Projet Horizeo en Nouvelle-Aquitaine : « Les principales interrogations portent sur la taille de l’infrastructure »

Ouvert le 9 septembre dernier, le débat public sur le projet de méga parc solaire Horizeo à Saucats, au sud de Bordeaux (Gironde), est arrivé à mi-parcours. 20 Minutes fait le point avec le président de la commission particulière du débat public (CPDB) Jacques Archimbaud, chargé notamment d’encadrer les réunions publiques autour de ce projet porté par Engie et Neoen.

« Il y a de l’intérêt pour ce débat, même si on relève beaucoup de méfiance, de critiques, de la part des citoyens, résume Jacques Archimbaud. Les principales interrogations du public portent sur la taille de l’infrastructure, qui serait parmi les plus grosses d’Europe, et la contradiction apparente de ce projet qui consiste à lutter contre le changement climatique, tout en détruisant 1.000 hectares de forêt… Toutefois, des portes sont ouvertes, car les gens sont aussi convaincus qu’il faut faire du photovoltaïque pour des questions environnementales, sachant que la forêt des Landes de Gascogne n’est pas non plus la forêt amazonienne… »

« Le sentiment d’une prolifération de projets menés sans régulation »

Le débat a surtout permis lors de ces deux premiers mois, de se demander si la région Nouvelle-Aquitaine a besoin de cette électricité d’origine renouvelable. « La réponse est plutôt oui car les besoins vont croître dans les prochaines années » assure le président de la CPDP. Autre question qui est souvent revenue : ne peut-on pas se contenter de projets éparpillés, en toiture de bâtiments, sur des parkings ? « Clairement, cela ne suffira pas, estime Jacques Archimbaud. A-t-on pour autant besoin d’un projet d’une telle ampleur ? Est-ce que 300 ou 600 ha ne pourraient pas suffire ? Cette question viendra dans la deuxième partie du débat, mais il y a le sentiment d’une prolifération de projets menés sans régulation, et cela inquiète. »

Le sujet de l’artificialisation des sols, que la région Nouvelle-Aquitaine s’est engagée à limiter dans les prochaines années, fait aussi partie des inquiétudes du public. « C’est à l’Etat et aux collectivités de répondre à cette question, car derrière il y a un enjeu de vision globale et de choix entre plusieurs projets d’aménagement qui sont actuellement menés » estime, à ce stade de l’enquête publique, Jacques Archimbaud. Sachant que le tracé du prolongement de la LGV vers le sud, ne passerait pas très loin…

Le grand public pourra-t-il lui aussi se raccorder à la centrale ?

Les impacts économiques d’un tel projet interrogent aussi. « Ce que le grand public a retenu, c’est que les panneaux sont fabriqués en Chine, et les questions posées portent sur l’éventualité du développement d’une filière industrielle régionale du photovoltaïque. »

Enfin, le grand public demande aussi quelles seraient les retombées pour lui. « Le but du projet est de fournir de l’électricité renouvelable aux industriels, pour décarboner leur production d’énergie, rappelle le président de la CPDP. Jusqu’à une période récente, il n’était pas question que le grand public puisse se raccorder à cette centrale. Or, il y a eu une ouverture du maître d’ouvrage sur cette question. »

Le projet « serait mieux accepté s’il était mixte au niveau de sa gouvernance »

Au final, le projet « serait mieux accepté s’il était mixte au niveau de sa gouvernance, pour qu’il ne soit pas perçu comme une opération purement financière, analyse Jacques Archimbaud. Dans le domaine du photovoltaïque, les gens ont en tête les commerciaux qui les démarchent tous les jours pour venir poser des panneaux solaires sur leur toit, ils ont l’impression que ce milieu est assez opaque, et l’hypothèse que les collectivités participent au projet [permettrait certainement de rassurer]. »

La deuxième partie du débat, jusqu’au mois de janvier, portera notamment sur l’impact environnemental sur la forêt des Landes de Gascogne. « On apportera des études pour analyser au plus près ce site, mais toutes les forêts n’apportent pas les mêmes avantages, et il y a un débat sur la valeur de ce terrain, souligne Jacques Archimbaud, même si l’association environnementale Sepanso soutient que rien n’est pire que d’arracher une forêt, et qu’il n’y a pas de différence à faire entre la nature dite ordinaire, et la nature exceptionnelle… »