Procès Weinstein : « Il m’a violée, j’ai eu peur pour ma vie », témoigne l’actrice Annabella Sciorra

L’actrice Annabella Sciorra a témoigné au procès d’Harvey Weinstein le 23 janvier 2020. — Kathy Willens/AP/SIPA

Elle a témoigné pendant près de cinq heures. La voix posée, ravalant brièvement quelques larmes, l’actrice Annabella Sciorra l’a assuré aux douze jurés : « J’ai tenté de le repousser. J’ai donné des coups de poing et des coups de pied. Il m’a immobilisée et il m’a violée. » Dans le box des accusés, Harvey Weinstein, est resté impassible.

Au second jour des plaidoiries de ce procès emblématique du mouvement #MeToo, Annabella Sciorra, connue pour son rôle dans la série Les Soprano, était appelée à la barre par l’accusation. S’il y a prescription pour ses allégations – qui remontent à 1993-94 – la procureure a été autorisée par le juge à faire témoigner quatre accusatrices d’Harvey Weinstein. Le but est de permettre au jury de déterminer si le producteur, qui est jugé à New York pour viol et agression sexuelle sur deux autres femmes, a agi tel un « prédateur ».

Chocolats en forme de pénis

Interrogée d’abord par la procureure de Manhattan Joan Illuzzi-Orbon, l’actrice a raconté en détail ses interactions avec Harvey Weinstein. Comment, après avoir joué les mentors, il l’aurait pressée d’accepter un rôle, puis lui aurait envoyé du Valium et une boîte de chocolats en forme de pénis.

L’agression supposée intervient après un dîner à Manhattan avec d’autres personnes, fin 1993 ou début 1994. Selon le récit de l’actrice, Harvey Weinstein l’a déposée chez elle avec son chauffeur. Quelques minutes plus tard, alors qu’elle est en chemise de nuit et se prépare à aller dormir, on frappe à la porte : le producteur entre alors de force dans son appartement, a-t-elle relaté. Elle assure lui avoir dit qu’elle ne voulait pas avoir de relation sexuelle avec lui, en vain.

Devant des jurés très attentifs, Annabella Sciorra a levé les bras pour montrer comment Harvey Weinstein les aurait bloqués pour l’empêcher de le repousser. Elle dit avoir crié. Elle ajoute ne pas se souvenir exactement ce qui s’est passé ensuite. Quand elle a repris ses esprits, elle était sur le plancher. Elle dit avoir ensuite sombré dans la dépression, commencé à boire et à se blesser volontairement en se coupant.

« J’ai eu peur pour ma vie »

Annabella Sciorra dit avoir confronté le producteur quelques semaines plus tard. « Il m’a dit  »Ça reste entre toi et moi ». Il était menaçant. Il avait le regard noir, j’ai cru qu’il allait me frapper. J’ai eu peur pour ma vie », a raconté l’actrice. Elle affirme avoir mis longtemps à comprendre qu’elle avait été violée. Et ne s’est confiée à deux amies à l’époque puis au journaliste du New Yorker qu’en octobre 2017 – 20 ans après les faits.

« Je voulais faire comme si cela n’était jamais arrivé. Je croyais que (Harvey Weinstein) était quelqu’un de gentil, qu’il était normal. J’étais troublée. Je me disais que je n’aurais pas dû ouvrir la porte », a-t-elle expliqué. « A l’époque, je croyais que le viol était quelque chose qui se commettait dans des ruelles sombres… Par quelqu’un qu’on ne connaît pas », a-t-elle ajouté.

Elle a enfin affirmé qu’au festival de Cannes, en 1997, alors qu’elle rentrait dans sa chambre d’hôtel, Harvey Weinstein était à l’intérieur en sous-vêtements, une bouteille d’huile pour bébé à la main : « J’ai appuyé sur tous les boutons du téléphone. Plusieurs personnes sont venues, il est parti. »

Contre-interrogatoire

Dans son contre-interrogatoire, l’avocate de la défense, Donna Rotunno, s’est efforcée de saper la crédibilité de cette accusatrice-clé. Elle a mentionné des détails potentiellement embarrassants de son histoire personnelle, comme une possible liaison extraconjugale, sans visiblement déstabiliser l’actrice. Elle a souligné que l’actrice ne se souvenait pas de la date exacte du viol présumé, qu’elle n’était pas allée voir la police ni un médecin.

L’avocate a aussi fait jouer pour les jurés un extrait d’une émission télévisée de 1997, avec le présentateur vedette David Letterman. Dans cet extrait, l’actrice reconnaît mentir parfois aux journalistes pour protéger sa vie privée.

Harvey Weinstein, tête baissée pendant l’interrogatoire de la procureure, s’est redressé pendant le contre-interrogatoire, observant attentivement son avocate. Il est poursuivi pour deux autres faits présumés : une agression sexuelle forcée en 2006 sur une ex-assistante de production, Mimi Haleyi, et un viol en 2013 sur une actrice dont l’identité a été révélée mercredi, Jessica Mann. Le producteur de 67 ans risque la perpétuité s’il est condamné à l’issue de ce procès, censé se terminer le 6 mars.

Monde

La procureure décrit un « prédateur sexuel », la défense plaide des « relations consenties »

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