rentrer dans celle du Paris Saint-Germain, à condition de battre le grand Bayern Munich. Pas facile, mais Fideo – son surnom – aura l’avantage de jouer sur un terrain qui veut dire beaucoup sur lui.

« Quand ils ont changé de lieu [la Ligue des champions] à Lisbonne, j’ai eu une sensation étrange dans mon corps qui m’a rappelé le bon vieux temps où j’ai vécu ici pendant trois ans (2007-2010) et à quel point j’étais heureux à Lisbonne pendant ces années. » Champion d’Europe avec le Real, champion du Portugal à Benfica, Di Maria n’a pas toujours souri dans la ville aux sept collines. Quim, ancien gardien et coéquipier chez les Aigles: « On sentait vraiment qu’il était en difficulté à son arrivée à Benfica. On voyait bien qu’il était triste. Mais jamais il n’a pleuré devant nous. Peut-être qu’il le faisait auprès de ses proches et de ses amis mais pas avec nous. Il a su rester fier. »

De feignasse à « meilleur joueur sans ballon »

C’est un peu l’histoire de Di Maria. Qu’il brille ou déprime, il le fait toujours dans son coin. A Manchester United, par exemple, il traîne son spleen aux quatre coins du Royaume sans qu’on sache vraiment pourquoi. Il floppe, c’est comme ça. Point. Ce n’est que plus tard qu’on prendra connaissance de ses relations houleuses avec Louis Van Gaal ou le manque de considération du club à son égard. « J’ai entendu au sein du club, « Di Maria vend des maillots, donc achetons-le », témoignait l’année dernière une traductrice embauchée par les Red Devils et citée par RMC Sport. Alors il n’était pas heureux. »

Le joueur a évidemment ses torts. Dépassé dans l’impact physique, un peu flemmard, il a joué à Manchester à un niveau indigne de son statut. Mais pour en tirer le meilleur, il faut savoir brosser l’Argentin dans le sens du poil. Ce que fait très bien Marco Verratti (« Il sait que pour les joueurs et le coach il est important ») et ce qu’a très bien su faire Jorge Jesus à Benfica en proposant au Fideo, fraîchement débarqué de son championnat argentin, une certaine liberté offensive si celui-ci acceptait d’accomplir certaines tâches défensives, job qui, vous le devinez, le réjouissait de base moyennement.

Aujourd’hui, Verratti dit de lui qu’il est « un joueur généreux, qui fait beaucoup d’efforts et qui dépense beaucoup d’énergie pour l’équipe. » Une belle progression pour un gars certes pas toujours régulier dans l’effort mais formé à attaquer sans regarder dans le rétro.

« A la fin de son passage à Benfica, analyse Quim, les latéraux savaient qu’ils pouvaient créer le surnombre devant sans craindre de perdre la balle parce qu’ils savaient que Di Maria avait le coffre pour venir les couvrir derrière. C’est vraiment dans ce domaine qu’Angel a le plus progressé au Portugal. »

Mais c’est vraiment sous José Mourinho, au Real Madrid, que Fideo prend la mesure de son rôle d’homme de l’ombre moyennant là encore un certain brossage de poil dans le bon sens. Ainsi, on apprend dans le livre Preparense para perder​, que Di Maria devient très rapidement le chouchou du Mou car, des joueurs offensifs (Ronaldo, Benzema, Özil, etc.), il est le seul à ne pas renâcler à la besogne. L’entraîneur le qualifie de « meilleur joueur sans ballon » et en fait le cinquième défenseur du carrosse, genre de sous-fifre des joueurs défensifs quand le Real perd le ballon. Un boulot ingrat, mais nécessaire, qui explique aussi le déchet du milieu offensif dans son jeu : courir trop fait gagner des ballons autant qu’il n’en fait perdre par manque de lucidité.

Le sergent idéal

Aujourd’hui, Angel Di Maria se trouve quelque part entre la starlette de Rosario et le stagiaire de Cristiano Ronaldo. Il est capable de défendre, oui, il l’a fait contre Leipzig, où il a été précieux à la pression et la récupération au même titre qu’un Herrera, mais c’est quand même dans le dernier tiers du terrain qu’on l’attend le plus. Kaba Diawara, ancien du PSG :

« Di Maria, c’est un remarquable sergent. Il est meilleur que dans le rôle star. Il a pris conscience que c’est dans ce rôle, dans l’ombre de Neymar et Mbappé qu’il est le meilleur. C’est un joueur qui a besoin de gars qui font des appels, demandent le ballon. Donc il est servi avec ces deux-là, et encore plus avec Mbappé, qui est à l’heure actuelle le meilleur joueur de profondeur au monde. Di Maria est dans le contexte parfait, il y a qu’à voir les stats. »

Les chiffres, parlons-en. Fideo en 2019-20, c’est 12 buts et 23 passes décisives en 40 matchs. Des statistiques dignes d’un top 5 du Ballon d’or si celui-là n’avait pas été annulé cette année. Comme si la réussite de l’ange devait à tout prix éviter la reconnaissance. Dans un coup de fil passé fin juillet avant la finale de Coupe de la Ligue pour parler de Ney et Mbappé, l’ancien Parisien Pierre Ducrocq s’indignait du fait qu’il était trop souvent question de ces deux-là, et pas assez de l’Argentin « qui est de loin celui qui fait la meilleure saison ». On lui répondra que le dire trop fort, ce n’est rien d’autre que lui causer du tort.

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