« Projet Pegasus » : Emmanuel Macron n’a pas été ciblé par le logiciel espion affirme un cadre de NSO

La véracité ou non de cette information pourrait fortement impacter les relations entre la France et les pays ayant utilisé le logiciel Pegasus. Mercredi, Chaïm Gelfand, un haut responsable du groupe NSO, qui commercialise ce logiciel espion a déclaré à la chaîne I24 news, basée à Tel-Aviv : « Je peux vous affirmer avec certitude que le président Macron n’était pas une cible ».

Une information qui vient contredire les propos tenus la veille par Laurent Richard, directeur de l’organisation Forbiden Stories. Ce dernier a affirmé qu’au contraire, des numéros du président Emmanuel Macron et de membres du gouvernement figuraient sur une liste de cibles potentielles du logiciel Pegasus, confirmant ainsi une information du Monde.

180 journalistes visés à travers le monde

Les organisations Forbidden Stories et Amnesty International ont obtenu une liste de 50.000 numéros de téléphone, sélectionnés par les clients de NSO depuis 2016 pour être potentiellement surveillés, et l’ont partagée avec un consortium de 17 médias qui ont révélé son existence dimanche. Introduit dans un smartphone, Pegasus permet d’en récupérer les messages, photos, contacts, et d’activer à distances les micros.

Tout comme Emmanuel Macron, le roi du Maroc Mohammed VI et le Premier ministre pakistanais Imran Khan figurent sur la liste des cibles potentielles de Pegasus. A eux s’ajoutent plus de 180 journalistes à travers le monde qui auraient été espionnés par différents Etats ayant eu accès au logiciel de la société NSO.

Une campagne « vicieuse et calomnieuse »

« Il y a certains cas qui ont été révélés, qui nous gênent », a reconnu Chaïm Gelfand. « Nous continuons d’essayer de déterminer tous les faits et cela remonte à plusieurs années donc il faut du temps pour tout passer en revue. Le fait qu’un journaliste ou un militant ait été la cible d’un système comme celui-ci est automatiquement considéré comme un détournement », a-t-il affirmé.

Peu après, le groupe basé à Herzliya, ville verdoyante au nord de Tel-Aviv, s’est dit victime d’une campagne « vicieuse et calomnieuse », et a annoncé dans un communiqué qu’il « n’allait plus répondre aux questions des médias » sur l’affaire Pegasus. « NSO est une compagnie de technologie. Nous n’opérons pas les systèmes, ni n’avons accès aux données de nos clients, mais ils sont obligés toutefois de nous fournir ces informations en cas d’enquêtes », a ajouté le groupe disant que le fait qu’un nom apparaisse sur la liste des 50.000 « ne signifie pas nécessairement qu’il a été la cible de Pegasus ».

L’Etat d’Israël mis en cause

L’organisation de défense de la liberté de la presse Reporters sans frontières (RSF) a demandé mercredi au gouvernement israélien d’imposer dès à présent un moratoire sur la vente de ce logiciel espion. Permettant non pas de protéger des systèmes informatiques, mais de les infiltrer, Pegasus est considéré comme un produit de cybersécurité offensif et doit donc obtenir le feu vert du ministère israélien de la Défense pour être vendu à des pays tiers, au même titre qu’une arme.

« Des logiciels développés par les firmes israéliennes comme Pegasus de NSO mettent clairement en cause l’Etat d’Israël. Même si les autorités israéliennes ne jouaient qu’un rôle indirect, elles ne peuvent échapper à leur responsabilité », a indiqué RSF dans un communiqué. « Nous demandons au Premier ministre (israélien) Naftali Bennett d’imposer immédiatement un moratoire sur les exportations de technologies de surveillance tant qu’un cadre réglementaire protecteur n’a pas été établi », a déclaré le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire.