Procès Saint-Cyr : Deux élèves et un officier condamnés après la mort d’un élève officier

Sept militaires de l’école de Saint-Cyr Coëtquidan sont jugés par le tribunal correctionnel de Rennes, huit ans après la noyade de l’élève officier Jallal Hami. — S. Salom Gomis / AFP

  • Sept militaires de l’école de Saint-Cyr Coëtquidan, dans le Morbihan, étaient jugés pour homicide involontaire après la mort d’un élève officier.
  • Elève en première année, Jallal Hami était mort noyé lors d’un exercice de « bahutage » de traversée d’étang en pleine nuit.
  • L’activité organisée par les élèves de deuxième année avait mis plusieurs participants en grande difficulté.

Il aura fallu à la famille de Jallal Hami attendre huit ans pour obtenir des réponses. En octobre 2012, cet élève officier de 24 ans avait trouvé la mort lors d’une épreuve de traversée d’un plan d’eau organisée en pleine nuit dans le cadre d’un exercice de « transmission des traditions ». Huit ans après le drame qui avait secoué l’école militaire de Saint-Cyr Coëtquidan (Morbihan), trois hommes ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Rennes. La justice a reconnu deux élèves officiers coupables d’homicide involontaire. Marc Assier de Pompignan est condamné à six mois de prison avec sursis et Hugues Devolve à huit mois de prison avec sursis. Le colonel Hervé Wallerand a écopé de six mois avec sursis. Les trois autres élèves officiers et l’autre membre de la hiérarchie ont été relaxés.

A l’énoncé du délibéré, Rachid Hami s’est levé et s’est adressé aux juges, leur lançant: «je vous remercie d’avoir trahi mon frère. Vous m’avez déçu et vous avez déçu notre justice», a lancé le frère de la victime. 

« Un homme est décédé car j’ai manqué de force morale. » Le capitaine Assier de Pompignan ne s’était pas caché lors de son audition devant le tribunal en novembre. Elève de seconde année, il était le « père système » de la promotion et l’un des principaux organisateurs de cette nuit de « bahutage ». Parmi les sept accusés, il était l’un des seuls à reconnaître ses torts. Les autres avaient tous tenté de se dédouaner, se rejetant la responsabilité entre élèves officiers et hiérarchie. « A Saint-Cyr, rien ne se passe comme ailleurs », résumait le général Francis Chanson. Celui qui dirigeait alors la prestigieuse école militaire était le seul des sept prévenus pour qui le procureur de la République avait requis la relaxe. « La transmission des traditions sans un contrôle effectif devait tôt ou tard entraîner la mort d’un élève », avait lancé Philippe Astruc pour justifier ses demandes de condamnation pour les six autres prévenus.

« J’ai le souffle coupé. C’est impossible de nager »

Elève de première année, Jallal Hami était mort noyé lors de la traversée nocturne d’un étang dans une eau à 9 degrés dans l’enceinte de l’école militaire. Il aura fallu plus d’une heure aux organisateurs pour alerter la hiérarchie de la disparition du jeune élève officier. L’autopsie confirmera la mort par noyade. « J’ai le souffle coupé. Les muscles sont comprimés. Mon corps a tendance à rester à la verticale à cause des rangers. C’est impossible de nager », a expliqué l’un des participants après l’épreuve.

Pendant les cinq jours de procès, l’avocat de la famille de Jallal Hami s’était employé à démontrer la responsabilité des uns et des autres. « Cette activité était hors contrôle, hors règlement. L’enquête a prouvé que cette traversée était délibérément dangereuse et qu’elle n’aurait pas dû avoir lieu », estimait Me Jean-Guillaume Le Mintier. « Jallal a été abandonné dans une eau glacée. Il y a un manque de sécurité, de préparation, de sécurité et d’intelligence ». Huit ans après le drame, la famille de Jallal Hami va pouvoir refermer le chapitre judiciaire, à moins qu’un appel ne vienne le garder ouvert.

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